Mogwai – Rave Tapes

Les vétérans de Glasgow crèvent l’écran - petit ou grand - et touchent un nouveau public avec leur nouvel album. Brillant.

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Formé en 1995, le groupe écossais a profité des nineties pour planter le décor d’un genre à part: le post-rock, musique purement instrumentale où les guitares électriques font la loi. La tête en haut, la tête en bas, les mélodies arpentent des montagnes russes vertigineuses. Grosses montées et méchantes descentes régalent ainsi les amateurs de sensations fortes depuis près de vingt ans.

Dans ce parc d’attractions du rock indépendant, on vient de croiser Fabrice Gobert, le réalisateur de la série télé Les revenants, diffusée depuis près d’un an sur Be TV. L’intrigue se déroule dans un petit village de montagne. Là-haut sur la colline, c’est un peu le festival du paranormal: des défunts retrouvent la vie et un rythme quotidien (quasi) ordinaire. Mise en son par Mogwai, cette incroyable fiction vous colle d’imparables frissons. "On a accepté de composer la B.O. de la série pour plusieurs raisons", lance Stuart Braithwaite, guitariste et membre fondateur de la formation. "Déjà, Fabrice est un vrai fan de rock. En 2010, pour son premier film (Simon Werner a disparu– NDLR), il avait sollicité les services de Sonic Youth. Cette expérience nous a mis en confiance. Ensuite, il adore notre musique. Et puis, ce qui nous a convaincus, c’est sa volonté d’échapper aux clichés en vigueur dans la plupart des séries télévisées. Il voulait une musique originale et anticonformiste. Pour ça, il pouvait compter sur nous." C’est qu’en matière de gestes techniques et de dribbles sur le terrain du rock instrumental, les Ecossais en connaissent un rayon. Par le passé, ils se sont en effet chargés du mythe Zinedine Zidane en imaginant la bande-son du film Zidane, un portrait du XXI e siècle . "C’était notre première expérience dans le monde du cinéma. À l’époque, ce travail était assez abstrait pour nous. Aujourd’hui, on se sent bien plus à l’aise dans cet exercice."

Entre le gang de Glasgow et le cinéma, c’est une belle et longue histoire d’amour. Le groupe tire d’ailleurs son nom de la petite créature à fourrure qui a fait le succès de Gremlins. Comme la bestiole du film, Mogwai n’aime pas trop la lumière du soleil. Sa musique s’apprécie mieux la nuit, dans l’obscurité d’une salle de concert ou sous une voûte étoilée. Pour ce qui est de ne pas mouiller l’animal, c’est une autre histoire… Mais, quand on vit en Ecosse, on apprend très vite à éviter les gouttes. Au fil du temps, le groupe a ainsi réussi sa mue. "Notre musique s’est métamorphosée au contact des nouveaux logiciels informatiques, souligne Stuart Braithwaite. Les technologies ont vraiment changé notre façon de construire le son." Cette observation s’applique parfaitement à "Rave Tapes", le nouvel album de Mogwai. Le single Remurdered, par exemple, conjugue la science électronique au génie électrique pour déclencher un fantastique raz-de-marée instrumental, un phénomène dont on ne sort pas indemne. Cette volonté de malaxer les matières électriques et synthétiques imprime son titre au disque. "Quand on cherchait le nom de l’album, on parlait souvent des cassettes audio sur lesquelles on enregistrait nos premières raves et toute cette culture techno fort en vogue à la fin des années 1980. Ce titre est un clin d’œil à notre jeunesse." Exception qui confirme la règle, le morceau Blues Hour laisse entendre des paroles. "Ce sont juste quelques mots", s’amuse Stuart. Comme quoi, Mogwai se sent bien plus à l’aise quand il ne chante pas: le secret d’une vie en harmonie.

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