Marc Goblet: « On est un peu comme des prêtres… »

Six mois qu'il est secrétaire général de la FGTB. Avant son premier "1erMai" à ce poste, on a rencontré le meilleur ennemi du gouvernement fédéral. Un homme entier... Mais cela, on l'avait déjà remarqué.

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En Belgique, surtout en Wallonie, ils sont des milliers à l'adorer, parce qu'il se bat contre un gouvernement fédéral qui voudrait faire payer au plus grand nombre la facture d'un hypothétique redressement du pays. Mais ils sont sans doute autant à le détester. Parce qu'il incarnerait un syndicalisme caricatural, arc-bouté sur des droits acquis et incapable de s'adapter aux réalités d'un monde qui change.

A la décharge des seconds, la perception qu'on a du secrétaire général de la FGTB n'est pas forcément à son avantage. Un verbe acerbe, qui revendique, tonne, menace. Un caractère qu'on sent trempé. Un chef… Telle est l'image de Marc Goblet, qui a succédé à Anne Demelenne à ce poste en octobre dernier. Un solide gaillard, né à Herve il y a 68 ans, et qui a fait toutes ses classes dans l'appareil de la FGTB à Liège, mais aussi a été élu PS. Seulement une image? Pour nous faire une idée, nous l'avons rencontré quelques jours avant son premier "1erMai" en tant que secrétaire général. Dans son bureau où le rouge – évidemment – prédomine, café, bonbons, soleil printanier et petits aveux. Voilà un homme plus affable que prévu, modeste, qui a accepté de parler de lui alors qu'on sent que seul le combat lui importe.

Monsieur Goblet, on sort d'une journée de grève des services publics mercredi dernier. Il y a eu d'autres actions récemment. Et on parle d'une possible nouvelle grève générale… Vous ne craignez pas une saturation, là?

Marc Goblet – Il n'y a encore rien d'officiellement arrêté. Mais effectivement, une grève générale de 24 h n'est pas à exclure.

Personnellement, vous la souhaitez?

M.G. – ce n'est pas moi qui décide. Mais je ne vois pas beaucoup d'autres moyens de nous faire entendre que ces actions. Parce que je me demande si ce gouvernement perçoit réellement ce qu'il est en train de mettre en place partout, avec le saut d'index, la réforme des pensions, etc. S'il est encore capable de mesurer la vraie détresse des gens. Et ce n’est pas moi qui le dis, le dernier rapport sur la pauvreté en Belgique parle de 20 % de la population. Et de plus en plus de jeunes. Vous vous rendez compte?

Justement, l'argument du gouvernement, c'est que toutes les mesures prises aujourd'hui n'ont pour seule finalité que relancer l'économie, donc, in fine, faire sortir les gens de la pauvreté…

M.G. – Et on fait cela en excluant les jeunes du chômage, en diminuant les allocations? En s'attaquant à des gens qui font déjà le choix aujourd'hui entre se soigner, se nourrir et se chauffer? Vous croyez vraiment que le modèle d'austérité imposé à la plupart des pays européens va permettre de relancer l'économie du continent? Ce gouvernement est en train de tuer la consommation.

Qu'est-ce que vous dites à ceux qui disent que vous "roulez" simplement pour l'opposition socialiste?

M.G. – Ce sont des imbécillités… Je n'ai jamais caché mes convictions socialistes. J'ai été Premier échevin PS à Herve. Mais en tant que représentant syndical, je n'ai jamais caressé le PS dans le sens du poil. Je ne l'ai jamais ménagé. Par contre, il est incontestable que nous appartenons à la même famille progressiste et que nous avons des contacts. Comme les autres grands syndicats: la CGSLB ne se cache pas d'avoir des contacts avec les libéraux, la CSC avec le CD&V ou le CDH… Mais aujourd'hui, ça devient presque honteux de le rappeler. C'est grave, parce que cela incite au vote rejet. Bon, si c'est vers l'extrême gauche, cela ne me dérange pas trop. Mais si c'est à l'extrême droite…

Ce 1erMai, fête du travail, sera pour vous un peu spécial, puisque votre premier en tant que secrétaire général. Votre discours est déjà écrit?

M.G. – Non, je n'écris jamais mes discours. Parce que sinon, cela ne donne pas la même vigueur. On n'a pas l'impression de parler vrai, avec ses tripes. La meilleure communication, c'est être soi-même, et être clair à l’égard de ceux que je représente…

 

Retrouvez la suite de l'interview dans votre Moustique du 29 Avril 2015

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