Mémoire, TFE: Copier, c’est tricher?

Fin des examens. Pour les étudiants en dernière année, l'heure est maintenant au mémoire ou au TFE.

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Depuis Internet, c'est aussi l'heure du plagiat. Ou pire… Car un mémoire, parfois, ça s'achète. Vous le croyez, ça?

Ambiance fin d’exams sur les campus et dans les halls des hautes écoles. Les students calculent, et espèrent… "Ça ira pour toi? Tu auras une seconde sess’? Et l’autre là, il va encore se faire une grande dis’." Au kot ou à la maison, certains stressent plutôt pour leur mémoire ou leur TFE, leur travail de fin d’études. Question de départ, méthodologie…, tout doit être impeccable pour ne pas échouer à deux pas du sommet. D’aucuns, trop en retard, stressés ou simplement incapables de rédiger, n’hésitent pas à copier littéralement des pans entiers de textes trouvés ailleurs. Cela s’appelle du plagiat, même si depuis l'émergence d'Internet, beaucoup font mine de l’ignorer. "Nos étudiants ont l’habitude du "partage" d’informations dans l’esprit Facebook ou Twitter. Sur ces sites, tout est libre de droit et partageable en quelques clics" constate Nicole Taton, médiatrice à l’Université de Liège.

Résultat, l'art du copiage se multiplie et tous les enseignants sont priés de veiller au grain. Il y a de quoi. Ainsi Pierre, un de nos témoins dont nous tairons le nom de famille, avoue avoir purement et simplement traduit et recopié après traduction un mémoire trouvé dans une université d’Amérique latine et qui portait sur le sujet qu’il souhaitait traiter: le marketing agroalimentaire. "J’étais coincé, en retard, stressé aussi et mon promoteur avait recalé mon plan de travail. Du coup je me suis approprié ce mémoire rédigé en anglais par un étudiant hollandais. Je l’ai intégralement traduit avant de le déposer et de le défendre, avec succès." Aujourd’hui, Pierre sourit de son audace et se demande s’il ne devrait pas remercier cet autre étudiant qui l’a involontairement aidé.

Jusqu'à deux ou trois phrases d'affilée

Encore plus osé: à l’UCL, un professeur de sciences avoue avoir coincé un doctorant qui s’apprêtait à défendre une thèse dont la moitié avait purement et simplement été recopiée… "Lorsqu’on pince un étudiant qui a copié tout ou partie de son mémoire, en général, au début, il fait semblant de rien, puis s’effondre devant les preuves exposées." Ces preuves, les professeurs les trouvent aujourd'hui grâce à des logiciels informatiques spécifiques, dont toutes les universités du pays sont désormais dotées. "Ces programmes scannent les travaux des étudiants et les comparent automatiquement avec ce qui existe sur le web, explique Françoise Docq, conseillère pédagogique à Louvain-la-Neuve. Cela permet de repérer dans un mémoire tout texte existant à l’identique sur Internet."

Implacable! D'autant que ces logiciels peuvent être très précis, et détecter des unités de texte très courtes, à peine deux, trois phrases d'affilée "malencontreusement" semblables. "Toutefois, plutôt qu’un "problème", nous considérons le plagiat comme un "enjeu",nuance Françoise Docq. Il faut surtout accompagner l’étudiant dans sa formation, lui apprendre à chercher, à référencer. Un copier-coller dans un travail de 20 pages de première bac est moins grave que dans un mémoire de fin d’études."

Heureusement pour les fraudeurs, car si les règlements sont appliqués à la lettre, celui qui se fait pincer à tricher risque jusqu’à l’exclusion de tout enseignement supérieur pour les cinq années à venir. Sanction extrême, appliquée deux à trois fois par an, généralement à des récidivistes. Mais beaucoup de plagiats sont détectés en amont, par les superviseurs, qui préviennent alors leurs étudiants des risques qu'ils prennent à ne pas rester dans les clous…

800 € le travail de fin d'études

Pour ceux qui veulent éviter le copier-coller, existe une solution encore plus radicale: faire faire le travail par quelqu’un d’autre. Et les offres sont nombreuses, sur Internet notamment. Esteban est l’un de ces "coachs". A 36 ans, ancien assistant social, il fait de la rédaction de travaux pour étudiants en panne son business à temps plein. Sur son site web au titre explicite (aidetfe.be), Esteban promet de rédiger n’importe quel travail de fin d’études ou mémoire en dix jours à peine, pour autant que ce soit dans ses compétences: tourisme, infirmerie, assistant Social, sciences de l’éducation (sic!) ou du travail. Et ne lui parlez pas de triche. "Reprocherait-on à un étudiant de se faire relire ou carrément assister par son père ou son frère lorsqu’il rédige? Tout le monde n’a pas la chance d’avoir à la maison quelqu’un pour l’aider dans la rédaction de son mémoire. Souvent ce sont les parents qui me contactent pour rédiger les travaux de leurs enfants!"

Esteban n’est pas bénévole: un travail de 60 pages réalisé intégralement sera facturé 800 €. Paiement à l’avance évidemment. Et si l’étudiant ne veut "que" se faire aider pour quelques pages, le tarif oscillera entre 15 et 20 € par page. Un prix que ne fait visiblement pas fuir le client.
"Souvent les étudiants sont un peu romantiques, ils me disent qu’ils ne veulent pas que je fasse tout à leur place. Mais une fois qu’ils voient à quelle vitesse je travaille par rapport à eux et pour quel résultat, ils me laissent tout faire. J’ai l’expérience!"

Angèle, une cliente d’Esteban, est en tout cas enthousiaste. Grâce à lui, elle a décroché une grande distinction l'an dernier pour un mémoire rendu en seconde session: "Il m’a donné des éléments, de la rigueur…, des choses que je n’ai pas. Il a aussi fait des recherches. Seule j’aurais peut-être réussi mais moins bien". D'après Esteban, si les étudiants font appel à ses services, c'est parce que les universités et les hautes écoles ne font pas bien leur travail. "Certains superviseurs sont de vrais "schtroumpfs"! Ils se contentent de dire à l’étudiant si son travail est bon ou pas, sans réellement donner des conseils utiles. Ou alors ils le noient de commentaires."

"Enfin, se défend Esteban, il y a des étudiants que le corps professoral n’apprécie pas pour diverses raisons et qui ont besoin d’un Travail de fin d'études en béton pour ne pas se faire démolir lors de la défense orale…"

Gare aux arnaques

Tout le monde n’en conserve toutefois pas un aussi bon souvenir. Yannick (prénom d’emprunt) a aussi essayé de sous-traiter son TFE, dans le domaine paramédical. "Un gars m’a demandé plusieurs avances, pour 1.200 € au total. Il travaillait à l’ULB, je lui ai fait confiance. Mais quand j’ai rentré le TFE qu’il avait rédigé pour moi, ma superviseuse s’est arraché les cheveux et m’a dit que ça ne valait rien! J’ai dû tout recommencer, avec un autre gars qui m’a demandé moins cher. Au total, pour les deux travaux j’ai dû débourser plus de 2.000 € avant de réussir…" La classique histoire de l'arroseur arrosé? Davantage que le plagiat, ces pratiques discutables en disent en tout cas aussi beaucoup sur l'enseignement d'aujourd'hui. Un secteur où le fossé entre les étudiants aisés et les autres se creuse toujours peu plus année après année, mémoire après mémoire…

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