Louise Bourgoin: « Les gens comme moi, on les mange »

De la météo de Canal + aux plateaux de cinéma, elle a franchi le pas. Et ne compte pas en rester là.

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Ne tournons pas autour du pot. Louise Bourgoin fait tomber les garçons. Mais une fille sur laquelle les hommes se retournent ne fait pas forcément une bonne actrice. C’est dire si elle avait du pain sur la planche le jour où elle accepta de rejoindre le casting du film d’Anne Fontaine, La fille de Monaco. « Je faisais la météo à Canal depuis un mois. Après une émission, Fabrice Luchini vient me voir et me dit qu’il prépare un film avec Anne Fontaine et qu’il veut que je sois sa partenaire. Un truc que je n’avais jamais envisagé. » Si le film n’est pas un chef-d’œuvre, Louise explose de naturel et de beauté. Elle est nominée pour le césar du meilleur espoir féminin.

Un film ne faisant pas non plus une actrice, il fallait confirmer. Après Blanc comme neige, Le petit Nicolas, Adèle Blanc-Sec et Un autre monde, Louise tient enfin le rôle qui pourrait faire oublier son statut de belle plante et définitivement l’inscrire dans la case « actrice ». Dans Un heureux événement, elle interprète une jeune femme au tournant de sa vie. « C’est l’histoire d’un couple qui doit trouver sa place après la naissance du premier enfant. En lisant le livre d’Eliette Abécassis dont le film est tiré, j’ai réalisé la solitude de la mère, le sentiment qu’elle a de ne plus s’appartenir, d’avoir perdu toute féminité. »

Louise admire Huppert et Adjani, adore La fièvre dans le sang, L’empire des sens, Ken Park et Les 7 samouraïs. Elle danse, comme tous les garçons et les filles de son âge, sur MGMT ou The Gossip (« La batteuse de Gossip, si j’étais lesbienne, je l’emballerais direct »). Diplômée des Beaux-Arts, elle avoue un net penchant pour les artistes féminines, Louise Bourgeois, Marina Abramovic et Sophie Calle en tête. Aujourd’hui, Louise doit encore composer avec le cadeau empoisonné qu’est sa beauté. Pour devenir une actrice crédible. Une artiste sur laquelle les hommes ne se retourneraient plus. Mais s’arrêteraient. Hébétés.

La maternité est une question qui vous préoccupe en tant que femme?
Louise Bourgoin – Oui, bien sûr. Mais elle n’est pas à l’ordre du jour. Pour préparer le film, j’ai assisté à quelques accouchements et franchement, ça m’a beaucoup impressionnée. Le jour où j’accoucherai, je crois que je demanderai à mon compagnon de ne pas être là. J’aurais trop peur qu’il soit dégoûté de moi.

Diplômée des Beaux-Arts, star de la télé. Qu’est-ce qui vous a poussée sur les plateaux de cinéma?
On est venu me chercher et j’ai adoré ça. La vérité, c’est que j’ai raté mon CAP d’arts plastiques après mon diplôme des Beaux-Arts. J’étais si sûre de l’avoir que j’ai eu une sorte de vertige. Tout ce que j’avais construit, tout ce que j’avais prévu s’effondrait et j’ai eu une angoisse. J’en ai parlé à un prof qui m’a dit un truc qui m’a profondément vexée à l’époque: « Mais tu pourras toujours être actrice ou mannequin. Sers-toi de ton physique ». J’avais 22 ans et j’ai trouvé cette réponse atroce. D’autant plus que tout mon travail aux Beaux-Arts consistait à dynamiter le concept de femme-objet. Et puis, la vie a suivi son cours. La télévision et aujourd’hui le cinéma.

Le cinéma qui est votre voie?
Je ne sais pas, mais aujourd’hui, je suis heureuse de ce qui m’arrive. Ensuite, il faudra durer. Mais ça, les gens décideront pour moi. Pour les filles de ma génération, je crois moins aux carrières comme celles de Deneuve, Huppert ou Adjani. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on consomme plus les gens, qu’on en demande beaucoup et qu’après on se lasse très vite. On les mange, quoi!

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Mais vous êtes heureuse tout de même?
Si on n’a aucune ambition, on ne peut être qu’heureux finalement. Si on s’est imposé un programme socialement attendu de réussite, là effectivement il y a de quoi être déçu. Il faut replacer ses désirs et ses buts pour être heureux. C’est à ça que je travaille. J’étais beaucoup plus angoissée à 18 ans. J’étais persuadée que j’allais devenir clocharde, que je n’allais jamais y arriver. Et maintenant, je suis là où j’ai envie d’être et je me sens beaucoup plus forte aussi pour faire les choses. Je suis plus heureuse aujourd’hui. Clairement.

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