Mais où les Experts vont-ils chercher tout ça?

Les Experts ont 300 enquêtes policières au compteur. Une telle réussite, ça ne s'invente pas. Merci à la réalité.

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La naissance des Experts, c'est un peu comme le big bang. Au début, il n'y avait rien. Jusqu'au jour où Anthony E. Zuiker – concepteur de ce qui allait devenir une franchise à renommée internationale – a eu une idée de génie, alors qu'il regardait un documentaire intitulé The New Detectives ("Les nouveaux détectives"), vautré sur son canapé. Les flics à l'écran tentaient de résoudre le meurtre d'une pom-pom girl. Un assassinat élucidé en étudiant une simple cellule récupérée dans les cheveux de la victime. "J'étais fasciné, se souvient Zuiker, qui n'était alors qu'un conducteur de tram à La Vegas. C'est là que ça a fait tilt." Les Experts était né. Sur la conviction que les intrigues policières du futur devraient désormais s'appuyer sur la technologie dans la résolution de leurs enquêtes, pour fidéliser une large audience. Et ce, tout en s'inspirant de ces faits divers macabres qui captivent inlassablement le public.

Fascination morbide

Ainsi, et dès son démarrage le 6 octobre 2000, le feuilleton policier sur fond de nuit de Las Vegas n'a jamais changé son fusil d'épaule. Mieux: le concept s'est décliné dans la foulée en deux spin-off aujourd'hui annulés, l'un localisé à Miami avec Horatio Caine (David Caruso), de 2002 à 2012, l'autre à Manhattan sous les ordres de Mac Taylor (Gary Sinise), de 2004 à 2013. Deux récits – dont certaines plumes avaient quelquefois déjà travaillé sur le vaisseau mère –  qui se sont axés sur le même principe de base. Le plus effrayant dans tout ça, c'est que les épisodes – quelle que soit la franchise – se sont invariablement fondés sur le réel. "On n'invente jamais rien", insiste encore Carol Mendelsohn, une des productrices exécutives de la série, à propos d'un chapitre à venir sur le thème du… cannibalisme. "On fait des recherches dans la presse et Internet, et on trouve toujours de quoi alimenter nos chroniques. La réalité dépasse toujours la fiction. Et il nous arrive d'adoucir les faits. Cet univers glauque qui se matérialise sous vos yeux existe réellement." De vraies affaires et faits divers par centaines ont donc nourri la saga des Experts.

Parmi les plus célèbres, on se souviendra notamment de cet homme retrouvé mort dans la saison 1 ("Que justice soit faite"), visiblement tué par un chien, et dont le foie avait été prélevé post mortem par un serial killer. Cette affaire reproduisait approximativement le cas de Richard Chase, surnommé "Le vampire de Sacramento", qui avait pour habitude de boire le sang de ses souffre-douleur. Cette star du crime a également inspiré un chapitre de Esprits criminels.

Bref, qu’elle rappelle un suicide collectif de fanatiques ou une bonne sœur crucifiée dans une église, la série s'est attelée à prendre pour référence des événements réels. Même si elle ne s'autorise pas tout. Particulièrement lorsqu'il s'agit de parler des enfants. "Quand vous demandez aux vrais enquêteurs s'il y a des délits qui les rebutent plus que d'autres, tous se mettent d’accord sur ceux commis sur les tout-petits, évoque Naren Shankar, scénariste sur Les Experts entre 2002 et 2010. Ils sont tellement innocents, et quand on découvre ce que les criminels leur font parfois subir… A l’évidence, quand on aborde cette thématique, c'est avec beaucoup de délicatesse et d'attention. Et on essaie de l'employer le moins souvent possible, parce qu'elle soulève fréquemment de très vives émotions. Dans nos scénarios, nous veillons à ne pas faire preuve d'irrespect. Chaque histoire est prise avec des pincettes."

Et ce dès le départ en "salle d'écriture", le cœur du réacteur. C'est là que la réalité est triturée par un bataillon de scénaristes. Les auteurs changent chaque fois quelques détails de l'affaire réelle (un verdict, une arme, un détail marquant du fait divers) pour éviter tout recours en justice des vraies victimes ou des vrais criminels. Ensuite, ils construisent une trame dramatique qui "mêle la science à la criminalité et à la logique" précise la productrice Carol Mendelsohn. Ce travail s'effectue au cours d'un brainstorming avec de véritables experts en criminologie.

Mais si les faits divers américains donnent du grain à moudre aux auteurs, peu de héros justiciers s'inspirent de figures existantes. L'un des rares protagonistes à se calquer ouvertement sur un professionnel est le personnage de Gil Grissom (dont l'interprète William Petersen a quitté le navire en 2009, tout en restant producteur de la série). Pour concevoir le rôle, Antony E. Zuiker a pris pour modèle Daniel Holstein, criminologue originaire de Las Vegas.

Une authenticité faussée?

Retrouvez notre dossier sur les Experts et les réponses à ces questions dans le Moustique du 15 avril 2014.

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