Mick Jagger se la joue SuperHeavy

Il fêtera le cinquantième anniversaire des Stones l'an prochain. En attendant, il s'amuse comme un gamin avec son nouveau super-groupe. Rencontre londonienne.

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Le 12 juillet 1962, Mick Jagger donnait son premier concert avec les Rolling Stones au Marquee, un club rhythm & blues d’Oxford Street, à Londres. Quasi cinquante ans plus tard, la star anoblie nous accueille à quelques centaines de mètres de là, dans un salon feutré situé au premier étage du Dorchester Hotel. Silhouette svelte, allure athlétique, of course quelques rides sur le visage, pantalon slim noir et chemise vert pistache, il est tout sourire. Avant même que nous ayons pu bredouiller quoi que ce soit, il balance: « Hello, nice to meet you. Je vous annonce que les Rolling Stones lancent une nouvelle tournée mondiale qui débutera en Belgique en 2013″. S’ensuivent un gros éclat de rire et une poignée de main. La glace est brisée. Quel blagueur ce Mick…

Alors que les rumeurs sur les retrouvailles des Stones vont bon train, Jagger, 68 ans, reçoit la presse pour défendre l’album « SuperHeavy », un super-projet avec un super-groupe dont il n’est qu’un des quatre chanteurs. Flanqué de Dave Stewart (Eurythmics), de la jeune diva soul Joss Stone, de la star reggae Damian Marley et du compositeur indien A.R. Rahman, Jagger s’amuse comme un gamin sur ce disque ensoleillé. Si les guitares rock dominent, on se laisse aussi emporter par les rythmes dance-hall, le groove rasta, la fusion reggae et quelques envolées Bollywood qui ne tombent jamais dans la carte postale.

Dave Stewart, également présent au Dorchester, assume la paternité du projet avec Mick Jagger. « En me promenant un après-midi sur une colline de Kingston, j’ai entendu un mélange improbable de trois soundsystems différents provenant de villages voisins. Ça m’a donné envie de faire un disque avec des musiciens issus de différents backgrounds, en privilégiant l’improvisation. »

En ce samedi pluvieux, Mick Jagger et Dave Stewart ont débuté le ballet des interviews à 11 heures du matin. Il est 20 heures quand arrive notre tour. « Cool, c’est la dernière rencontre de la journée », se réjouit le leader des Stones en exagérant un bâillement. « Je n’en peux plus. A mon âge, ce ne devrait plus toléré. En plus, on ne m’a servi que des chips depuis ce matin. Vous vous rendez compte? »

Quelqu’un a-t-il osé depuis ce matin vous faire une remarque sur le costume rose que vous portez dans le clip de Miracle Worker, le premier single de SuperHeavy?
Mick Jagger – Je porte un costard rose et ça fait toujours son petit effet. Je trouvais que les lumières et le décor du clip étaient très sombres. J’ai simplement voulu apporter un peu de couleur sur le plateau. Juste un peu de couleur…

Dave Stewart – L’équipe de tournage était pléthorique. Nous étions tous en place et on sentait une certaine tension. Quand Mick a débarqué avec ses lunettes noires, son costard rose et qu’il a commencé à chanter, toute l’équipe s’est tue et n’avait d’yeux que pour lui comme si elle regardait un chef d’orchestre ou un grand réalisateur. C’était incroyable.

Lorsqu’on vous interroge sur votre âge, vous vous en sortez toujours par une pirouette. Mais comment considériez-vous les vieux chanteurs lorsque vous avez débuté avec les Stones?
M.J. – La question de l’âge n’est liée qu’à la mythologie du rock. Et c’est vrai que j’avais moi-même un problème par rapport à ça. Il y avait des tas d’entertainers âgés qui passaient à la télé et ça ne me dérangeait pas. Mais quand je voyais le bluesman John Lee Hokker que j’admirais, je me disais: « Celui-là, il ne peut plus continuer trop longtemps. Il ne sera pas très crédible ». Il devait avoir 40 ans à l’époque! Aujourd’hui, c’est fini tout ça. Plus personne ne prend sa retraite à mon âge. Tant que je sais chanter que Charlie (Watts)a l’envie et que Keith (Richards)tient sur ses jambes, pourquoi arrêterions-nous? En fait, rien n’a changé dans nos habitudes. Il y a peut-être moins de drogues aujourd’hui, c’est tout.

SuperHeavy est un groupe multiculturel et multiracial. Les textes que vous avez écrits tiennent-ils compte de cette dimension?
M.J. – Il y a effectivement des chansons à caractère social ou politique, comme I Can’t Take It No More sur laquelle j’exprime ma lassitude pour certains dirigeants. Mais je ne cite pas de noms, je laisse ça ouvert. D’autres morceaux sont plus personnels. Sur I Don’t Mind (où Mick Jagger fait une allusion aux Twin Towers – NDLR), j’évoque la satisfaction de profiter du calme et de la plénitude d’un beau paysage sans être dérangé. C’est assez positif dans l’ensemble.

D.S. – C’est l’un des grands enseignements de cet album. Chaque membre du groupe vient d’un milieu musical différent et n’utilise pas le même langage pour s’exprimer. Mais au bout du compte, quand vous voyez ce qu’ont écrit Mick, Joss Stone, Damian Marley et A.R. Rahama, vous vous rendez compte que le message est le même. Il est beaucoup question d’espoir dans cet album.

Vous aviez chanté Don’t Look Back en 1978 avec la star reggae Peter Tosh. Avez-vous ressenti les mêmes bonnes vibrations au contact de Damian Marley?
M.J. – Oui. Mêmes vibes, même couleur de peau, même dreadlocks. Sauf que les cheveux de Damian sont plus longs que ceux de Peter. Il y a d’autres différences. Peter Tosh chante alors que Damian est plus dans la tradition des toasters jamaïcains (les DJ qui éructaient des rimes en argot sur des disques instrumentaux – NDLR). Il fume aussi beaucoup plus de ganja. On avait rebaptisé la cabine où il enregistrait « la ganja room ». Quand il ouvrait la porte, il y avait un énorme nuage de fumée blanche qui se dégageait. Je n’entrais jamais dans cette pièce, sauf en fin de journée.

Quel a été le meilleur moment en studio?
M.J. – Je retiens surtout la manière que nous avons expérimentée. Nous n’avions aucune chanson avant d’entrer en studio. Chacun bossait dans son coin. Dave grattait sur sa guitare. Joss écrivait ses textes en regardant un soap TV dans la cuisine, Damian bossait dans sa ganja roomet A.R. Rahaman bidouillait sur ses claviers. Certains morceaux s’étiraient sur 30 minutes, d’autres n’en faisaient que quatre. Et puis, d’un coup, on sentait la magie.

Et quel a été votre pire cauchemar?
M.J. – Franchement, hormis la ganja room de Damian, je n’en vois pas. Sans être un cauchemar, le mixage a été assez difficile. Nous avions beaucoup de matière, presque trente heures de musique, et chacun avait son avis sur la question.

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SuperHeavy
« SuperHeavy »
Universal

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