Luc Gilson: « Ce n’est que l’arrivée d’un gars au JT »

L'homme de Tout s'explique crée la surprise en se glissant sur la chaise à roulettes la plus convoitée: celle de présentateur du Journal de RTL. Il s'explique.

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Depuis le 29 août, Luc Gilson est le journaliste attitré du journal de la mi-journée sur RTL-TVI. Une place stratégique qu'il n'a pas sollicitée. Mais qu'il n'a pu refuser. Ceux qui se sont pincés en apprenant son arrivée avaient oublié un peu vite qu'il était avant tout journaliste. Diplômé de l'UCL, il a travaillé durant près de huit ans sur le terrain pour le JT. Alors, l'info, il en connaît un rayon. Son choix ne s'imposait pas, mais était évident. Et les premiers chiffres d'audience le confirment. Comme eux, il excelle.

C'était, pour vous, une vraie rentrée. Un nouveau job avec de nouveaux collègues, de nouveaux chefs dans d'autres locaux. Et le public vous a bien accueilli.
Luc Gilson – C'était un gros défi, car je n'avais jamais présenté de JT. Les débuts sont satisfaisants. Mais je suis assez critique et je sais que j'ai besoin d'encore beaucoup de temps d'acclimatation pour régler des petits détails dans le fond et dans la forme. Je suis ravi d'avoir passé le cap. Maintenant, je peux apprendre ce métier au jour le jour. Je suis content des réactions positives du public. Parce qu'au début, beaucoup se disaient: "Mais c'est quoi ce truc? Qu'est-ce qu'il va foutre là?"

Il y a eu beaucoup de réactions négatives?…
Beaucoup de doutes. Des gens qui se posaient la question de savoir si j'avais ma place au journal. Et c'est sans doute ce qui m'a motivé à me battre et à me préparer. Je ne peux pas plaire à tout le monde, mais je voulais tenter de convaincre un maximum de gens.

Etes-vous sensible à la critique?
On essaie de se blinder, mais évidemment que ça fait mal. Ce qui fait le plus mal, c'est quand ça blesse d'autres gens. Moi, à la limite, c'est mon boulot. Je l'ai cherché. Mais je n'aime pas voir des papiers négatifs dans le journal que lisent mes parents. Eh oui, dans la presse, j'ai lu tout et n'importe quoi sur mon arrivée: "Faut qu'on nous explique pourquoi lui et pas Stéphane Pauwels?" ou "Une arrivée qui dérange. Beaucoup de gens sont mécontents à la rédaction". Alors que ce n'était pas vrai. Toutes les équipes ont été sympas et m'épaulent bien. Je ne m'attendais pas à un tel déferlement de gens qui s'indignent. Ce n'est pas agréable d'être démoli avant d'avoir commencé. Puis, attendez, ce n'est que l'arrivée d'un gars au JT. Je ne quitte même pas la chaîne. On se calme!

Et les bons chiffres vont ont rassuré.
Ils sont bons, oui, mais le journal est une grosse machine, bien huilée, qui fonctionne bien. Il n'y avait pas trop de risques, sauf si j'étais imbuvable. Je pense que ce sera plutôt à l'usure qu'il faudra juger. Disons que si, dans 2, 3 semaines, les audiences commencent à chuter, je pourrai m'inquiéter.

Dans ce rôle d'homme tronc, ne craignez-vous pas d'attraper des crampes, des escarres?
A priori, ce n'est pas le rôle qui m'attirait le plus. Et c'est vrai que j'aime bien bouger. Mais en même temps, j'ai tellement bougé, ça fait bizarre de dire ça… Ça fait un peu le mec qui a tellement voyagé et qui, rongé de rhumatisme, songe à se poser. Sans rire, j'en ai bien profité. Puis, j'espère pouvoir voyager à titre perso, sans être obligé de ramener des images. Faut savoir que les tournages de Tout s'explique étaient assez hard. Décalage horaire, tourner trois émissions en deux jours, c'était du boulot.

