Médias et insécurité: La love story

En télé comme en presse écrite, les faits divers violents font la une depuis des lustres. Est-ce bien raisonnable?

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Le mercredi 15 février, La Une consacrera son premier Dossier spécial au thème de l’insécurité. D’ici là, de la criminalité, vous allez en manger quotidiennement à 13 h et en soirée, pour autant que vous dîniez devant les JT. Et n’espérez pas trouver refuge dans votre journal ou magazine favori. Là aussi, il y aura des agressions et des cadavres au menu. Le débat est vieux comme la presse: en parlant d’insécurité, les médias reflètent-ils juste la réalité ou renforcent-ils le sentiment subjectif de danger existant dans nos sociétés?

 Il y a quatre ans, une étude de la Fondation Roi Baudouin s’était penchée sur la question en interrogeant des citoyens aux quatre coins du pays. Les résultats étaient clairs: oui, à force d’entendre parler de faits divers violents, une partie de la population a le sentiment d’être elle-même en danger. C’est ce qu’on nomme « l’effet de loupe ». Et il peut avoir des effets pervers. Le rapport notait, par exemple, que « l’image que les médias renvoient aux habitants de leur quartier ou de leur commune les pousse à se sentir davantage en insécurité sans pour autant qu’ils soient capables de citer des faits susceptibles d’accréditer que le quartier est vraiment dangereux ».

 En d’autres mots, à force de s’entendre dire qu’il vit à Chicago-sur-Sambre, un Carolo va croire qu’il habite une ville vraiment dangereuse. Même s’il n’a jamais été agressé et que les chiffres démontrent que son environnement est de plus en plus sûr. Un phénomène que la criminologue de l’ULB, Sybille Smeets, étend à d’autres domaines: « Les médias de masse peuvent aussi focaliser l’attention du public sur des stéréotypes de certaines populations qui seront alors considérées comme plus criminogènes. L’attention qu’ils portent à certains faits peut aussi amener une surestimation de certaines menaces ».

 Les défenseurs des médias répliqueront, à raison, que l’attention portée aux faits divers répond à une demande du public. « Nous sommes tous fascinés à un moment ou à un autre par une affaire criminelle, même ceux qui s’en défendent, explique Marc Lits de l’Observatoire du récit médiatique (UCL). C’est normal, on touche là à des questions essentielles comme la mort et la sexualité. Ou à des zones d’ombre comme le monstre qui sommeille potentiellement en chacun de nous. » La criminologue y voit aussi le besoin de se créer un « abcès de fixation ».

 Parce que le sentiment d’insécurité qui étreint la population n’est pas seulement suscité par la délinquance mais aussi par les crises économiques, politiques ou environnementales. « Autant de domaines sur lesquels nous n’avons pas de prise. Tandis que tout le monde connaît quelqu’un qui s’est déjà fait agresser. Comme disait le sociologue Pierre Bourdieu: le fait divers fait diversion. » Cette histoire d’amour entre la presse et le fait divers, de préférence violent, peut être résumée en quelques dates-clés.

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