The National:On n’a pas de look, et alors? (écoute intégrale)

Loin du rock glamour et de la folie médiatique, les "nouveaux Radiohead" ont mis dix ans et cinq albums pour s'imposer.

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Sorti en mai dernier, « High Violet », cinquième album de The National est sans aucun doute ce qui est arrivé de meilleur au rock en 2010. Née dix ans plus tôt dans les banlieues de Cincinatti et réinstallée ensuite à Brooklyn, la formation soignait jusqu’alors son statut de groupe indie culte. Entre prestations live majestueuses emmenées par la voix de baryton de Matt Berminger et chansons mélodiques à la beauté sombre, The National ravissait les romantiques torturés de la vie tout en laissant les charts complètement indifférents. Lui manquait encore « la » chanson instantanée, l’équivalent d’un Creep qui avait servi de tremplin à Radiohead, groupe auquel on compare le plus souvent The National.

Ce tube est finalement arrivé avec Mr November, chanson littéralement pleurée par Berminger en 2005 sur l’album « Alligator ». « Mr November évoque une crise d’identité personnelle, elle n’a rien d’une plate-forme politique. Mais le public américain se l’est appropriée comme si elle reflétait son sentiment face à la crise économique et au désarroi provoqué par les attentats du 11 septembre. C’est devenu énorme. Aujourd’hui, nous n’allons pas jusqu’à renier Mr November, comme Radiohead l’a fait avec Creep. Mais nous avons dû batailler pour montrer aux gens que nous n’avions pas que des chansons larmoyantes dans notre répertoire. »

Mission menée à bien avec « The Boxer » en 2007 et parfaitement accomplie avec « High Violet ». Sur ces deux disques, les guitaristes jumeaux Aaron et Bryce Dessner, le chanteur songwriter Matt Berminger, le bassiste Scott Devendorf et son frère aîné Bryan (batterie) trouvent le parfait équilibre. Leurs chansons pop n’oublient jamais d’être expérimentales. Les réflexions intimistes sur le vide existentiel se mêlent à des refrains lumineux et universels. Et si la batterie fait toujours une fixation sur la cold wave urbaine de Joy Division, on se laisse aussi bercer de guitares folks bucoliques et de piano classique. Auteur de l’album de l’année pour la rédaction de Télé Moustique, The National est également le groupe rock préféré de Barack Obama et de Michael Stipe de R.E.M. Bruce Springsteen les vénère autant qu’Arcade Fire. Et malgré le non-look affligeant de ses membres, The National fait l’objet de plusieurs citations dans le roman Suites(s) impériale(s) de Brett Easton Ellis. Ce qui nous change, on en conviendra, de Phil Collins et de Duran Duran.

The National, c’est la revanche de Brooklyn sur la rock attitude new-yorkaise des Strokes ou de Vampire Weekend?
Matt Berminger. – Nous avons la réputation d’être un groupe très sombre, parce que nous avons décidé de ne rien masquer de notre sensibilité et surtout de ne pas la cacher derrière un look branché. Il n’y a que notre musique que nous souhaitons mettre en avant. On connaît les mecs des Strokes, d’Interpol et de Vampire Weekend. J’apprécie ce qu’ils font, mais j’ai le sentiment qu’ils sont moins libres que nous. Il y a des choses qu’ils n’osent pas exprimer dans leurs chansons car cela casserait leur image. Nous, nous n’avons pas d’image et ça nous arrange plutôt bien.

Barack Obama a utilisé votre chanson Fake Empire tout au long de sa campagne présidentielle. Maintenant qu’il a moins la cote, ça ne vous gêne pas?
Non, on reste derrière lui! Il commet des erreurs, notamment dans sa communication, mais nous savions depuis le début qu’il n’allait pas pouvoir résoudre tous les problèmes aussi rapidement que le peuple américain l’espérait. Lorsqu’il a présenté sa candidature pour la présidence, ses supporters ont fait un montage vidéo pour Youtube avec notre chanson Mr November (l’élection présidentielle américaine a traditionnellement lieu le premier mardi de novembre – NDLR). Puis, son staff nous a demandé l’autorisation d’utiliser la version instrumentale de Fake Empire. C’est marrant, car ça n’a rien

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