Maggie De Block en vrai

Pour certains, la nouvelle ministre de la Santé ne jure que par les quotas et les lignes budgétaires. D'autres la présentent comme la personnalité la plus humaine du gouvernement.

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Ministre de la Santé, c'était "son rêve", comme elle l'a candidement confié au roi lors de sa prestation de serment. C'était sans doute aussi celui de son parti, l'Open VLD, après plus de dix ans d'empire socialiste, de Rudy Demotte à Laurette Onkelinx, sur les affaires de santé publique. Pourtant, Maggie De Block n'aurait pas grand-chose de l'animal politique libéral flamand partant sabre au clair à l'assaut des déficits que voit en elle la Belgique francophone.

"En fait, elle ne donne même pas l'impression d'être une femme politique" , nous confie-t-on de bonne source. Décrite tant par son personnel que par certains de ses adversaires les plus affirmés, tel le prêtre Jacques Van der Biest, "curé des Marolles" et porte-parole des sans-papiers, comme quelqu'un de "sensible et compassionnel", Maggie De Block, qui a pratiqué 20 ans en tant que généraliste, assurerait en fait le job façon médecin de village en faisant plutôt preuve d'un pragmatisme au quotidien. Consciente de cette nécessité malheureuse qui veut qu'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Mais sans préconceptions idéologiques, qu'il s'agisse d'immigration ou de santé.

A cet égard, d'ailleurs, un autre témoignage n'a pas manqué de nous surprendre: "Il y a dans ses yeux une lueur particulière, quelque chose d'une terrible humanité. Peut-être même un degré supérieur d'humanité". On est loin du portrait de l'inflexible ministre de l'Asile qu'elle fut de décembre 2011 à octobre dernier dans le gouvernement Di Rupo. Loin de cette politique, précisément, tant de fois dénoncée comme "dure, inhumaine et injuste", pour reprendre les mots exacts d'une association de défense des sans-papiers, et plus sensible aux exigences budgétaires et à la règle des quotas qu'aux impératifs dictés par les droits de l'homme.

C'était il y a un peu plus d'un an. A l'époque où la presse quotidienne titrait "La politique de retour volontaire de Maggie De Block a tué un homme", dans le cas d'Aref, ce jeune Afghan renvoyé en Afghanistan pour y finir tué par les talibans, après quelques semaines d'errance dans les couloirs de la gare du Nord et une procédure de retour "volontaire". A l'époque où la ministre de l'Asile se justifiait en déclarant, sur les ondes de VTM: "Ici non plus, la situation n’est pas toujours sûre. Il suffit de sortir le soir pour s’en rendre compte"

Princesse au petit poids

On ne fera pas ici le procès de Maggie De Block. A sa décharge, le dossier est complexe. Un exemple par l'absurde: Theo Francken, bombardé par la N-VA au poste de secrétaire d'Etat à l'Asile dans le but avoué de faire du chiffre, entendez augmenter les expulsions, a entamé son mandat par une… dérogation, accordée à Cynthia, cette jeune Togolaise de 19 ans qui devait quitter le territoire mais pourra terminer son année scolaire en Belgique. Et si même les défenseurs de De Block admettent "une erreur d'appréciation, et même un manque de discernement" dans le dossier afghan,d'autres rappellent le cas moins médiatisé de ces réfugiés en provenance des Balkans.

"Sur ce dossier, j'étais quelque peu gêné aux entournures de mes convictions humanistes, nous explique ce pro-sans-papiers qui l'a rencontrée. Mais même si le progressiste que je suis a peut-être encore du mal à l'admettre, elle m'a ouvert les yeux. Beaucoup de ces réfugiés étaient en fait exploités, leurs passeurs captant une partie des aides qu'ils recevaient après leur arrivée en Belgique." Avant leur entrevue, Maggie De Block s'était rendue en Serbie, au Kosovo, en Albanie, y avait rencontré des organes de presse locaux jusque dans d'obscurs chefs-lieux de cantons, pour faire passer le message: il ne servait plus à rien de venir chez nous, contrairement à ce que leur promettaient les passeurs. Notamment en raison du fait qu'il faut désormais trois mois de présence en Belgique pour toucher une aide des CPAS. Et que les trafiquants ne percevraient donc plus immédiatement de retour sur investissement. "A partir de là, les demandes d'asile en provenance des Balkans se sont effondrées. Je sais qu'on l'a accusée de toutes parts de refus d'aide humanitaire. Mais dans ce cas, elle a véritablement cautérisé un trafic."

A la Santé, Maggie De Block se retrouvera en terrain connu: des dossiers sensibles et leur inévitables traductions en chiffres et autres froides statistiques. Mais aussi cette polémique qui la suit comme son ombre. Il y a quelques semaines, un correspondant de la VRT aux Etats-Unis s'interrogeait sur Twitter du fait qu'une ministre de la Santé affiche un tel embonpoint. Rien de bien neuf, en somme. Depuis son arrivée sur la scène fédérale, elle doit supporter les blagues de mauvais goût portant sur son physique. Couvée par sa chargée de communication, prête à vous fusiller sur-le-champ à la moindre évocation du sujet en interview, Maggie De Block s'exprime peu à ce propos. Tout au plus sait-on que cette femme mariée de 52 ans, mère de deux enfants, s'affiche heureuse et épanouie en couple. "Ce n'est pas une de ces femmes qui s'imaginent que leur poids les empêcherait de rencontrer le prince charmant" , nous assure-t-on.

"Mon poids ne m'a privée d'aucun rêve", affirme même l'intéressée. La balance politique confirme. Au dernier baromètre politique publié par la RTBF et La Libre Belgique, dont les lecteurs ont d'ailleurs plébiscité Maggie De Block comme femme de l'année en 2013, la nouvelle ministre de la Santé arrive à la première place parmi les personnalités les plus populaires en Flandre, où elle pèse 131.000 voix, au coude à coude avec Bart De Wever. Mais elle est aussi troisième à Bruxelles… et deuxième en Wallonie, devant Didier Reynders et Paul Magnette.

L'avenir de notre système de santé en question dans le Moustique du 5 novembre 2014

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