M: Les mots qu’il aime

A quarante ans, Matthieu Chedid reste un enfant qui réinvente le monde avec sa guitare, ses crayons de couleur et son lexique bien à lui. 

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Après le clair-obscur de "Mister Mystère" en 2009, Matthieu Chedid s’expose un peu plus à la lumière sur son nouvel album "Îl". Dans le jardin extraordinaire de cet éternel gamin, Justin Bieber serait remplacé par Ricky Banlieue, il y aurait récréation tous les jours et la vie, la vraie vie, ne se conjuguerait qu’à l’indicatif présent. Dès Elle, première chanson irrésistiblement funky de  "Îl", M donne le ton. "Au fond des haut-parleurs, les aigus qui grésillent, c’est pour toucher ton cœur."

Ce sixième album est sans doute ce qu’il a fait de plus rock and roll et de plus direct aussi. Ça riffe de partout, ça claque de la cave au grenier et, malgré le pacifique Océan, dédié à son pote disparu DJ Mehdi, ce trip musical en technicolor respire la bonne humeur et la pureté. Ce retour à la simplicité se confirmera sur scène avec une formule en trio ("comme Nirvana, Police et le Jimi Hendrix Experience") avec Matthieu en guitar hero accompagné de Dorion Fiszel et Brad Thomas Ackley, chevilles ouvrières de cet album qui donne la patate. Rencontré sur le toit d’un hôtel bruxellois, Matthieu a réagi à des mots que nous avons puisés dans son "Îl" aux trésors…

Enfance

"Îl" est le disque de mes quarante ans, mais ce n’est pas parce que je deviens plus adulte que je perds pour autant ma part d’enfance. Celle-ci est même renforcée grâce à ma fille qui me connecte en permanence avec un univers fait de naïveté et de pureté. C’est d’ailleurs elle qui a dessiné la pochette du disque. J’au toujours pensé qu’on ne pouvait pas être un vrai artiste si on oubliait son enfance. Quand je joue de la guitare, je suis comme un gosse qui dessine. Je suis dans la non-réflexion, j’invente mon propre univers. Dans l’industrie, beaucoup de gens se croient intelligents en me donnant des conseils d’adultes. A mes débuts, on me disait que je devais me rhabiller, ranger ma cape, ma coupe de cheveux et ce personnage de M qui n’allait jamais fonctionner. Aujourd’hui, on a tendance à vouloir que j’en fasse un peu trop avec mon double. Je préfère n’écouter que mon cœur. J’avance à l’instinct."

Couleurs

"Sans me prendre pour Picasso, j’ai toujours eu des périodes marquées par des couleurs. Après le rose de l’album "Qui de nous deux" et du "Soldat rose", après le noir et blanc de "Mister Mystère", le code couleur de "Îl" est le jaune et le bleu. Le bleu symbolise l’eau car il est beaucoup question de mer et de pureté dans cet album. Le jaune, c’est pour le soleil et la lumière. "Îl" est certainement le disque le plus joyeux que j’aie enregistré."  

Super-héros

"Je reste fasciné par les super-héros. Mon personnage imaginaire préféré est Superman. Dans la vie, Klark Kent est quelqu’un de fragile et de maladroit et quand il devient Superman, plus rien ne l’arrête. J’aime les deux facettes. Dans mes chansons, je pars souvent d’une situation ordinaire pour exprimer les faiblesses de la nature humaine avant de basculer dans un monde extraordinaire où tout est possible."

Vinyle

"J »évoque les plaisirs du vinyle à deux ou trois reprises sur cet album. Le format 33 tours redevient tendance, mais pour moi il a toujours fait partie de ma vie. Le vinyle, c’est l’histoire de la musique enregistrée, c’est l’histoire de mes grands-parents et celle de mes parents. Avec un vinyle, il y a une notion d’investissement et d’appartenance presque charnelle qu’on ne peut avoir avec la musique dématérialisée. Mettre un disque sur la platine, le retourner après quatre ou cinq chansons, c’est quelque chose de précis. Il n’y a que ça à écouter, sans la tentation de zapper sur autre chose. C’est l’île sur laquelle se réfugier au milieu de l’océan que représente aujourd’hui la musique sur Internet ou sur un iPod."

Guitare

"Plus j’avance dans mon parcours artistique, plus la guitare finit par se mélanger à mon être et à mon âme. Ma guitare, c’est comme mon pinceau, ça me permet de mettre des couleurs funks, rock ou gitanes sur mes chansons. Sur ce nouvel album, je chante presque comme une guitare. Avec mes nouveaux collaborateurs Brad et Dorion, nous avons voulu nous éloigner d’un disque franco-français comme on les enregistre d’habitude. On a privilégié une approche universelle de la musique où le son et l’émotion ont autant d’importance que les mots."

[…]

Le 4/5 à Forest National.

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