Nebraska – Le gros lot

Entre comédie triste et drame drôle, Nebraska habille le désespoir d'une fine mélancolie. Coup de cœur.

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Racontées par un réalisateur moyen de gamme, ces pérégrinations d’un vieil homme qui croit avoir remporté le premier prix d’une loterie a priori bancale pourraient tomber dans le grotesque facile, voire dans l’avalanche de clichés. Mais pas avec Alexander Payne, cinéaste à la fois virtuose et malin, auteur d’un des road-movies les plus attachants de ces dernières années (Sideways en 2004). Payne a aussi définitivement montré à la face du monde que George Clooney, bien dirigé, pouvait parfaitement casser son image de matamore de la machine à café (The Descendants en 2012). Ici, tout n’est que douceur, justesse, sourire (parfois) et mélancolie (souvent).

On suit donc ce papy acariâtre, qui va rejoindre le Nebraska en compagnie de son fils pour espérer y trouver son chèque. Et il suffira d’un arrêt forcé dans le bled de naissance du paternel pour qu’il retrace ses souvenirs d’enfance plus aigres que doux. Comme c’était déjà le cas pour The Descendants, l’essentiel ici n’est pas le scénario. Mais plutôt la manière d’aborder l’histoire et de construire les personnages. "En fait, Nebraskaest à mon image: modeste mais avec une certaine tendance, peut-être discrète, au raffinement", répond Payne quand on lui demande ce qui fait la spécificité de ce petit bijou.

"Un film bien réalisé doté d’un petit budget nous touchera toujours plus qu’une gigantesque machine dopée aux effets spéciaux alignés sans imagination. Ici, l’effet spécial majeur s’appelle tout simplement l’homme." Car dans le cinéma de Mister Payne, les gens ne sont pas forcément beaux, minces, sympathiques et bons. Et encore moins les quatre à la fois! Bien vu. Puisque c’est évidemment leur fragilité qui pousse le spectateur à s’y attacher. Preuve qu’il tient la route par lui-même, Nebraska n’a d’ailleurs pas besoin d’acteurs aux noms tapageurs pour convaincre. Car la paire papa-fiston brille juste par son talent et non par son C.V. Excellent dans le rôle de l’aîné, Bruce Dern s’était contenté, depuis sa dernière apparition majeure dans Complot de famille de Hitchcock en 1976, de rôles anecdotiques dans de grands films (le vieux Carrucan dans Django Unchained), ou d’apparitions plus longues dans des œuvres plus mineures (il était l’inquiétant Bobby LaGrange dans le Twixt de Francis Ford Coppola). Son fils à l'écran (Will Forte) était, pour sa part, abonné aux productions ras du front (Copains pour toujours 2,A Good Old Fashioned Orgy) et révèle enfin ici l’étendue de son registre. Le premier est d’ailleurs nominé à l’Oscar du meilleur acteur, tandis que Payne lorgnera la statuette de meilleur réalisateur. Et ce chef-d’œuvre jouera carrément dans la catégorie du meilleur film. Et ce n’est que mérité! Car aux blasés et aux sceptiques en tout genre, Payne oppose brillamment l’innocence, la beauté et la sollicitude. Avec ce Nebraska qui nous a mis dans tous nos états.

> NEBRASKA, réalisé par Alexander Payne. Avec Bruce Dern, Will Forte, June Squibb – 115’.

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