MICHEL LECOMTE: « J’ai une vraie modestie paysanne »

L'Euro cartonne, le Tour et les J.O. s'échauffent. De quoi combler Monsieur Sports RTBF? Presque. Car entre sa Tribune en rééducation post-Pauwels et RTL-TVI qui rafle tout le foot européen, la dernière saison a été rude.

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Heureux, le chef des sports RTBF?
Michel Lecomte – Très! Un premier bonheur a été Roland- Garros. On avait négocié les droits à la baisse de 35 %, vu que Justine et Kim n'en sont plus. Et puis, grâce à David Goffin, on a fait 33 % d'audience de plus que la moyenne! L'autre bonheur c'est évidemment l'Euro 2012 de foot et ses audiences au zénith. Dès la première semaine on a fait en moyenne 20 % d'audience en plus que lors du début de l'Euro 2008. Certes, il y a notre météo maussade mais surtout une aspiration du public, au-delà des amateurs purs de foot, à vivre un grand événement, avec son suspense et ses belles histoires. C'est un feuilleton quasi quotidien parfaitement rendu par nos équipes sur place et ici par notre Studio Euro. Si tout l'été est à l'avenant avec le Tour de France puis les Jeux olympiques, ce sera formidable.

Par contre, RTL-TVI qui truste l'Europa League et la Champions League, ça vous a moins réjoui?
La RTBF doit être de ces négos car ce sont des événements qu'elle a un jour perdus. L'Europa League c'était il y a trois ans au bénéfice d'AB3. Je n'en ai pas dormi pendant huit jours. Quant à la Champions League, elle a été perdue il y a 12 ans par l'ex-administrateur général Christian Druitte. C'était son choix. Le représentant de Team, société détentrice des droits, avait été si mal reçu qu'il est tout de suite allé démarcher RTL-TVI, à l'époque pas vraiment intéressée, et a fait le forcing pour que la RTBF ne l'ait plus. L'Europa League aussi, c'est une sorte de vengeance. La RTBF avait échauffé les détenteurs de droits en négociant l'Euro 2008 au rabais. L'UEFA ne nous a jamais pardonné ce coup. Quand la même agence Team est venue monnayer l'Europa League 2009-2012, ça a été le retour de bâton. Team est allée voir AB3 et leur a mis le deal en main. En quelque sorte, nous avons chaque fois mis RTL-TVI et AB3 sur un marché foot où elles n'étaient pas. Finalement, elles peuvent nous dire merci! (Rire.)

La rengaine "La RTBF a encore perdu ceci ou a loupé cela" vous agace toujours?
Non. Okay, on n'a plus, pour l'instant, ces deux tournois de foot mais on a les Coupes du monde 2014, 2018 et 2022, on va négocier les prochains Euros, on sera sur les Diables à l'étranger pour les qualifs et on garde la Coupe de Belgique à un prix avantageux… Avec nos moyens et nos équipes, mettre en perspective les droits qu'on acquiert, les valoriser en gardant notre identité, c'est déjà une réussite. Face à une vraie concurrence. TF1 sur la F1 ou France 2 sur le Tour de France et les J.O. Là où on envoie 20 personnes, ils en envoient 300! Autre chiffre: cette année, la RTBF c'est 1.400 heures de sports!

Côté championnat belge, la position de la RTBF est très "confort". Que les droits appartiennent à Belgacom ou VOO, la RTBF est assurée d'avoir les images pour alimenter ses émissions contractuellement imposées…
Eh, on paie pour aussi! Certes, on a accès aux images des matches de championnat mais sous contraintes de plus en plus grandes. Le samedi soir, Studio foot n'a plus que 6 minutes par match. Des matches qui ne peuvent passer à l'antenne qu'après 23 heures.

