Magnus – Les passagers de la nuit

Tom Barman relance son projet électro avec son comparse anversois CJ Bolland. Un beau délire sous le dancefloor en attendant un projet jazz, un best of de dEUS et un film...

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La nuit se traîne, la nuit n'en finit plus", chantait Petula Clark. Et c'est justement là, au bout de la nuit, "où les néons vont mourir" que nous emmène Magnus avec son nouvel album qui sort ce 1erseptembre. Magnus, c'est Tom Barman, 42 ans, et CJ Bolland, un an de plus. Le début de la collaboration entre le leader iconique de dEUS et le producteur pionnier de l'électro made in Belgiumremonte à 2004 avec "The Body Gave You Everything", premier disque qui rassemblait le meilleur de leurs deux mondes: la lave et la glace, une voix rauque et des beats techno. Ou encore comme le disait à l'époque Tom Barman, "la rencontre imaginaire entre JJ Cale et Kraftwerk". Avec les tubes insouciants Summer's Here, French Movies ou encore Jumpneedle, Magnus réussissait le crossover et faisait danser des meutes glamour sur le dancefloor.

"Where Neon Goes To Die" ne reprend pas tout à fait l'histoire là où les deux vétérans anversois l'avaient laissée avec "The Body Gave You Everything". "En 2004, nous brûlions tous les deux la chandelle par les deux bouts,se souvient Tom. J'avais besoin alors d'une respiration avant de travailler sur un nouvel album avec dEUS, j'écoutais beaucoup de musique électro et je commençais à me produire dans les clubs comme DJ. CJ Bolland, de son côté, en avait un peu assez de voyager seul aux quatre coins du globe pour jouer dans le circuit techno. On se croisait la nuit à Anvers en parlant de nos fantasmes et de nos frustrations d'artistes que nous avons finalement réussi à canaliser sur "The Body Gave You Everything", un disque nocturne, hédoniste, sexy et provoc. Comme son titre le laisse supposer, "Where Neon Goes To Die" prolonge le plaisir de la nuit. On aime encore la fête, mais nos morceaux rendent plus hommage aux premières lueurs qui annoncent l'aube. Nous sommes davantage ici dans l'after-party. Regulateou Death Of Neon, deux de nos nouvelles chansons, parlent justement de ça."

Mêmes garçons, nouveaux sons

Ces dix dernières années, Barman et Bolland ont découvert de nouveaux sons tout en conservant une curiosité malsaine pour s'aventurer hors de leur zone de contrôle. "Where Neon Goes To Die" est plus diversifié que "The Body Gave You Everythng", reste résolument moderne dans son propos qui n'évite pas le questionnement existentiel ("la déprime qui va avec la gueule du bois"), mais évite fort habilement tout excès de jeunisme. "En préparant ce nouvel album, j'ai fait écouter à CJ Bolland des albums hip-hop d'Antipop Consortium, des productions de Timbaland et de Kanye West.  On a avancé sans cahier des charges et de manière très spontanée. Au final, on se rend compte que ce disque est beaucoup plus ouvert que "The Body Gave You Everything". Il y a des titres plus hip-hop, du funk, de la R&B façon Magnus… Et les influences électro et new-wave sont bien sûr présentes. Elles font partie de nos gènes. Dans les années 80, CJ et moi, on écoutait les mêmes trucs et on fréquentait les mêmes endroits branchés à Anvers. Sauf que moi, j'y allais en scooter alors que lui, il roulait déjà dans une grosse BMW."

Ce cocktail musical distillé sur dix compositions est rehaussé de nombreux invités. Selah Sue (sur le très réussi Everybody Loves Repetition), l'Américain David Eugene Edwards sur Getting Ready, la chanteuse française Mina Tindle (sur le très pop Trouble On A Par) ou encore Tom Smith des Editors sur le single Singing Man viennent (dé)tendre leurs cordes vocales sur le disque.

Et le changement est aussi présent sur scène comme on a pu s'en rendre compte cet été à Couleur Café, aux Lokerse Feesten ou encore au Pukkelpop. Magnus, qui s'était contenté voici dix ans de DJ sets, s'est en effet métamorphosé en vrai groupe live en recrutant le génial guitariste Tim Vanhamel (ex-dEUS, ex-Evil Superstars, ex-à peu près tous les groupes flamands de ces 15 dernières années), l'ancien claviériste de Zita Swoon Joris Caluwaerts ainsi que le batteur Christopher Clays qui a jeté l'éponge chez Balthazar. "Ce n'est pas parfait sur scène, mais ce n'est pas ce que nous recherchons non plus. C'est la première fois que je pars en tournée avec un autre groupe que dEUS. Pour CJ Bolland, c'est aussi quelque chose de nouveau. Les gens qu'on a invités sur le disque et qui jouent avec nous en live sont suffisamment forts pour apporter quelque chose de plus aux morceaux sans qu'on leur demande. Pour moi, le fait de me produire aux côtés d'un mec aussi dingue que Tim Vanhamel me permet de me décoincer. Avec dEUS, je ne peux pas toujours me le permettre. Je dois davantage "porter" les chansons."

Et si Tom Barman se ferait sans doute éliminer dès le premier casting de Danse avec les stars, son chant et son charisme font toujours la différence. Derrière Vanhamel, qui multiplie les poses hallucinées et les solos aériens, CJ Boland distille ses beats électro/pop avec l'élégance qui le caractérise. "Le gros problème aujourd'hui,constate-t-il,c'est que la musique électro est partie dans les extrêmes. D'un côté vous avez les gros trucs mainstream et redondants façon DJ de Tommorrowland, soit vous avez des projets minimalistes cérébraux. Je ne dis pas que c'est bon ou mauvais, mais je trouve que c'est ennuyeux. Avec Magnus, on privilégie le côté musical sans jamais oublier la dimension festive…"

Taxiwars et dEUS

L'agenda de Tom Barman est particulièrement chargé ces prochains mois. Après les quelques dates données cet été en festival, Magnus se lancera dans une tournée des clubs en Belgique et à l'étranger. Il a aussi booké un studio en novembre pour son projet jazz TaxiWars lancé avec le saxophoniste Robin Verheyen. "On va tout enregistrer en trois jours. Robin a composé toutes les musiques et moi j'ai déjà écrit tous les textes." Barman réfléchit aussi à l'écriture d'un nouveau film, dix ans après l'excellent Anyway The Wind Blows qui utilisait des chansons de Magnus.

Et dEUS? "Contractuellement, nous devons un best of à Universal. Pour un artiste, ce n'est jamais très excitant comme projet, mais nous avons essayé de faire quelque chose de bien. Il doit sortir fin de l'année sous la forme d'un  double album. Le premier CD est un best of dans le sens classique du terme. Le second rassemble les morceaux les plus soft de DEUS. Hormis Nothing Really Ends, aucune des chansons calmes de DEUS n'est sortie en single et nous voulions mettre en avant cette facette du groupe qui fonctionne très bien sur nos albums et sur scène. Je pense notamment à un titre comme Serpentine qui reste l'une de nos préférées."

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