Miel: Mon père ce héros

Une relation père-fils quasi muette, mais intense, nimbée de poésie et de sacré. Magique!

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Le cinéma est un trou de lumière où il se passe de temps en temps des choses magiques. L’histoire de Yusuf, devant la caméra puissamment évocatrice de Semih Kaplanoğlu, en est une. Un récit simple, qui nous agrippe sans que l’on s’en rende compte, pour ne plus nous lâcher, jusqu’à un plan final sublime. Yusuf a 6ans. Il vit dans les campagnes d’Anatolie, au milieu de forêts majestueuses où il accompagne un homme et sa mule. Cet homme, c’est son père. Sa raison de marcher, de sourire, de respirer. De vivre. Son Dieu. Sa communion totale avec la nature, mystique.

Kaplanoğlu voit comme baume à sa Turquie transfigurée le retour aux sources. Le travail des mains et du cœur, habité sans démonstration par le sacré. Le père est apiculteur et pose des ruches noires dans les arbres. Patiemment, le regard admiratif de Yusuf devant ces gestes lents, précis, respectueux, devient le nôtre. Kaplanoğlu multipliant les plans fixes, empreints d’une remarquable et toute discrète poésie. D’un calme vertigineux, transpercé par instants fugaces par le bruit du vent dans les arbres. Dépouillé de musique, le film déploie une incroyable symphonie de sons. Et nous transporte. Loin de la modernité assourdissante.

Mais la force de Miel ne se limite pas à sa poésie, à ses images splendides où se suspend le temps, à la lisière du conte fantastique. Car, dans cette histoire merveilleuse, Kaplanoğlu installe tranquillement un suspense. Que va-t-il arriver à ce père? Qu'est-ce qui attend ce gamin qui, loin du regard de son père, à l’école, perd tous ses moyens, reste mutique? Car un jour, ce père qui seul le comprend sans échanger de mots, ce père qui avale d’une traite son verre de lait pour lui éviter le courroux de sa mère, ce père magique, disparaît et ne revient pas.

Cette épreuve de l’attente obsédante traversée par Yusuf, Kaplanoğlu va la traduire par un film qui apaise et fascine malgré le drame. Le cinéma de Kaplanoğlu est une expérience sensorielle hors du commun, dont l’ours d’or remporté à Berlin était la moindre des récompenses. 

Miel (Bal)
Réalisé par Semih Kaplanoğlu (2010). Avec Bora Altaş, Erdal Beşikçioğlu,  – 103'.

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