Nicolas Vadot: on peut donc mourir ici pour un dessin

Nicolas Vadot croque l'actualité depuis de nombreuses années au Vif l'Express. Il connaissait bien Tignous, Cabu et Wolinski. Il est sous le choc

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Que ressentez-vous de premier abord par rapport à ces événements ?

De l’effroi… J’ai vraiment du mal à y croire. Jusqu’ici je ne pensais sincèrement que je pouvais mourir en faisant ce métier. Un dessin n’a jamais tué personne… Eh bien maintenant si mais le dessinateur.

Plus personnellement, vous vous sentez directement touché ?

Tignous, je le connaissais personnellement. Nous travaillions ensemble dans l’initiative Cartooning for Peace. Mais aussi Cabu ou Wolinski ! C’est comme s’ils m’avaient volés une partie de ce que je suis, les raisons qui m’ont poussées à faire ce métier.

Vous vous sentez soutenu ?

Je suis profondément touché par la réaction des gens sur les réseaux sociaux mais aussi par le soutien impressionnant, en Belgique, de toute la presse. Ils se rendent compte qu’on s’attaque à eux à travers nous. Qu’on attaque la liberté d’expression, la liberté tout court. Je me sens comme l’un des leurs.

Avez-vous déjà discuté avec des collègues afin de réagir à cet attentat de façon concertée ?

Il vaut mieux attendre demain et nous verrons ensuite. Là j’ai juste le sentiment qu’on a perdu des fantassins morts au front ! Il va falloir réagir mais en restant fin et intelligent. Parce que si nous provoquons bêtement ou si nous nous censurons, ils auront gagné. A nous d’être encore plus malin, encore plus subtil à l’avenir.

Aviez-vous déjà changé votre traitement des dessins par peur des réactions?

Oh oui bien sûr. Ma ligne rouge varie sans cesse. Déjà je ne suis pas seul et je dois penser aux miens même si parfois ça m’énerve franchement. Ca m’échappe de devoir faire attention pour de simples dessins humoristiques. Mais j’y pense toujours !

Pensez-vous que Charlie Hebdo a, parfois, franchi la ligne rouge justement ?

Ils l’ont fait oui. Mais c’est leur droit. La liberté d’expression, ce n’est pas anodin. La censure, c’est non. J’ai lu le bouquin d’Eric Zemmour par exemple. Je ne suis absolument pas d’accord avec ses propos mais je trouve ça crétin de l’interdire en Belgique.

Avez-vous vous même été menacé dans le passé?

De la véhémence, des insultes évidemment. J’ai été traité de droitiste, de gauchiste, d’antisémite, d’anarchiste… parfois sur la même journée ou pour un seul ou même dessin ! Mais je n’ai heureusement pas encore vécu de réelle menace, non.

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