Mathieu Kassovitz: « Je ne suis pas le méchant du cinéma français »

C'est un Kasso un peu désabusé, mais tout de même concerné qu'on a eu au bout du fil pour défendre son rôle de tireur d'élite face à Daniel Auteuil dans Le Guetteur, polar choc de Michele Placido (Romanzo criminale).

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Aujourd'hui plus souvent présent sur le net que dans les salles à travers des tweets hystéro-mélancoliques (souvenez-vous du très classe « j'encule le cinéma français »), le réalisateur culte de La Haine, qui fut aussi acteur magnifique chez Audiard ou Jeunet (Un Héros très discret, Amélie Poulain) multiplie les apparitions-guest-star après les échecs commerciaux de ses derniers films (L'Ordre et la morale, Babylon A.D). Sans avoir l'air de croire encore au cinéma. On a voulu en avoir le coeur net. Et aussi lui dire de continuer à croire en son étoile. Parce qu'elle brille toujours pour nous.

Michele Placido est Italien mais son film est dans la droite ligne des polars français. Vous y croyez aux films policiers français ?
Bien sûr. C'est une tradition qui remonte aux années Cinquante. On est connu pour la qualité de nos polars. Ça fait partie de notre culture. Après le genre est en constant renouvellement, c'est ça qui est intéressant. Mais sur le tournage, c'était à l'Italienne. Très libre, très vivant.

Qu'est ce qui vous a séduit dans ce film ?
C'est un mélange. Entre l'histoire, le réalisateur et les acteurs. Je me suis dis que ça serait pas mal de participer à un bon film.

Il y a une scène de fusillade exceptionnelle en plein Paris sur les toits du Châtelet. Quel souvenir en gardez-vous ?
Très bon. En même temps j'ai fait que passer la journée sur le toit…

Comment avez-vous fait pour faire exister votre personnage de tireur d'élite quasi mutique ?
J'ai pris l'air méchant.

Pourtant vous ne l'êtes pas.
C'est tout le sujet du film.

Vous avez la sensation d'être le méchant du cinéma français en ce moment ?
Non. C'est les autres qui sont méchants. Il ne se passe rien dans le cinéma français et c'est ça le problème. Y'a rien qui me fasse bander.

Vous ne croyez plus dans le cinéma ?
Bien sûr que si. La fabrication d'un film me passionne toujours. Ma vraie vocation, c'est metteur en scène. Comédien pour moi c'est facile, car j'ai du recul. J'ai une légèreté que je ne peux pas avoir comme réalisateur.

Quand on regarde Fucking Kassovitz, le documentaire sur les coulisses du tournage de Babylon A.D, c'est vrai que ça n'a pas l'air facile…
Avoir du recul, c'est impossible quand on est metteur en scène. Vous travaillez avec une pression constante, vous devez décider de tout. Quand je mets en scène, je mets toujours la barre le plus haut possible. Mais le résultat est trop aléatoire. Soit ta ligne était bonne, soit pas. Un film, c'est le résultat d'un accident. Participer à un film comme acteur me repose. Car je travaille sans avoir à prendre de décision.

Il n'y a pas besoin de courage pour être acteur ?
Non. Sauf si on n'est pas un bon acteur. Vous savez, ce qui compte avant tout chez l'acteur, c'est sa personnalité. Si vous avez la bonne personnalité pour le rôle, après il n'y a pas grand chose à faire.

Quel plaisir aviez-vous à tourner avec Auteuil ou Olivier Gourmet ?
Ce sont de grands acteurs. Qui ont de l'expérience. Qui ont vécu beaucoup de choses. Ils ont du recul justement.

Qu'est-ce qui vous motive à décharger vos idées, vos opinions sur Twitter ? Lutter contre le racisme ordinaire de Véronique Genest alias Julie Lescaut qui critique l'Islam ?
C'est facile à attaquer alors j'attaque. Ça ne me coûte rien. C'est de l'anecdote. On est dans la cour d'école. Je ne comprends pas que les journalistes reprennent ces échanges sur Twitter.

Vous comprenez peut-être que vous êtes une personnalité publique, que des gens admirent vos films et suivent votre opinion ?
Pas vraiment. Twitter doit intéresser ceux qui font partie de ce réseau, c'est le principe. Les commentaires dessus ne m'intéressent pas.

Vous avez des projets ? Des choses dont vous voulez parler ?
Non.

Mathieu Kassovitz, on vous souhaite le meilleur.
Merci. Ça me fait plaisir. Vraiment.

Voir aussi notre critique du film Le Guetteur.

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