Mais qui diable est Kevin De Bruyne?

On ne parle plus que de de lui... Sur la pelouse, c'est sans doute le meilleur de nos Diables. En privé, c'est plus compliqué de trancher. Portrait d’un footballeur ultime mais discret. 

1321617

Le nouveau pape des assists s’appelle Kevin De Bruyne. Ce n’est pas une canonisation arbitraire, ce sont ses statistiques qui parlent pour lui: avec ses 21 passes décisives, KDB fait mieux que des montres comme Fabregas, Ronaldo ou Messi! Si on ajoute ses 14 réalisations en 35 matches, le joueur belge contribue à un but par match de son équipe, Wolfsburg, 2e en championnat d'Allemagne. Résultat: l’intérêt des Bayern Munich,PSG et Manchester City font grimper sa dot à 60 millions d’euros…

A la veille de deux nouveaux matchs des Diables rouges, contre Chypre et Israël, on s’est demandé qui était vraiment ce petit bonhomme au teint diaphane et aux cheveux couleur carotte? On le découvre en partie dans l’autobiographie qu’il a jugé utile de consacrer à ses 23 années d’existence: Keep it simple – le titre lui sied bien. Pour le reste, on a posé la question à ceux qui l’ont côtoyé de près, essentiellement des journalistes sportifs, bien qu’aucun d’entre eux ne puisse revendiquer une relation privilégiée avec un garçon obstinément pudique, voire distant.

Que sait-on de Kevin De Bruyne? Un papa qui parle flamand, une maman qui préfère l’anglais et lui envoie un SMS avant chaque match, une sœur complice et un grand-père dont il est très proche. “Là où les footballeurs viennent sur les plateaux télé avec quatre ou cinq potes, lui était juste accompagné de son grand-père“, se remémore le journaliste-vedette de la VRT, Filip Joos. Un juste retour des choses pour Kevin qui a commencé à taper la balle dans le jardin londonien de papy.

Le petit rouquin débute le foot à 7 ans, à Drongen, son village natal en périphérie de Gand. Sa coupe casserole et sa précocité sont rapidement repérées par La Gantoise. A 14 ans, aux convoitises d’Anderlecht et de Bruges, il préfère l’école de sport de haut niveau de Genk. Mais il a du mal… La faute à l’internat, aux 150 km qui le sépare des siens et à… l’accent limbourgeois, qu’il ne comprend pas et qui l’empêche d’être compris. Il bifurque vers une famille d’accueil. “Mais j’ai dû la quitter au bout de deux ans, parce que j’étais trop renfermé, racontait-il à Foot Magazine. On a même reproché à ma mère, qui retournait parfois à Pâques en Angleterre pour aider ses parents vieillissants, de ne pas bien m’élever. Elle en a pleuré!“. Le seconde famille d’accueil sera la bonne. “Kalle“ apprivoise les inflexions locales d’un echte Limburger. Mais son adolescence est celle de ces footballeurs qui sacrifient tout pour percer: sans sorties ni flirts avant l’âge de la majorité. 

Petit roquet

Il débute en équipe première à 17 ans, avant de devenir champion de Belgique en 2011. On lui prête un petit air de Paul Scholes, célèbre ailier de Manchester United. “La première fois que je l’ai vu jouer, j’ai été surpris par ses énormes prises de risques, se rappelle Filip Joos. J’ai adoré. C’est ce qui rend son jeu exaltant. Il joue vers le but, et ça passe ou ça casse“. Sa vertu? Il rend ses coéquipiers meilleurs. “Il pense plus vite que les autres, estime le commentateur de la RTBF Rodrigo Beenkens. C’est un accélérateur de jeu“. De Bruyne a en plus la politesse d’enrichir sa technicité d’une abnégation sans faille sur le terrain. Sur les gros plans, son visage rougeaud donne l’impression qu’il est toujours en surrégime.

Jean-François De Sart, son éphémère coach en équipe nationale Espoirs, le décrit d’ailleurs comme “un travailleur, un râleur, un petit roquet!“. Son ancien coéquipier Gilles Lentz, aujourd'hui gardien à Roulers, dépeint une personnalité presque “bipolaire“: “C’est quelqu'un de vraiment réservé dans la vie de tous les jours.Mais sur le terrain, c’est tout le contraire… Il sait ce qu’il veut!“. Quitte à l’exprimer sans les formes. Comme ce “Give me the ball, you Motherfucker!“, adressé à un pauvre ramasseur de balle coupable de ne pas renvoyer le cuir suffisamment vite. Le coup de sang lui vaudra une amende de 20.000€…

La suite du portrait dans le Moustique du 25 mars 2015

Sur le même sujet
Plus d'actualité