Nick Cave en opération charme

Le dandy crooner du rock indie a étalé toute sa classe ce week-end au Cirque Royal.

1359659

A cinquante-sept ans, Nick Cave assume parfaitement son statut de rock star  et peut se permettre de se réinventer au cours d'une tournée qualifiée erronément d'"intimiste" qui n'a d'autre enjeu que de se faire plaisir de nous faire plaisir. Deux après son album "Push The Sky Away", l'un des meilleurs d'une discographie qui a débuté en 1979 avec son groupe The Birthday Party,  l'artiste australien établi désormais en Angleterre était donc de retour pour deux soirs (samedi et dimanche) à Bruxelles pour revisiter son répertoire avec quatre musiciens , dont le fidèle guitariste/violoniste Warren Ellis avec qui il vient de signer le soundtrack du film "Loin des Hommes" de David Olehhoffen.

Recentrées autour du piano, les orchestrations des morceaux de Cave nous font voyager de la ballade cabaret de l'entre-deux guerres au rock primal, du blues du Delta à la berceuse, de l'aveu de faiblesse de la condition humaine à la quête souvent désespérée de Dieu.  Impeccable dans son costard sombre, Nick Cave en fait des tonnes côté jeu de scène. C'est simple,  à le voir escalader les enceintes, se laisser caresser le torse part des spectatrices et terminer le set au milieu du public (avec une flamboyante version de Push The Sky Away), on a eu parfois l'impression de se trouver à un concert de Cali ou d'Indo. Allez, on rigole…

Le plaisir des yeux -et des oreilles- est pourtant ailleurs que dans ces scènes d'offrandes lancées à ses groupies.  Le son claque, la voix est puissante, les musiciens sont impeccables et le regard de Nick Cave, tout comme  ses sursauts soudains, en disent long sur la manière dont il "vit" ses morceaux. Consciencieux et discipliné dans son travail  (même s'il donne parfois l'impression d'improviser et jouer des titres à la demande du public, il suit rigoureusement sa setlist préalablement établie),  d'une forme physique impériale, il est aussi touché par la grâce. Sa version piano/voix de The mercy seat,  l'ensorcelant Higgs Boson Blues qui réveille le fantôme de Robert Johnson, la cavalcade toujours très noble de Red right hand, le démoniaqueTupelo  ou  sa délicate Love letter qui nous arrache des sanglots (puisque la femme désirée ne cèdera pas) justifient à eux seuls les  prix astronomiques demandés pour ce double concert.  Dans la chanson Push the sky away, le narrateur dit: "certains disent que c'est juste du rock and roll. Oui, mais il vous arrive jusque dans votre âme."  C'était exactement le chemin suivi par la musique de Nick Cave ce week-end au Cirque Royal. Un grand, grand monsieur…

Sur le même sujet
Plus d'actualité