Nelson Mandela – L’autre film de sa vie

Malheurs de l’actualité et heurts des hasards, l'ancien président sud-africain tire sa révérence à moins de deux semaines de la sortie d’un film qui retrace une grande partie de sa vie.

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Sorti depuis une semaine en Afrique du Sud (et attendu chez nous le 18 décembre), le biopic Mandela: un long chemin vers la liberté revient sur 70 ans de la vie de l’homme (de sa naissance à son élection au poste de président) et y occupe déjà la tête du box-office. Ironie du (très mauvais) sort: c’est pendant l’avant-première londonienne du long métrage jeudi dernier que la fille de Nelson, Zindzi, a appris la mort de son père. En hommage, elle a simplement demandé aux organisateurs que la projection se poursuive. Et c’est au terme de celle-ci que le producteur du film, Anant Singh, a annoncé la nouvelle à une assistance bouleversée. Bref, même si tout le monde savait que Madiba allait mal, il est désormais définitivement écrit que ce film bénéficiera d’une attention démesurée. Pour toutes les mauvaises mais aussi pour toutes les bonnes raisons possibles et imaginables.

"Je sais bien que ce film arrive à un moment où Mandela n’est pas en très bonne santé, nous confiait voici un mois son réalisateur Justin Chadwick, qui ne croyait donc pas si bien dire. Mais je travaille sur ce projet depuis près de dix ans, soit bien avant que Mandela ne tombe sérieusement malade. S’il venait à décéder durant la période où le film sortira, certains distributeurs y verront peut-être une publicité tout aussi inattendue que cynique et écœurante pour attirer des gens dans leurs salles. Mais la plupart des gens, spectateurs comme membres de mon équipe, seront surtout déçus de voir que notre travail servira surtout d’hommage unilatéral à Mandela. Notre objectif était pourtant de tirer un portrait équilibré, aussi réaliste que possible du bonhomme. Avec ses parts d’ombre. Et il en avait quelques-unes…"

Inspirédu livre autobiographique du même nom, forcément pas toujours très objectif puisque rédigé par Mandela lui-même, le film, lui, ne sombre jamais dans l’hagiographie facile. "Faire un film "à la gloire de" n’aurait eu aucun intérêt, lance Chadwick. Tout aurait eu l’air trop lisse. Je me suis basé sur le bouquin pour les événements factuels. Mais je voulais aussi aller plus loin. Et montrer par exemple comment Nelson et Winnie s’étaient progressivement désolidarisés l’un de l’autre. Ce qui a évidemment exercé une influence sur le cours des choses."

"C’est peut-être d’ailleurs cette distance qui nous a permis de raconter une histoire forte. La vie de Mandela n’avait rien d’un conte de fées. Et prétendre le contraire serait revenu à se moquer des spectateurs, enchaîne Idris Elba, préféré en dernière minute à Denzel Washington dans le rôle principal.Nelson n’a pas vu le film, à ce que je sache. Par contre, son épouse Winnie, oui. Et a justement bien aimé le fait que, sans tomber dans les ragots, nous n’avions rien caché de ses relations, parfois très tendues, avec son mari. Winnie était partisane de la lutte armée, alors que Nelson, lui, privilégiait le dialogue. L’histoire a montré que c’est lui qui avait eu raison ", conclut Elba.

L'acteur jusqu’ici nettement plus habitué aux muscles bien pleins qu’aux têtes bien faites puisqu’on l’a par exemple récemment croisé dans Thor, Prometheus ou Pacific Rim, s’en sort ici avec tous les honneurs. "Durant tout le tournage, je sentais le poids d’une énorme responsabilité: il ne fallait pas offenser les gens, omettre des faits, donner une fausse image de toutes ces personnes qui ont vécu cette période. Et parfois sacrifié leur vie. Ou tout au moins une grande partie de celle-ci… Je me suis mis au service d’une fresque titanesque."

Dans Un long chemin vers la liberté, on s’attaque en effet à la grande Histoire, là où d’autres productions racontaient seulement la petite (comment Mandela a tenté de réunifier son peuple autour des valeurs communes du sport et du patriotisme dans Invictus), ou de simples pans de sa biographie (ses années de détention dans Goodbye Bafana). La production de ce film-fleuve de 2h30 n'eut pourtant que peu à voir avec un long fleuve tranquille. Ne fût-ce que parce que le sujet continue à en déranger certains au pays, que certaines scènes comptent plus de 12.000 figurants, et qu’une majorité des lieux jadis fréquentés par Mandela sont toujours interdits d’accès par les autorités sud-africaines (!). Mais le résultat est à la hauteur des attentes. Réalisation virevoltante, aucun temps mort: Un long chemin vers la liberté se savoure à la fois comme une tranche d’Histoire et comme un thriller politique palpitant. Dont on connaît maintenant la fin…

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