Ma vie sans électricité

Les risques de black-out cet hiver inquiètent de nombreux Belges. Pourtant, près de chez nous, certains vivent déjà sans électricité au quotidien. Un choix extrême, mais à méditer quand même...

1177537

La première route goudronnée se trouve à plus d’un kilomètre, dans l'entité de Viroinval. A moins d’un 4 x 4, aucune voiture ne passe au-delà du guet. Après dix minutes de marche sur un chemin tantôt boueux, tantôt rocailleux, une vaste clairière se découpe au beau milieu de la forêt, surplombant un petit ruisseau. Y sont plantés une caravane, un petit chalet et une petite maison. "Il y a une diversité incroyable ici. Des espèces protégées, des couleuvres à collier, des muscardins", explique Céline D’hont, la propriétaire des lieux. Ce qu’il n’y a pas, par contre, c’est de l’électricité. Pas de connexion au réseau, pas de panneaux photovoltaïques. Installée ici depuis deux ans et demi, cette Bruxelloise d’origine a décidé de se passer de ce type d'équipement. Par choix philosophique. Son fils, Rayam, 15 mois, son compagnon, les visiteurs et les oiseaux, "qui sont les meilleurs voisins du monde", l’accompagnent dans cette démarche. Et tous s’adaptent à l’absence de courant.

Le vrai luxe

Point de télévision ici, donc. Ni de lave-vaisselle, de chauffe-eau ou d’ampoules au plafond. "J'ai choisi de me recentrer sur les choses essentielles: la famille, la nature et la relation aux gens, les besoins réels!", explique la jeune trentenaire pendant que son fils de 15 mois joue avec une bougie éteinte, un raisin sec à la main. Un mode de vie qui, d'après elle, n'offre aucun réel inconvénient. Céline défend au contraire avoir trouvé le vrai confort: "J’ai de l’eau et de l’air purs, de la nourriture naturelle de mon jardin ou des gens du coin. J’ai de l’espace. Quand les gens me demandent comment je parviens à me passer d’une douche, je leur réponds que j’ai mon propre spa à domicile. Je me lave à l’eau de source mais je prends aussi un bain chaud si je le souhaite. Je possède même un sauna!"

Effectivement, à côté de la source jaillissant en contrebas de sa maison, une baignoire métallique dispose d’un foyer pour chauffer l'eau et se laver en pleine nature. Le sauna se trouve, lui, dans la petite cabane à quelques pas de la maison. "Il n’a coûté que 70 euros en ciment. Le reste, c’est de la récup. Vous savez, en termes d’hygiène, les effets de la vapeur à près de 90° dépassent largement l’usage de produits qu'on trouve dans le commerce", précise Céline.

Tout problème a une solution

Evidemment, vivre sans fée électricité nécessite d'autres aménagements. L’absence de frigo se règle par un changement des habitudes de consommation. Tout aliment est consommé dans les trois jours. Les légumes vieillissent naturellement, gardant leurs qualités nutritives qu’altère souvent la conservation à 4°. Lait, beurre et pain sont, eux, entreposés au fond d’une armoire et profitent de la fraîcheur du sol. Vivant au milieu des arbres, la petite famille se chauffe au bois. Un seul poêle suffit amplement pour une petite surface bien isolée. L’éclairage est assuré uniquement à l’aide de bougies.

Mais Céline se défend d’être une extrémiste, "une folle des bois" qui ne jure que par le tout bio et l'autarcie absolue. "Je ne me prive pas de certains conforts par principe. Je mange des pommes belges car c’est une aberration d’acheter des pommes néo-zélandaises importées, même bio… Par contre, je consomme des bananes qui viennent de loin, mais qui ne peuvent de toute façon pas être produites ici." L’absence d’électricité n’est pas totale non plus. Deux petites lampes de 2 watts sont par exemple plantées au-dessus de la cuisinière car "c’est plus facile de préparer à manger avec une lumière verticale". Céline reste aussi connectée au monde. Elle charge son téléphone sur l’allume-cigare de son véhicule tout-terrain. Elle profite d’une visite chez des amis pour alimenter la batterie de son ordinateur et dispose aussi d’un générateur électrique qui tourne épisodiquement en cas de force majeure: "L’autre jour, la batterie de mon PC m’a lâchée en plein milieu d’un super-film, je n’ai pas eu le choix…", rigole-t-elle.

Pas de drame cet hiver

Intéressant pour le portefeuille, ce type de vie nécessite aussi un changement de rythme. Céline prend son temps. Le stress, l’urgence ne font pas partie de son existence. Elle ne juge cependant pas ses contemporains, ceux qui sont restés à l'âge de l'électricité. "J’ai effectué un choix pour moi, pour ma santé, mon épanouissement et celui de ceux qui m’entourent comme mon fils. Mais chacun prend le chemin qu’il désire." Diplômée en anthropologie et en linguistique, Céline gagne sa vie en donnant des formations, et accueille des gens chez elle pour faire de la méditation. Mais comme elle le reconnaît, la plupart des métiers, des vies, ne permettent pas de l’imiter.

Pourtant, en cas de "délestage" cet hiver, de nombreux Belges pourraient comme Céline devoir s’éclairer à la bougie pendant quelques heures. Confronté à cette éventualité, deux choix sont possibles: investir dans un générateur d'appoint (les établissements qui en vendent sont aujourd'hui littéralement pris d'assaut), et passer outre ce black-out sans rien changer à son quotidien. Ou méditer l’expérience de Céline et se souvenir que la vie ne se résume pas uniquement à une télévision 3D.

Une forêt de 20 hectares

Connectée aux réalités du monde malgré son choix de vivre sans électricité, Céline mène divers combats sur le terrain de l'écologie. Le plus important se passe chez elle, à Viroinval, où un propriétaire terrien envisage de remplacer une forêt de haute valeur écologique en monoculture de sapin. Une décision dépourvue de bon sens selon Céline et d’autres habitants du coin. Les services écologiques rendus, le potentiel touristique et économique pour toute la commune de ce lieu rare en Belgique justifient à leurs yeux sa préservation. Dans cette optique, l’ASBL "Les Muscardins" à laquelle elle appartient a proposé au propriétaire de lui acheter les 20 hectares de forêt et de les transformer en réserve naturelle. Une démarche qui serait financée par des citoyens désireux d'investir dans de petites parcelles gérées par l’association. Ce type d’action n'est pas neuf. Il existe dans d’autres régions du monde et connaît un certain succès, notamment en Ecosse. Intéressé? Renseignements et pétition sur www.facebook.com/lesmuscardins

Sur le même sujet
Plus d'actualité