La tribune du lundi, case créée il y a cinq ans, c'était la toute bonne idée?
C'était une obligation fixée dans le cahier des charges autour du championnat. L'évidence était un talk-show. Marc Delire avait déjà, avant son départ pour Belgacom, nourri un tel projet. S'il était resté, c'est lui qui aurait présenté Studio 1. On a finalement lancé l'émission avec Benjamin Deceuninck, puis moi à la présentation. Mon rôle est de mettre chacun en valeur. Benjamin Deceuninck, Marcel Javaux, personnage théatral et pertinent, Rodrigo, notre Maître Capelo du foot, et les autres… La difficulté reste d'attirer les acteurs du ballon belge sur notre plateau. Ce qui est paradoxal car cette émission, contractuellement imposée, est voulue par la Fédération! La présence en télé de tous les protagonistes de notre championnat devrait être une obligation.

Cette saison, le débat du lundi a eu un mal de chien à retrouver ses marques après le départ de Pauwels?
C'est vrai, on a vécu l'après-Stéphane Pauwels. Il fallait tourner la page, tester d'autres chroniqueurs (dont ceux de VOO), sortir de cette logique de duel permanent. Nous avons tous dû digérer le malaise créé par le départ de Stéphane, dont la place était centrale. L'équipe comme le public ont dû faire leur deuil. On a eu du mal et on a tâtonné. Ça s'est ressenti. En plus le niveau du championnat ne nous a pas aidés…

En septembre, la page sera définitivement tournée?
Oui. On investira l'actuel studio de l'Euro réaménagé pour nous. On va aussi raccourcir un peu l'émission et renouer avec du débat vivant et le côté "café du Commerce" que les gens aimaient bien.

A quel point l'affaire Pauwels vous a meurtri?
La manière dont ce départ s'est fait m'a mis en colère. J'ai le sentiment intime que Stéphane Pauwels préparait sa sortie depuis longtemps. Le clash en direct avec Benoît Thans – conclu dans un jet de feuilles et le cinglant "Fait chier!, Monsieur Lecomte vous choisissez toujours votre camp" -, c'était sa manière de couper les ponts. Tôt ou tard, cela allait péter entre lui et Thans. Ils se toisaient, se parlaient à peine. Chacun avait son réseau foot qui cherchait à faire passer des messages à travers eux. Et chaque mardi, c'était le mur des Lamentations. Je passais la journée à éteindre de fameux incendies. Aujourd'hui, le téléphone sonne moins. Ce n'est pas pour autant bon signe.

C'est surtout une déception humaine?
Assurément. En clashant volontairement, Stéphane coupait net les ponts et s'épargnait des adieux plus douloureux avec moi. Affectivement, j'ai eu beaucoup de mal. J'avais soutenu Stéphane dès le début et je l'appréciais. Dès la première rencontre, je me suis dit "là, on a trouvé quelqu'un". Rodrigo Beenkens était de mon avis. J'ai dit: "on fonce".

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Pauwels vous manque?
Je n'ai pas pu regarder ses Orages de la vie mais j'ai retrouvé plaisir à le croiser surtout pour qu'il me raconte des ragots ertéeliens (rire). La hache de guerre est enterrée. On évite pourtant de rentrer dans des discussions de fond… Des départs, j'en ai vécu. Comme celui de Marc Delire pour Belgacom. J'aurais mérité que Stéphane Pauwels me dise en face "Michel, je vais partir" comme Delire avant lui l'avait fait. Clair et net. Avec Stéphane, on est restés un temps dans un flou malsain. Son départ pour RTL-TVI m'a fait suer mais j'ai ressenti un vrai soulagement. Le défendre en permanence m'a humainement épuisé.

Vous n'en avez pas assez de gérer de fameux ego?
Ma philo c'est: chaque talent à la bonne place. Qu'on soit petit nouveau ou journaliste chevronné. Je suis un intuitif et je détecte très vite les malaises entre mes gaillards. Mais en même temps, des stars dans un service comme le nôtre, il en faut. Néanmoins, je rappelle souvent aux "stars" qu'ils ne sont rien sans tous les hommes et les femmes de l'équipe des sports qui, chacun à leur niveau, sont indispensables au maintien au top de la RTBF.

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