Mer du Nord: On t’aime quand même

Pluvieuse, coûteuse, bétonnée, flamingante, la côte belge? Peut-être. Mais aussi emplie de souvenirs, de charmes et d'activités surprenantes. Croyez-en Monsieur Télétourisme en personne.

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Notre guide: Guy Lemaire

Producteur de La clef des champs et animateur de Télétourisme sur la RTBF. Ex-président de l'Association professionnelle des journalistes de tourisme.

Soyons franc, surtout si on a goûté à d'autres plages sous d'autres cieux, "moche" est le qualificatif qui vient à l’esprit quand il faut décrire "notre" littoral. Si on se laisse aller, on peut même trouver le climat chagrin et l’eau suspecte. Alors un repoussoir, la côte belge? Pas du tout. Lors du long et ensoleillé week-end de notre fête nationale, 520.000 touristes d’un jour se sont pressés de La Panne à Knokke-le-Zoute, pour un taux d’occupation du secteur hôtelier de 95 %! Malgré la météo changeante, le mois de juillet a d’ailleurs globalement été bon, selon l’Office du tourisme de Flandre-Occidentale, et pour le mois d’août, l’optimisme règne vu le nombre de réservations enregistrées.

Objectivement, ces vacanciers n'ont pas tort. La côte belge est aussi ensoleillée que la Gaume qui vante tellement son fameux microclimat et, selon l'Agence européenne de l'environnement, ses eaux sont absolument conformes. Mais cette migration annuelle a aussi quelque chose du pèlerinage. "Aller à la mer", comme on dit chez nous, conserve un charme lié aux souvenirs heureux de l'enfance.

Ce que confirme d’ailleurs Guy Lemaire, mais, membre d’honneur de la confrérie des pêcheurs de crevettes à cheval (S.V.P.!), il voit aussi d'autres avantages à la mer du Nord. Habitué de Coxyde et de Saint-Idesbald plutôt que de Knokke ("trop m’as-tu vu"), le Liégeois n’est pas différent des autres plagistes. "Quand je vais à la mer du Nord, je veux un appartement sur la digue. Parce que avoir le nez sur les vagues, c’est le meilleur moyen de ne pas voir combien le front de mer est monstrueux."

Francophones les bienvenus

En 2001, des universitaires gantois ont même consacré notre littoral bétonné "pire exemple de planification côtière". Guy Lemaire plaide cependant l’indulgence: "L’urbanisation intensive de la côte date essentiellement des golden sixties et seventies, époque où on a aussi démoli la Maison du Peuple Horta à Bruxelles. On n'en avait rien à foutre de ce type d’architecture. Ce serait une erreur de critique historique de juger ce qui a été fait avant-hier à la lumière de ce qu’on connaît aujourd'hui. Par contre, s’il y a des manquements pour lesquels il est encore temps de crier gare…". On pense à cette statue de Folon sur la plage de Knokke, que personne n’a songé à déplacer malgré les multiples ensablements de la station, et qui disparaît petit à petit sous le sable… Ce signe du temps qui s’écoule serait presque poétique s'il n’était symptomatique d’une politique urbanistique en dépit du bon sens.

C'est peut-être une des raisons qui poussent de plus en plus de plagistes francophones à se tourner vers la Côte d’Opale en France ou la Zélande aux Pays-Bas. Ces régions sont à peine plus éloignées et ont su rester plus "sauvages", plus "typiques" et à taille humaine. Les prix de l’immobilier y sont d’ailleurs 20 à 30 % plus bas. "S’ils ne reproduisent pas nos conneries architecturales, cette concurrence devrait encore se développer dans l'avenir. Notamment à cause de cette clientèle typiquement wallonne qui clame: "Je ne vais plus chez ces Flamands!", parce qu’elle a l’impression d’y être moins bien reçue."

