Michel Drucker: « Je ferme un chapitre de mon enfance »

Pour le pape de la télé française, la vie n'a pas toujours été un long fleuve tranquille. Entre hommage et confession, France 2 psychanalyse son animateur-vedette.

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En 2007 paraissait l’autobiographie de Michel Drucker,  Qu’est-ce qu’on va faire de toi?, confession d’un animateur que l’on croyait bien connaître. 500.000 exemplaires et cinq années plus tard, le réalisateur Jean-Daniel Verhaeghe en tire un téléfilm recentré sur l’enfance et l’adolescence du jeune Michel. Une période-clé pour comprendre le parcours de cette figure emblématique de la télé française – 70 ans, dont près de cinquante à l’antenne. France 2 lui réserve sa soirée du 19 décembre en diffusant le biopic, mais aussi un documentaire. Alors, flatté notre Mimi?

Comment avez-vous réagi au fait que France 2 vous dédie une soirée spéciale?
Michel Drucker – J’ai eu l’impression que j’étais mort… Je me suis demandé si je le méritais. Il y en a eu une sur Patrick Sébastien et bientôt une autre sur Laurent Ruquier, alors…

Que vous a inspiré le téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe?
J’ai été très secoué quand je l’ai vu. Les mots c’est une chose, mais les voir en images, c’est très déstabilisant. Les biopics portent souvent sur des gens disparus. Là, le film se termine par l’image d’un gamin qui passe à la télévision et aujourd’hui, ce gamin est encore là, à la même heure. Une sensation très étrange. Je ne suis pas certain de le revoir le 19 décembre… Il raconte dix années essentielles, mais pas que des bons souvenirs.

Pourquoi?
J’étais coincé entre deux frères brillants et traumatisé par mon père. Il est entièrement responsable de mes échecs. Pour lui, "hors des études, point de salut". Il y a une scène où il m’envoie chez le psy, qui me diagnostique "enfant inapte à tout effort intellectuel". Ça a eu une résonance terrible. Sur le coup, mon cerveau n’a plus rien imprimé. Seul le sport m’a intéressé. Je ne me suis ouvert à la politique, au cinéma et à la littérature que bien plus tard.

Comment avez-vous vécu cette période?
Je souffrais d’être bloqué et de décevoir mon père. J’aurais voulu être le médecin des petites gens, comme lui. Tout cela m’a gâché la vie, mais m’a aussi permis de m’en sortir: je voulais lui donner tort. Le bon côté, c’est que je suis entré très tôt dans la vie active. Une libération! Le temps que j’avais perdu, je l’ai rattrapé.

En avez-vous voulu à votre père?
Non. J’en ai plus voulu au système scolaire. Je n’ai pas rencontré l’enseignant qui m’a donné le déclic. J’ai longtemps pris en grippe les intellos et les diplômés. Mais mes parents ont quand même compris, surtout ma mère, qu’il ne suffit pas d’avoir des diplômes…

Votre père a-t-il finalement été satisfait de votre parcours?
Il ne me le disait pas, mais par d’autres, j’ai su qu’il était très fier. Hélas, il n’a pas connu l’essentiel de ma carrière: Champs-Elysées, Studio Gabriel... Et surtout Vivement dimanche, qui correspondait le plus aux goûts de mes parents car c’est une émission plus intellectuelle, où je reçois des écrivains, des hommes politiques, des historiens…

Que reste-t-il en vous de l’enfant que vous étiez?
L’anxiété. Le doute permanent, les complexes. Ma mère confondait culture et intelligence. Or, ça n’a rien à voir. Certains artistes ont une intelligence fulgurante et compensent ainsi le manque de bagage culturel. Ce ne sont pas les plus diplômés qui m’ont le plus épaté.

Quelle image donnez-vous aux autres, selon vous?
Paradoxalement, j’ai toujours eu l’image de premier de la classe à la télévision. L’image d’un homme équilibré sur son canapé, qui sait mettre les gens à l’aise. C’est un grand malentendu. J’ai eu besoin de beaucoup travailler pour arriver à cela. Je suis un artisan, très besogneux, très lent. Cette impression de dextérité et de facilité, ce sont des années de travail.

Vous pensez à la retraite?
C’est un mot que je ne connais pas. Demandez à Bouvard – 82 ans -, à Elkabbach – 75 ans… Je suis un gamin à côté d’eux! Je suis fasciné par la durée. On n’a pas réussi si on ne dure pas – dans la carrière, les amitiés, la santé… La question est: quelle est la ligne jaune à ne pas franchir? Je ne vendrais pas mon âme pour garder le public. La télé-réalité, celle qui touche à l’intime, c’est franchir la ligne jaune. Elle condamne à terme ceux qui la présentent. J’ai toujours jugé le public plus ambitieux qu’on ne l’imagine. J’ai essayé de le tirer vers le haut, en invitant des gens comme Yves Coppens à Vivement dimanche par exemple. Si on veut durer, il faut prendre des risques. Se servir des gens populaires pour en imposer d’autres, inviter Céline Dion pour accueillir Placido Domingo. Là, le grand public découvre quelque chose.

Qu’attendez-vous, personnellement, de cette soirée spéciale?
Ce sera une sorte de psychanalyse. Probablement que, le 19 au soir, j’aurai refermé un chapitre de mon enfance. En paix avec moi-même. J’aime beaucoup la fin du téléfilm sur la chanson de Jean Ferrat, Nul ne guérit de son enfance. Elle résume mon histoire. C’est compliqué de guérir de son enfance…

Comment imaginez-vous la suite?
Le meilleur est à venir – dans ma vie personnelle, à la télé, côté santé. Plus ça va, plus je me rapproche de mon vœu d’être quelqu’un d’éclectique, polyvalent, à l’aise dans le grave comme dans le léger, ouvert aux gens… En revanche, j’aurais préféré ne jamais rencontrer certaines personnes, en deçà de l’image que j’en avais. Mais j’arrive là où mes parents souhaitaient que j’arrive. J’ai passé à la télévision tous les diplômes que je n’avais pas eus. Aujourd’hui, j’ai l’agrégation. Je pense que je pourrais être le bon professeur que je n’ai jamais eu…

Mercredi 19 France 2 20H45: Qu’est-ce qu’on va faire de toi?

Mercredi 19 France 2 22H15: Michel Drucker, Itinéraire d’un enfant de la télé

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