Nationalisme binamé

A la rentrée de septembre, c’est comme le 1er janvier: certains prennent de bonnes résolutions, d’autres prennent tout de suite des décisions importantes.

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 Daniel Senesael est un homme d’action. Le très blond bourgmestre (socialiste) d’Estaimpuis et, par là même, de Néchin-les-Depardieu, a donc pris une grosse grosse décision qui va radicalement améliorer la vie de ses administrés: élever Gérard Depardieu au rang de Citoyen d’honneur de sa commune. Pour avoir fait quoi de spécial? Ah mais, un truc énorme: Gégé est venu habiter (très épisodiquement) à Néchin, afin d’échapper au fisc français. Et donc voilà, pour souligner la beauté de ce geste prodigue, le maïeur (socialiste, donc) lui a décerné une médaille d’honneur, tout en le ceignant d’un fort joli harnais de la confrérie locale des Satcheux. Très en foufette, le beau Daniel avait aussi préparé une allocution à l’adresse du grand Gérard. Sortez vos mouchoirs, c’est trop émouvant: "Dans les histoires d'amour, il n'y a pas toujours que de l'amour. Parfois, il n'y a même pas de 'Je t'aime'. Pourtant, on s'aime. Estaimpuis t'aime, Gérard!", a lancé le très, mais alors très, très bronzé bourgmestre. (Vous permettez, j’essuie mes larmes. Ça me fait toujours ça, la grande poésie.) Fort touché, Gégé d’amour a en retour qualifié son accueillante commune d’"Estaimpuis d'amour". Ça y est, je re-pleure… Rudy Demotte, lui, s’est limité à une bonne résolution. Mais une grosse! Une qui fait du badaboum! Le ministre-Président (socialiste) de la Wallonie (et aussi de la Fédération-Wallonie-Communauté-Bruxelles-truc-brol-française) aimerait que s’instaure un "nationalisme wallon".

Là, d’abord, tu te dis: comme il ne boit jamais une milli-goutte d’alcool, noss’ Rudy nous fait une mauvaise insolation. Ou une crise de je ne sais quoi. Parce que généralement, le nationalisme nous mène au mieux à des Haine-VA, au pire à des guerres mondiales de millions de morts. Heureusement, juste après, Rudy nous a expliqué qu’on n’avait rien compris. Ou mal. (C’est souvent comme ça, avec Rudy: on ne comprend pas ce qu’il raconte, et il doit rerevenir en deuxième session.) Et donc en seconde sess’, Rudy nous a fait découvrir une grande nouveauté: il y a nationalisme et nationalisme. Le mauvais, bouh, beurk, caca, méchant, dangereux: "Un nationalisme de droite d’une certaine Flandre qui se recroqueville sur elle-même, un nationalisme d’exclusion et de repli." Et puis il y a le nationalisme pas de droite, le wallon, le tout bon. Avec "une vision sociale et ouverte", qui éveille une "conscience wallonne", bâti sur une "identité wallonne positive, inclusive, riche des différences et de la diversité". Un nationalisme de "Wallons qui n’ont plus le regard bas, mais de Wallons qui regardent vers la ligne d’horizon." Djeu, que c’est beau! Et ce nationalisme-là, il est top. C’est du "nationalisme wallon positif".

Du "nationalisme d’ouverture". Donc je résume: désormais vous serez nationaliste, oui, mais light. Vous me ferez du nationalisme avec des fleurs, si on veut. Du nationalisme à s’n’aise. Du nationalisme tarte à l’djote ou sirop de Liège avec une bonne Jupiler. Cool, sans agressivité. Du nationalisme binamé. D’ailleurs, José Happart a dit qu’il était d’accord. C’est dire si le nationalisme de Rudy est bien pensé.

vincent.peiffer@moustique.be

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