Médocs: L’overdose belge

Le Belge aime les armoires à pharmacie bien remplies de médicaments. Pour la plus grande joie de ceux qui les vendent.

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Le Belge consomme de plus en plus d'antidépresseurs mais aussi de plus en plus de médicaments en général. En 2009, 4,6 milliards de doses ont été délivrées sur ordonnance, soit une augmentation de 65 % en dix ans. Un chiffre vertigineux qui n'est pourtant que la face cachée d'un immense iceberg, puisque seul un médicament consommé sur cinq est prescrit par ordonnance. C'est pour cela que l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé a lancé une grande campagne d'information intitulée "Un médicament n'est pas un bonbon!" (www.unmedicamentnestpasunbonbon.be).

Cette phrase de mise en garde, les parents la connaissent bien. Mais ils ne l'appliquent pas toujours: au rayon des consommations problématiques, on retrouve celle des enfants. Avec comme exemple phare, et objet de bien des débats, celui des hyperactifs à qui on administre de la Rilatine à tour de bras. A l'opposé de la pyramide d'âge, les maisons de repos sont, comme pour les antidépresseurs, dans le collimateur des autorités. "On gave les pensionnaires comme des oies!" avait déclaré Laurette Onkelinx à l'issue d'une table ronde consacrée à ce sujet en mars dernier.

Culture du médoc
Comme chez nos voisins français, le recours aux comprimés est culturel. Nombre d'armoires à pharmacie sont remplies de médicaments qu'on n'a utilisés que quelques jours avant de les ranger. Et qui attendent tranquillement leur date de péremption, au milieu de divers remèdes achetés par habitude d'automédication ou sous conseil de proches, voire de forumeurs croisés sur Internet.

Reste la responsabilité majeure de l'industrie pharmaceutique. Un scandale qui, comme la vente de millions de vaccins contre la pandémie de grippe A/H1N1 qui n'a jamais eu lieu, rappelle que, comme toute industrie, les grands labos ne travaillaient pas seulement pour le bien de l'humanité mais aussi pour le compte en banque de leurs actionnaires. A l'aide, notamment, d'un marketing visant les médecins pour les pousser à prescrire des nouvelles molécules prétendument plus efficaces et souvent plus chères.

C'est ce qu'on appelle le "disease mongering", la "marchandisation de la maladie". Pour Test-Santé, la tactique est simple: "Toute personne bien portante est un malade qui s'ignore". Il existe même un médicament pour ceux qui estiment leurs cils trop courts. Pour vendre leurs remèdes, les labos utilisent une batterie de méthodes fallacieuses. Comme présenter un phénomène naturel comme un problème pour lequel il existe des médicaments. Exagérer les risques d'un trouble de santé. S'assurer la complicité d'experts pour influencer le diagnostic des médecins. Soutenir des associations de patients qui loueront tel ou tel produit. Et nous tombons dans le panneau, boulimiques de médocs que nous sommes…

Radiographie de nos pharmacies

Les quatre-vingts pages du rapport délivré par l'Inami, et l'Enquête de santé nationale, menée en 2008, contiennent des infos intéressantes sur le contenu de nos pharmacies et sur les habitudes régionales.

Les stars. Les remèdes les plus prescrits, et de loin, concernent les problèmes cardiovasculaires (41 % des doses délivrées) devant ceux pour les maux gastro-intestinaux (11,9 %) et les spécialités neurologiques (10,2 %). Des noms? C'est l'aspirine qui est le médicament le plus vendu en 2009, assez loin devant l'ex-n°1 Omeprazole, utilisé dans le traitement des ulcères, la Simvastatine (cholestérol), l'Amlodipine et le Perindopril, tous deux prescrits en cas d'hypertension.

Niveau d'instruction. Le niveau de scolarité des patients n'a pas d'incidence sur le diagnostic des médecins, généralistes ou spécialistes. C'est du moins la conclusion que l'on peut tirer de l'absence de variation dans la consommation de remèdes prescrits. La situation est différente pour ce qu'on appelle "les médicaments de comptoir", ceux qui ne demandent pas d'ordonnance: leur consommation augmente avec le niveau d'éducation.

Différences régionales. La Wallonie consomme plus de médicaments prescrits (54 % des personnes interrogées lors de l'Enquête de santé de 2008) que la Flandre (49 %) et Bruxelles (52 %). Pour les médicaments de comptoir, les chiffres wallons et flamands sont similaires (21 et 22 %), tandis que Bruxelles se distingue avec 26 %. Mais c'est surtout entre provinces que les disparités sont le plus marquantes. Proportionnellement à leur population, Namur, le Hainaut, Liège, la Flandre-Occidentale et le Limbourg sont les provinces les plus consommatrices de médocs sous prescription.

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