Muse: « Quand on joue du rock, il faut être un minimum mégalo »

Rencontre avec un trio adulé qui rêve de jouer dans l'espace et fait des tubes "par accident".

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Ce n’est pas un hasard si le privilège de la toute première écoute du nouvel album de Muse a été réservé à la presse belge au début du mois de juillet dernier. La Belgique a toujours réservé un accueil enthousiaste au trio de Devon. "Je me souviens de notre premier concert chez vous, au Botanique (à la Rotonde – NDLR). Notre album "Showbiz" n’était même pas encore sorti. La salle n’était pas remplie, mais la réaction du public nous a littéralement galvanisés. Et c’est à Werchter que nous avons expérimenté le frisson de jouer devant une toute grosse foule. C’est le genre de souvenirs qui ne s’oublient pas", explique le charismatique chanteur
Matthew Bellamy.

Et ce n’est pas encore fini pour les compliments. Lorsqu’il nous accueille dans sa loge d’une suite amstellodamoise, pourtant, Matthew Bellamy s’empresse de prendre le pouls de notre scène musicale. "Le rock belge est une source d’influence majeure pour Muse. Nous sommes fans de Millionnaire, dEUS, Evil Superstars ou Soulwax, trois groupes qui sont passés maîtres dans l’art de mélanger les genres. C’est ce que nous avons essayé de faire sur "The 2nd Law"."

En quoi "The 2nd Law" diffère-t-il du reste de votre discographie?
Matthew Bellamy – Nous avons toujours considéré que notre dernier album "The Resistance" (2009)marquait la fin d’une ère pour Muse. "The 2nd Law" est sans doute le disque le plus éclaté que nous ayons enregistré. La diversité des genres est bien plus marquée. Il y a du classic rock, de la pop électro et même du dubstep. Et puis, grosse nouveauté, notre bassiste Chris (Wolstenholme) chante même sur deux morceaux: Save Me et Liquid State.

Chris Wolstenholme – De manière générale, les rôles de chacun ont été moins définis qu’auparavant et ça nous a donné plus de liberté. Vous pouvez prévenir vos lecteurs, Muse s’essaie même au funk avec une chanson qui s’appelle Panic Station.

Vous citez les groupes belges comme influences. Il y en a d’autres?
M.B. – Même si on nous sort la comparaison à chaque album, on ne cache pas notre attachement à Queen. Plus récemment, j’ai été scotché par une prestation live de Skrillex. Sans vraie chanson mais avec beaucoup de travail sur le son, il est capable de maintenir l’attention et la pression durant tout un concert. Son approche nous a donné pas mal d’idées pour notre album.

Muse est-il encore un groupe qui fait du rock?
M.B. – Oui, nous avons travaillé de manière très traditionnelle sur l’écriture des chansons. Ce n’est qu’au niveau de la production et de l’enregistrement que nous avons quelque peu cassé les schémas. Nous avons souvent été très surpris du résultat, mais je pense que, fondamentalement, "The 2nd Law" reste du Muse pur jus. Les gens qui nous suivent depuis le début ne seront pas désarçonnés parce qu’ils savent que Muse ne reste pas une entité figée. Nous n’avons jamais cru que notre passé était meilleur que notre présent. On est dans un groupe pour inventer de nouvelles choses et pas pour regarder en arrière avec une sorte d’autosatisfaction mal placée.

A quoi fait référence le titre de l’album, "The 2nd Law"?
M.B. – Il fait référence à la deuxième loi de la thermodynamique qui rappelle que, aussi bien dans notre corps que dans les planètes, l’énergie s’épuise inexorablement. En résumé, ça veut dire que nous essayons en vain de survivre alors que notre tonus interne décroît de toute façon. Plusieurs chansons de cet album évoquent cet équilibre instable entre l’optimisme qui nous pousse à aller de l’avant et le pessimisme qui nous fait baisser les bras.

Cette théorie de la perte d’énergie est-elle applicable à Muse?
M.B. – Oui, bien sûr. Nous avons attaché beaucoup d’importance à l’ordre des morceaux. Il suit un peu la courbe de notre carrière. Le ton monte progressivement, puis on arrive à un climax. Et, à la fin de l’album, les ambiances sont plus posées. Avant que l’ambiance ne se calme. Nous savons qu’un jour, Muse aura moins de succès, mais là on est plutôt au sommet et on s’y sent bien. Sur un plan personnel, ça se passe très bien aussi (il vient d’avoir un enfant avec la comédienne Kate Hudson).

[…]

Muse a pourtant une image de groupe mégalo. Ça vous heurte?
M.B. – Non, c’est une question d’appréciation. J’ai relu récemment des critiques du double album "The Wall" de Pink Floyd. Le disque comme le groupe se faisaient descendre. Trop pompeux, trop mégalo… Aujourd’hui, "The Wall" est le classique que l’on sait. Quand on joue dans un groupe de rock et qu’on veut tout donner pour sortir de sa cave, il faut être un minimum mégalo.

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Interview complète dans le Moustique du 26 septembre.

Le 18/12 au Sportpaleis d’Anvers (complet).

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