Milow: « La Belgique n’aime pas les rêveurs »

Il est le secret le mieux gardé de la pop noir-jaune-rouge. Rencontre avec celui qu'on entend partout, mais que personne ne reconnaîtrait dans le métro.

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À 29 ans, Jonathan Vandenbroeck, alias Milow, est un des chanteurs belges qui s'exportent le mieux. "Milow", son avant-dernier album, s'est vendu à 650.000 exemplaires dans le monde, dont 100.000 rien qu'en France. Quant à sa reprise acoustique d'Ayo Technology du rappeur 50 Cent, elle a totalisé pas moins de 340 semaines de présence dans les charts. Pourtant, si l'on fredonne ses chansons dès qu'elles passent à la radio, on ignore tout du bonhomme. C'est que cet auteur-compositeur cultive un look anonyme, fait de la pop bien ficelée mais de la pop tout de même, est abonné absent des pages people et a toujours préféré le travail artisanal de longue haleine aux plans marketing.

Sur son nouvel album "North and South", Milow enrichit la texture de ses chansons construites jusqu'alors sur un moule pop plutôt classique. A la démarche acoustique qui caractérisait ses premiers enregistrements, le Louvaniste ajoute ici de discrètes touches électro. Il donne du volume à la batterie et offre surtout plus d'espace aux arrangements. Comme son titre le laisse indiquer, "North and South" est un disque de contrastes, construit à l'ancienne et toujours en mouvement. Bref, une sorte de road-tripen mode cruise controloù il est question de rupture, de mort, de freeway, de la Californie sous la pluie et, aussi un peu, de la Belgique.

Quand on parle des Belges qui réussissent à l'étranger, on cite dEUS, Ghinzu, 2 Many Dj's ou Stromae, mais jamais Milow. Vous êtes jaloux?
Milow – Non, c'est logique. Je n'ai jamais été hype en Belgique et le style musical dans lequel j'évolue n'est pas toujours celui qui attire les médias du pays. C'est parfois difficile d'expliquer ça à l'étranger. Quand je fais de la promo en France ou en Allemagne (où son single You and Me est numéro un en airplay et son album, numéro 4 des ventes – NDLR),les journalistes pensent que je suis une mégastar en Belgique. Mais bon, je n'ai aucun problème avec ça. Si vous m'aviez demandé voici cinq ans si je préférais être reconnu à l'étranger ou me contenter de jouer dans les salles belges, j'aurais opté pour la situation dans laquelle je me trouve actuellement.

Vous souvenez-vous du jour où vous avez décidé de devenir musicien?
Milow – Du jour, non. De la période, oui. A l'âge de 12-13 ans, je vivais à Haacht, dans le Brabant flamand, à quelques kilomètres de Werchter. Chaque fois qu'il y avait le festival ou un concert, j'y allais à vélo avec mes copains. J'ai vu Pink Floyd, U2, Radiohead. C'est à ce moment-là que le déclic s'est fait, même si la route a été longue. J'ai commencé à me produire sous le nom Mylo dans les cafés de Louvain en 2003 et j'ai sorti mon premier album "The Bigger Picture" en 2006 sur mon propre label. Personne n'en voulait. Un an plus tard, je me produisais au festival de Werchter. Un rêve…

Pourquoi dites-vous dans la chanson The Kingdom venir d'un pays "où les gens n'aiment pas les rêveurs"?
Milow – Ça fait un peu règlement de comptes, je sais, mais c'est ce que j'ai ressenti à mes débuts. En Belgique, quand un artiste rêve un peu trop ou ose afficher des ambitions, il se fait casser. Quand j'ai commencé à démarcher dans les maisons de disques au début des années 2000, avec mes chansons pop et mes espoirs de carrière internationale, les portes se sont refermées et les moqueries ont fusé. La réflexion qui revenait régulièrement, c'était "Des Milow qui racontent des histoires avec une guitare acoustique, il y en a des millions dans le monde". Dans la presse flamande, on m'a souvent reproché de faire une musique trop gentille et pas novatrice.

En quoi votre musique est différente de celle des Jack Johnson, Daniel Powter ou autre Jason Mraz à qui on vous compare le plus souvent?
Milow – Je ne crois pas que j'utilise les mots comme eux. Beaucoup de ces artistes aspirent à l'universalité dans les chansons. Moi, je pars toujours de l'intime. Je suis plutôt de l'école de Leonard Cohen ou de Bruce Springsteen. "Nebraska" reste un de mes albums de chevet parce qu'il m'emmène quelque part et s'écoute comme on lit un livre. Avec un début, un milieu et une fin.

L'album s'ouvre par Son et se termine par KGB, deux chansons qui évoquent votre père disparu. Sa mort a-t-elle noirci le paysage de "North and South"?
Milow – J'ai écrit la plupart des chansons de cet album alors que ma vie professionnelle et ma vie privée étaient complètement bouleversées. Ce n'est pas un album sombre pour autant. Il y a des larmes, comme lorsque j'évoque mon père, mais aussi du rire. Pour moi, "North and South" exprime surtout l'ambiguïté, les contrastes et la difficulté à faire des choix.

Milow – Never Gonna Stop

You and Me (In My Pocket)

Les 27 et 28/4 à l'AB.

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