Monsieur le Panache

Chaque mercredi, retrouvez "Que du beau monde" de Vincent Peiffer.

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En voilà un homme d’Etat, un vrai! Pas le genre lopette qui se dérobe! Cette semaine, la Cour de cassation italienne examine le dernier recours de Silvio Berlusconi contre une condamnation à quatre ans de prison et cinq ans d'interdiction d'exercer un mandat public, ceci dans l’affaire de son empire télévisuel Mediaset (achat à prix gonflé de droits télé via des sociétés offshore, qui alimentaient des caisses noires, d’où mégafraude fiscale). Donc Berlu a comme qui dirait un peu le feu à l’arrière-train: si le recours est rejeté, la condamnation est définitive. Et c’est là qu’on voit qu’il en a, Silvio. On le savait déjà, mais à ce point… Dimanche, dans le quotidien de droite Libero, il déclarait ceci: "Je n'irai pas en exil!" Déjà, pour un gars qui a dirigé trois gouvernements, c’est assez admirable de ne pas se soustraire à la justice de son pays. (Pas comme feu Bettino Craxi, ex-président du Conseil socialiste, condamné pour corruption, enfui en Tunisie en 1994 pour échapper à la prison. Ah, l’Italie!) Et ce n’est pas tout… Silvio ajoute qu’il refusera de faire "des travaux d'intérêt général, comme un criminel qui doit être rééduqué"! Ça ne servirait à rien puisque Silvio est déjà super bien éduqué. Logique. Pas question non plus d’accepter le régime spécial pour condamnés âgés (il va sur ses 78 ans) et d’exécuter sa peine en résidence surveillée. Ah non, on a sa petite fierté, merde! Et donc total, Silvio conclut par cette assertion qui nous rend tous admiratifs: "Je veux aller en prison!" Alors là, je dis: quel panache! Je dirais même: Monsieur le Panache! Attention, tout ça ne veut pas dire que le beau Silvio de ces dames (rémunérées) accepte son éventuelle culpabilité. J’ai fait des sottises? O.K., j’assume à fond. Ah non! Il a rien fait de mal, Silvio. Et d’ailleurs, la justice italienne n’est qu’un ramassis de magistrats de gauche (des "bolcheviks" – dixit) qui ont fomenté une vendetta politique contre sa personne. Oui, parce que normalement, si c’étaient des vrais magistrats intègres (de droite?), ils ne s’acharneraient pas pour des broutilles de détournement de quelques centaines de millions… Mais que voulez-vous, Silvio est un légaliste! Donc il acceptera.

Mais que lis-je? Dans un communiqué, Monsieur le Panache nous fait savoir qu’il "n'a pas donné une véritable interview" au journal Libero, et qu’il s’agissait juste d’une "conversation informelle". Pas officielle, donc. Donc, réflexion faite, la prison c’est quand même assez bof-bof? Et, tout compte fait, les travaux d’intérêt général, ça peut être sympa? Et la résidence surveillée, c’est plus confort? Franchement, Silvio, l’espace de quelques minutes, j’y ai cru. Je suis déçu, déçu, déçu! Note que si tu veux te rattraper, il te reste le "Rubygate". Fin juin, en première instance, je suppose que tu te rappelles que tu as été condamné à sept ans ferme pour incitation à la prostitution de mineure et abus de pouvoir. Si ça se trouve, malgré toutes les lois d’amnistie, d’immunité ou de prescription que tu as fait voter pour te protéger, peut-être qu’en appel et en Cassation, les méchants magistrats bolcheviques confirmeront la peine. Et donc ça te donnera l’occasion de nous redire: "Je veux aller en prison!" Dis, tu nous le rediras, Silvio? Juste pour voir si tu en as vraiment. Parce que là, j’ai un petit doute…

vincent.peiffer@moustique.be

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