Mireille Darc se glisse dans l’univers des poules de luxe à louer

Est-ce parce qu'elle fut avec bonheur La grande sauterelle de Lautner, la call-girl du Grand Blond et du Téléphone rose?Toujours est-il que Mireille Darc, reconvertie documentariste, se saisit du thème des escort-girls.

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Est-ce parce qu’elle fut avec bonheur La grande sauterelle de Lautner, la call-girl du Grand Blond et du Téléphone rose?Toujours est-il que Mireille Darc, reconvertie documentariste, se saisit du thème des escort-girls.

Et elle le fait avec empathie et talent. Elle a tendu sa caméra et son micro vers ces personnes qui louent leurs services sexuels « à la carte » à travers des réseaux loin de la prostitution de rue. Leurs clients, au niveau de vie plutôt élevé, les dénichent grâce à des annonces ou des agences. Pour le grand public, « escort » est synonyme de prostitution de luxe. Il n’a pas tort. Mais tout l’art de Mireille Darc est de dépasser ce cliché, d’en montrer un maximum de réalités peu glamour. D’entrée de jeu, on est mis face au contraste d’une libertine valorisée par son activité et une jeune femme tombée par hasard dans « l’enfer » de cette prostitution détournée.

La documentariste a ainsi recueilli les confidences franches et parfois crues d’un bel échantillon de « jouets » de plaisir et de ceux qui gèrent leurs affaires. Direction la Suisse, une des patries de Mireille Darc, et sa grande tolérance pour ce commerce particulier. Là, on pénètre dans les arcanes d’une agence, de ses habitudes, des tarifs de son large menu de prestations. Des plus sages aux plus extrêmes. On assiste aussi à une séance de briefing de nouvelles venues à qui sont expliquées les règles et demandé ce qu’elles acceptent de faire.

Au fil des témoignages, on quitte le terrain de la réalité graveleuse pour s’intéresser vraiment à la psychologie de ces prestataires sexuelles. Voire sexuels. Parfois transsexuels. Et à d’autres réalités de cet univers, comme avec Judith, spécialisée dans les services rendus aux handicapés. Pourquoi n’auraient-ils pas, comme n’importe qui, la possibilité d’assouvir leurs désirs? Avec une belle émotion dans le regard, Judith explique son dévouement à ses clients. Tout comme à sa suite Benjamin, escort homo, expliquera aussi toute la dimension sociale que peut parfois recouvrir son activité et la « grosse responsabilité que cela représente ».

Même si, pour faire joli et séduire le téléspectateur, Mireille Darc rythme son documentaire d’une imagerie suggestive liée à l’univers des « escort », son document très humain démontre que ce métier touche et s’adresse aujourd’hui à toutes les catégories sociales et professionnelles. Etudiant(e)s, employé(e)s, mères de famille, etc. Chacun de nous en connaît certainement. Sans le savoir.
Fernand Letist

24 janvier: 22h05 LA UNE Pas sur la bouche

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