"Mais c'est u n faux débat. Les francophones croient qu’ils sont chez eux à la côte. Mais ils ne l’ont jamais été! Ils ne représentent que 20 % du chiffre d’affaires touristique, contre 60 % de Flamands. Ce qui est déjà énorme, selon les opérateurs touristiques. Pour eux, la clientèle francophone sera toujours la bienvenue. La perdre serait une catastrophe."

La menace grandit pourtant depuis l’expansion des formules city-trips et all-in dans des oasis plus ensoleillées. Des vacances souvent bien moins chères qu’un séjour de même durée à la côte. "Ou qu’en Ardennes, note Lemaire. Nous sommes dans de toutes petites régions, obligées d’intensifier un tourisme à haut pouvoir d’achat." 

Comment répondre alors à cette concurrence? "La première notion du tourisme, quels que soient la clientèle, le lieu ou le budget investi, c’est l’accueil: ne pas être froid, impersonnel et incompétent. Comme lors de certaines vacances bon marché…" La "Vlaamse kust", dans ce domaine, est bonne élève. Autre atout: les excellentes infrastructures de son secteur tertiaire, à commencer par un réseau de petits commerces de grande qualité, dont la tranche de prestations est en outre très large. "Une offre qu’on ne trouve pas ailleurs et qui fait la différence", confirme Lemaire. Chez nous, il est ainsi possible de manger, et même de bien manger, après 21 h, heure où, à la Côte d’Opale, ferment souvent les restos.

Plus belle que la Méditerranée

Comme le chantait le poète, "notre dernier terrain vague et ses vagues de dunes pour arrêter les vagues" peut également s’enorgueillir d’une beauté brute. "La nature reste superbe. La mer n’est pas toute étale et huileuse… C’est une mer qui vit! Et les étendues de sable, par ailleurs menacées, sont parmi les plus belles au monde. Mieux que celles de la Méditerranée. Je n’irais pas jusqu'à dire que je préfère Coxyde à Copacabana, mais presque…"

La nature, un capital précieux, mais capricieux – merci la météo – que les acteurs du tourisme local ont tenté de rentabiliser en l’agrémentant d’un catalogue d’activités "culturelles". "C’est une constante dans l’évolution du tourisme: les gens ne se contentent plus de voir un produit brut. On ne visite plus les châteaux de La Loire comme il y a 35 ans, mais avec des son et lumière, des visites guidées, des animations… Pareil ici, avec quelques grandes attractions (qui n’ont pas toutes été couronnées de succès d’ailleurs): le Sea Life, les festivals de sculpture sur sable, les expositions Beaufort, etc."

Des activités qui ont toutes lieu au bord de mer. L’arrière-pays, pourtant à portée d'une balade à vélo, reste étonnamment snobé. "C’est un tort. Les gens sont dans un moule, la seule excursion qu’ils s’autorisent, c’est Bruges. Voire Londres! Cela dit, l’arrière-pays n’est pas non plus équipé pour absorber un tourisme de masse. Son charme, outre quelques musées, c’est la combinaison de l’architecture et de la nature. Un tourisme diffus, tranquille, qui est fait pour être découvert et pas envahi… Honnêtement, si j’ai des jeunes enfants, je ne les arracherai pas à leurs châteaux de sable pour visiter les villages blancs.

Retrouvez notre dossier complet, des témoignages et un agenda de votre mois d'août à la côte pour ne rien rater!

Alex Vizorek (humoriste inévitable)

Face à l’Amérique

"Ma maman avait un magasin de chaussures à Ostende, avec un appartement au-dessus. Tous les étés, j’y passais un mois et demi avec ma grand-mère. A 7 ans, je vendais des fleurs en papier contre des poignées de coquillages. Mes autres souvenirs: les poffertjes avec du sucre impalpable, les 100 FB à dépenser le dimanche au Luna Park et… les putes. Ca restait un port hein! Explications de ma grand-mère: il devait faire très chaud dans cette pièce vitrée pour que ces demoiselles soient si dénudées… On m’expliquait en regardant la mer que si on continuait tout droit, il y avait l’Amérique et l’Angleterre. Je trouvais ça super." – P.S.

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