Napoléon, les autres vérités

Le 18 juin, on célébrera le 200eanniversaire de la bataille de Waterloo. Et c'est à nouveau vers Napoléon que tous nos regards se tourneront. Mais cette fascination pour Bonaparte est-elle dictée par de bonnes raisons? Et qu'en pensent ses opposants d'hier et d'aujourd'hui?

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Ne cherchez pas. Lors des commémorations de la bataille de Waterloo, le 18 juin prochain, il n'y en aura que pour lui. Napoléon Bonaparte, empereur des Français, avec son curieux bicorne et sa main sous le plastron. Un homme dont la silhouette est aussi célèbre que ses victoires (et sa défaite), et que tout citoyen du monde connaît peu ou prou. Surtout s'il est français. Parce que Bonaparte incarne parfaitement une certaine idée de l'Hexagone, quand ce pays était encore le plus puissant de la planète, totalement incontournable dans le concert des nations. Quand, dès après la Révolution puis avec les conquêtes de Bonaparte, il régnait directement ou non sur une bonne partie de l'Europe: Belgique, Pays-Bas, Italie, Espagne, ouest de l'Allemagne…

Quel autre homme politique français, quel militaire, a à ce point marqué les esprits? A Paris, son tombeau trône sous le dôme des Invalides, en plein cœur de la capitale. Son arc de Triomphe y est un monument-clé. Les rues de la ville rappellent encore ses grandes victoires: Rivoli, Arcole, Austerlitz, Iéna, Wagram, Aboukir… Sa maison natale à Ajaccio, celles de l'île d'Elbe où il fut une première fois exilé attirent les touristes par dizaines de milliers. Et si Saint-Hélène où il est décédé n'était pas si loin dans l'Atlantique, sûr qu'elle serait une destination de citytrip de premier plan.

Mais il n'y a pas qu'en France. Partout dans le monde, l'homme est célébré, connu, étudié. Il se publierait en moyenne un article ou un livre sur lui chaque jour sur la planète. Quelque 80.000 références. Des ouvrages laudatifs, souvent, mais parfois plus critiques à l'égard de celui qu'on surnommait le Petit Caporal. Car si Napoléon fascine incontestablement, il ne force pas toujours l'admiration. Et s'il fut sans doute le plus grand aventurier de son temps, on lui connaît quelques casseroles. Comme celle, tout simplement, d'avoir confisqué le pouvoir à son profit via un coup d'Etat, dilapidant une partie de l'héritage de la Révolution. Ou, plus ambigu encore, d'avoir rétabli l'esclavage dans certaines colonies françaises des Caraïbes.

Mais à l'époque, comment ses ennemis le voyaient-ils exactement? Quelle image avaient-ils du personnage? Et qu'en pensent aujourd'hui leurs descendants? L'historien belge Bruno Colson fait le point et ramène la légende à de plus justes proportions.   

Napoléon fascine, c’est indéniable. Comment l’expliquez-vous?

Bruno Colson – C’est vrai que le personnage de Napoléon vend encore bien. Il y a chaque année plus de publications sur le sujet que sur la Deuxième Guerre mondiale par exemple. Je dirais déjà qu’il est un symbole dans une période franchement haute en couleur. Il y avait une théâtralité à l’époque qui a disparu par la suite. Quand vous voyez les uniformes, les chapeaux… C’est évidemment autre chose que le kaki et le gris vert de la Seconde Guerre mondiale.

C’était plus noble?

B.C. – Disons qu'on a le sentiment qu'il y avait plus de panache. La guerre n’était pas encore pervertie par l’industrie. Les combats étaient basés sur les seules forces motrices des hommes et des chevaux. Un soldat qui chargeait en première ligne n’était pas de facto condamné à la mort ou à d’affreuses mutilations. Il avait sa chance. Ces batailles-là, mêmes meurtrières, peuvent sembler presque folkloriques aujourd’hui. Parce que depuis, on a connu Verdun, Stalingrad…

L'époque fascine. C'est entendu. Mais cela ne suffit pas à expliquer l'incroyable célébrité dont jouit Napoléon encore aujourd'hui.

B.C. – C'est sans doute surtout dû à son parcours. Vous savez, à l’époque, pour jouer un rôle de premier plan dans l'armée, il fallait être bien né. Napoléon, lui, ne faisait partie que d’une petite noblesse corse obscure. Et à partir de là, il a conquis presque tout un continent. C’est le dernier grand chef qui a réussi cet exploit. Et contrairement à un Hitler ou un Staline, auxquels certains le comparent parfois, il n’a jamais atteint un tel degré d’horreur. Il a toujours gardé un côté humain. Même s’il a été tout à fait effrayant sous certains aspects, son personnage reste attachant, parce que c'est un archétype, un modèle d’énergie et d’activité incessante. Sa vie fut vraiment une épopée. Même s’il faut garder la capacité de faire la part des choses entre la légende et la vérité.

La suite du dossier dans le Moustique du 15 avril 2015

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