Miossec « Finalement, je n’ai pas fait que des conneries »

La cinquantaine sereine et la plume lucide, le Breton signe un chef-d'œuvre avec "Ici-bas, ici même". Foncez!

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Christophe Miossec a posé sa canne en bois contre la table. Il commande une bière sans alcool, tire sur sa clope électronique et répond à nos questions d'une voix tellement basse qu'on doit booster le volume de notre enregistreur MP3 pour être sûr de ne rien perdre de ses propos. Le Breton a bonne mine. L'air de son Finistère nord sans doute. Il est précis dans ses mots, humble dans le propos et d'une convivialité rare. Bref, un chouette mec qu'on rencontre toujours avec plaisir.

Trois ans après "Chansons ordinaires", disque à l'insouciance rock assumée, et deux ans après sa collaboration majestueuse à l'album "L'attente" de son idole Johnny Hallyday, Miossec revient avec "Ici-bas, ici même", collection de onze morceaux dont les arrangements sobres sont entièrement au service de sa poésie. Pour nous, mais nous sommes loin d'être les seuls, il s'agit peut-être de son meilleur album (voir notre chronique). A l'entendre, il ne s'agit pourtant "que de chansonnettes". "J'ai installé un petit studio au fond de mon jardin. Le bonheur total. L'endroit où je vis me fait un peu penser à la Californie du nord. En préparant ce disque, j'avais le fantasme de ces romanciers américains qui bossent dans leur cabane. C'est drôle car maintenant que j'y pense, je me rends compte que c'est comme ça que tout a commencé pour moi. Adolescent, je répétais avec mon groupe de punk-rock dans une cabane avec chiottes à l'extérieur, à deux ou trois kilomètres d'où je vis aujourd'hui. De quatorze ans à cinquante berges, la boucle est bouclée, on se retrouve à faire la même chose."

D'après votre bio officielle, votre album "Ici-bas, ici même" a été "fait comme un couillon avec une guitare et trois fois rien". Un peu dur, non?

Miossec – Je n'utilise pas cette formule pour minimiser l'importance de ce disque ou pour me dévaloriser, mais parce que c'est la vérité. J'ai longtemps gambergé pour l'écriture des textes mais pour la réalisation, c'était plutôt minimaliste comme démarche. Je me suis interdit de mettre des couches. J'ai épuré: une contrebasse, une guitare, une batterie dont on n'entend que la grosse caisse et des mots rentrés au chausse-pied. "Ici-bas, ici même" est le contrepied de mon album précédent, "Chansons ordinaires", qui était plus rentre-dedans et plus juvénile dans son esprit. C'était mon dernier disque rock.

En 2004, vous fêtiez vos quarante ans avec "1964", un album empreint d'une profonde nostalgie. Comment abordez-vous la cinquantaine?

Miossec – Sur mon album "1964", je regardais en arrière, j'évoquais les souvenirs, l'enfance, le passé. C'était sans doute la crise de la quarantaine. A l'approche de la cinquantaine, je suis dans une autre réflexion. Je suis plus dans le présent avec ce disque. Je ne veux plus gâcher mon temps à ressasser le passé ou à déprécier ce que je fais. L'heure est plutôt à la sérénité.

La suite de l'interview dans le Moustique du 9 avril 2014

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