Moi et toi

Bernardo Bertolucci revient aux affaires avec son premier film depuis onze ans. Le très réussi Moi et Toi. Prétexte à une rencontre avec… lui!

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"Je reste fort affaibli. J’ai cru un moment que je ne reviendrais plus sur un plateau. Lorsque je suis monté en chaise roulante sur la scène du Festival de Cannes pour y recevoir une Palme d’honneur en 2011, ce fut un sentiment très mitigé. Je me sentais à la fois logiquement honoré, et aussi un peu humilié", explique l’auteur de quelques films cultissimes comme Little Buddha, Le Dernier Empereur ou Beauté volée.

Bertolucci est en effet émouvant quand il évoque sa résurrection avec Moi et Toi, nouveau film après un arrêt forcé de presque une décennie. "Une grave opération au dos m’a condamné au fauteuil roulant, et cela m’a en plus valu une solide dépression. Même si je ne retrouverai sans doute jamais vraiment l’usage de mes jambes, je vis déjà mieux." Et cela se sent! Car Moi et Toi redonne la foi comme un bol de chocolat chaud un soir d’orage!

C’est sur la base d’une histoire toute simple (un ado se retranche une semaine dans le sous-sol de son immeuble, mais sera vite rejoint par sa demi-sœur dans son monde qu’il voulait pourtant solitaire) que le cinéaste arrive à déjouer tous les pièges. Non seulement en ne lassant jamais le spectateur même si presque tout le film se déroule dans un huis clos de quelques mètres carrés. Mais surtout en surprenant sans cesse grâce à une mise en scène adroite et des acteurs très touchants. En résumé: un sans-faute riche en émotion mais fauché rayon pépettes. Qui a même parfois l’air d’avoir été tourné avec le budget fringues d’un porno de Rocco Siffredi. "Faire plus avec moins, voire presque rien. Voilà le nouveau défi."

Le réalisateur du Dernier Tango à Paris revient donc dans la danse avec tous les honneurs. Pour ce faire, il aura non seulement dû se battre contre lui-même ("cette foutue maladie"). Mais surtout contre certains autres. "Parfois, on m’a carrément dit: "Filmez n’importe quoi! Du moment que votre nom apparaît au générique final, c’est vendable." Quelle horreur! Je crois que c’est finalement ça qui m’a le plus motivé pour Moi et Toi. Qui reprend certaines de mes manies."

Place aux jeunes!

Comme dans Les Innocents où il avait révélé Eva Green, Bertolucci découvre donc à nouveau un jeune talent qui fait fondre les glaciers: Tea Falco, jeune Italienne à qui il confie son premier rôle sur grand écran. "Si on ne permet pas aux jeunes acteurs de se faire remarquer, le cinéma finit par s’essouffler et se répéter. Et puis, j’aime la jeunesse. J’éprouve d’ailleurs de temps en temps une réelle nostalgie pour la naïveté adolescente."

Est-ce d’ailleurs pour cette raison qu’il a choisi, dans la bande-son du film, le Boys Don’t Cry de The Cure, une des chansons les plus emblématiques au sujet des soucis d’identification qui inondent les hormones des ados? "De fait, ce texte cadrait bien avec le propos du film. Et puis, la bande originale de Moi et Toi contient aussi cette reprise en italien du Space Oddity de Bowie par Bowie lui-même. Ce morceau représente une double satisfaction: faire connaître une pépite du rock. Et surtout compliquer la vie de ceux qui vont doubler le film: vont-ils garder cette version? Ou carrément la remplacer par la chanson en anglais?", lance-t-il sur un ton bravache.

"Je déteste cette manie de doubler les films. Vous avez vu Le Dernier Empereur parlé en allemand, ou Un thé au Sahara en Russe? C’est à la fois insupportable et hilarant! Mais cela ne me décourage pas pour autant. Si c’est ça le cinéma en 2013, tant pis. On fera avec. Je n’ai plus trop le temps de me poser de questions. J’ai recommencé à filmer mais aussi recommencé à vivre. J’ai plusieurs projets secrets sur le feu. Je crains donc que vous ne deviez subir d’autres films de ma part dans pas longtemps."

Moi et Toi
Réalisé par Bernardo Bertolucci. Avec Jacopo Olmo, Tea Falco, Sonia Bergamasco – 97’.

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