Cette place stratégique n'est-elle pas tombée du ciel au moment où vous aviez des envies de changement?
C'est sûr. J'adore Tout s'explique, mais au bout de onze ans, je commençais par avoir le sentiment d'avoir fait le tour. Et de ne plus être capable de donner la même énergie. Quand cette proposition qui m'a surpris comme la plupart des gens est arrivée, j'ai pris un moment de réflexion. Comme j'adore me mettre en difficulté, je me suis lancé, sans penser que ce serait aussi ardu (rires). Je n'ai pas pris cette décision dans une optique de stratégie, de plan de carrière. D'ailleurs, je ne pense pas faire cela pendant dix ans, car à mon avis la fonction use très vite.

C'est vrai que vous êtes un homme de défi. En 2009, vous avez accepté d'animer Plateau télé…
Un très beau défi! On me demandait de faire une émission avec zéro moyen. Mais soit je refusais et on n'essayait pas. Soit on essayait et, très vite, on s'est rendu compte que cela ne ressemblait à rien. Au moins, on a essayé. Et c'est bizarre de revenir sur le temps de midi avec une artillerie de moyens de la rédaction. À l'époque, j'étais sur une coquille de noix.

Quitter toutes vos collaboratrices de Tout s'explique n'a pas été un trop gros déchirement?
Si, mais je les croise encore. Puis, je pars au bon moment. L'équipe fonctionne bien. Et, sincèrement, ç'a été un des arguments. J'ai pensé à moi, mais aussi à l'émission. Et c'était le moment où jamais pour elle de profiter d'un nouveau souffle, avec une nouvelle production, un nouveau présentateur. Je ne suis plus le producteur, car je n'avais pas envie de rester accroché à moitié. Quand on tourne une page, il faut la tourner complètement.

Par attachement pour la chaîne, accepteriez-vous de présenter de la call TV, du divertissement?
Je n'accepte aucun défi par amour pour la chaîne. Et que les choses soient claires, nous ne sommes pas mariés. Je m'entends très bien avec la direction et, en même temps, je n'ai pas peur de dire ce que je pense. On a des rapports très sains et corrects. Je suis à RTL parce que je m'y sens bien. Puis, mon ambition n'est pas de faire de la télé à tout prix. Je n'accepterais pas n'importe quoi pour être à l'antenne. Ici, on me donne l'occasion de faire quelque chose de sympa. Peut-être que si j'avais senti mes choix se limiter, je serais allé voir ailleurs.

Etes-vous allé voir ailleurs?
Pas de manière officielle. On a souvent des contacts informels avec l'un ou l'autre. Quand j'étais jeune pigiste, je bossais sur RTL, mais aussi pour la RTBF sous un nom d'emprunt, Luc Burnay, du nom de jeune fille de ma grand-mère. C'était début 90, il fallait bouffer et je n'avais pas assez de piges. J'ai fait, entre autres, Autovision avec Guy Lemaire. Ça n'a pas duré longtemps, mais c'était marrant de comparer les deux.

En télé, aviez-vous des modèles ou des personnalités à qui vous aviez envie de ressembler?
J'ai grandi avec la télé et je suis très buvard. J'ai été influencé par beaucoup de monde. Le mimétisme fonctionne bien et j'en ai besoin. Je me suis inspiré de plein de gens comme Eddy De Wilde, le grand manitou de l'info quand je suis arrivé à RTL, de Delahousse sur France 2, de Hondelatte… Je ne veux pas les copier, mais j'apprécie leur style et je m'en inspire.

Et à la RTBF?
Il y a plein de gens de talent. On est maintenant en frontal, mais j'aime bien Nathalie Maleux. Je regardais de temps en temps son journal et maintenant j'en suis privé ou je dois songer à l'enregistrer.

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Le Journal du lundi au vendredi RTL-TVI 13h

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