Maître Uyttendaele plaide À tort ou à raison

En 2009, La Une étonnait son public avec cette super série judiciaire belge. Bonne nouvelle, elle revient pour six épisodes. Imaginés, à nouveau, par le célèbre avocat.

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Tout le monde connaît le mari de Laurette Onkelinx, l'avocat qui a notamment défendu Guy Spitaels, Marcel Habran, Elio Di Rupo ou les familles des paras tués au Rwanda. Essayiste et romancier, Maître Uyttendaele est aussi le scénariste instigateur d’À tort ou à raison, qui revient en primeur sur la RTBF, avant d’être diffusé par la VRT et France Télévisions.

Comment l'avocat s’est-il retrouvé scénariste de télévision?
Marc Uyttendaele – Tout n’est qu’une histoire de rencontres. Avant que ne débute l’aventure d'À tort ou à raison, mon roman Un lendemain matin avait été adapté par TF1 et la RTBF (avec Vincent Perez – NDLR). C’est de cette façon que j’ai rencontré la productrice Rosanne Vanhaesebrouck qui m’a offert ce cadeau. Mais outre ce plaisir purement égoïste, l’écriture étant viscéralement ancrée en moi, il y avait une volonté commune de créer une série qui proposerait exactement l’inverse de ce qui se fait d’habitude dans ce genre, avec les gentils d’un côté, les vilains de l’autre et une fin heureuse. Notre but était de montrer au public toute la nuance et toute la complexité d’un système judiciaire – le nôtre. De montrer que ses failles étaient logiques, à partir du moment où ce système est composé de personnages faits de chair et de sang, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs dérapages et leurs vices.

Quand on est soi-même acteur de ce système, ne doit-on pas jouer aux équilibristes pour imaginer un scénario de fiction?
Absolument pas! Un cordon sanitaire m’empêche de me servir d'un des dossiers que je traite comme avocat pour écrire un scénario. Ce serait déontologiquement inadmissible et intellectuellement nuisible, comme si je m’engageais politiquement alors que ma femme est ministre et vice-Première! Bien sûr, il serait grotesque et mensonger de dire que des atmosphères, des odeurs, des impressions et des éléments de contexte ne me servent pas. Mais la scission entre fiction et réalité était claire dès le départ.

Mais alors, en quoi À tort ou à raison s’inspire d’affaires réelles?
L’idée, c’est de tirer de faits réels un élément qui a marqué l’opinion publique. Et puis, d'utiliser cette image comme prétexte à une nouvelle histoire purement inventée et donc, différente de la réalité. Aucun personnage n’est calqué sur un vrai individu. Le fait qu’il s’agisse d’une fiction permet d'ailleurs de retrouver plus ou moins les mêmes acteurs dans toutes les affaires, ce qui est assez improbable dans la réalité. Maintenant, j’ai vu des policiers avoir des histoires de cœur avec des magistrats. Puis, tout n’est évidemment pas honorable dans mon milieu, des connivences existent comme partout. Mais bon, je suppose que tous les acteurs du monde judiciaire, policier et de la presse retrouveront dans les personnages des accents de vérité. Si ce n’est pas le cas, c’est qu’on s’est planté!

Quelles ont été les réactions de ces milieux après la diffusion du pilote?
Globalement, les retours ont été positifs, excepté celui de ma mère, une magistrate de 82 ans, qui n’a pas aimé car la série ne correspondait pas à son idéal. Par contre, un responsable policier m’a dit: "C’est vraiment excellent car tout est plausible". C’était le plus beau compliment qu’on puisse me faire. Ah oui, des avocats m’ont aussi dit: "Fais attention, tu montres des stagiaires un peu benêts. C’est pas bon pour l’image du métier!" Mais voilà, je suis complètement indépendant et je ne changerai pas une ligne de scénario pour plaire à une corporation, y compris la mienne. Et si ça ne plaît pas, je m’en fous! Il y a bien longtemps que je ne me soucie plus de mon image et que je ne fréquente plus les soirées mondaines, alors…

En télé, quelles sont vos références?
Loin d’À tort ou à raison, j’ai adoré la série À la Maison Blanche. Le droit institutionnel américain y est encore mieux expliqué qu’à Harvard! Dans le style policier, j’aime beaucoup Engrenages. Pour le reste, il faudrait sonder ma femme, car à la maison, j’avoue que c’est elle qui s’y connaît le mieux dans tout ça (rire)!

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