Loïc Nottet, la victoire, en chantant

Loïc Nottet avec Rhythm Inside défendra les chances de la Belgique à l'Eurovision. Mais, au fait, quels critères font de ce gamin de 20 ans et zéro carrière le candidat idéal?

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A peine balancé sur les ondes, Rhythm Inside fait déjà un carton. Il faut dire que le tout premier titre de Loïc Nottet, révélation belge de l’année 2014, se faisait désirer. Des mois que l’on attendait le retour du petit prodige de The Voice sur le devant de la scène. Il aura fallu que l’Eurovision approche pour qu’il pointe enfin le bout de son nez.

Mais en fait, dans l’ombre depuis des semaines, la RTBF et Sony Music, sa maison de disques, travaillaient sans relâche, main dans la main, pour préparer Loïc Nottet au grand soir. Enfin, c’est plutôt l’apprenti chanteur qui a mis la main à la pâte, sous la supervision des deux pros, comme l’explique Leslie Cable productrice à la RTBF en charge de préparer le poulain de la Belgique: "Loïc est artiste jusqu’au bout des doigts, avec tout ce que ça a de positif et de négatif. Nous avons décidé de jouer le jeu et de le laisser tout choisir. Pour nous, c’est beaucoup de boulot en plus, Loïc n’a que 19 ans… Mais pour moi, c’est le secret de la réussite, il faut laisser l’artistique s’exprimer. C’est vraiment sa chanson, ses tenues qu’il a dessinées lui-même, sa chorégraphie et c’est même lui qui a fait le story-board, avec l’histoire, les couleurs et les images de son clip. Il est vraiment multidiscipline". Tout ce que Loïc touche semble se transformer en or, et quand parfois il n’est pas assez "télévisuel" dans ses propositions, la RTBF est là pour recadrer.

Pourtant à la base, rien ne prédestinait celui qui n'est arrivé que deuxième du concours de chant The Voice à être l’élu 2014. Mais alors pourquoi a-t-il été choisi pour représenter la Belgique lors du plus important concours de chant européen? Ces dernières années, cette mission était revenue au gagnant du télé-crochet. Ce fut le cas de Roberto Bellarosa. C’est donc Laurent Pagna qui aurait dû – en toute logique – prendre le micro à sa place…

La vérité est qu’Universal, maison de disques du gagnant "voicien", et la RTBF n'ont jamais réussi à se mettre d’accord, laissant Laurent au bord de la route, laissé-pour-compte d’une bataille entre hautes sphères. Et il est amer: "J’ai été très déçu par la nouvelle. Personne n’est venu vers moi pour me demander mon avis alors que je préparais l’Eurovision depuis la fin de The Voice. Tout ça c’est une histoire de contrat. Je suis content pour Loïc mais je ne pense pas qu’il va gagner. Pas parce que c’est lui mais parce que la Belgique n’a aucune chance, l’Eurovision est un concours trop politique".

Ce n’est évidemment pas du tout l’avis de Leslie Cable, pour qui le Concours Eurovision est bien loin des enjeux tactiques: "Il n’y a pas d’influence politique, de pays amis, etc., qui tienne. Ce genre de choses ne joue qu’à partir de la 10eplace où un pays donne ses derniers points à un pays voisin. Mais les trois premières places sont toujours pour les meilleures chansons". Rien à voir avec la Belgique donc, tout est question de candidat.

Diplômé The Voice

Heureusement pour lui, Loïc Nottet est allé à bonne école. Depuis trois ans, tous les candidats de l’Eurovision aux couleurs de la Belgique, on l’a dit, sont passés par The Voice (Axel Hirsoux candidat choisi par la VRT était allé jusqu'aux duels). Ce qui n’a rien d’étonnant pour Leslie Cable, qui en est la productrice: "The Voiceest un concours basé sur la qualité des chanteurs, donc automatiquement c’est un bon vivier, différent d’autres concours davantage basés sur la personnalité. L’Eurovision, c’est dur à gérer. En scène, tu as 15.000 personnes dans le public, un stress qui t’écrase et des centaines de millions de téléspectateurs. Même des artistes aguerris sont déstabilisés. C’est très impressionnant, donc tu dois avoir une bonne voix et pouvoir gérer les choses. Les candidats passés par The Voiceont déjà l'expérience de cet exercice, à une échelle inférieure évidemment. Mais être dans un concours, devant un public et en direct, ils connaissent".

Loïc est jeune mais n’a rien à envier aux autres. Le Courcellois a déjà reçu les félicitations de la chanteuse australienne Sia – elle qui écrit notamment des chansons pour Rihanna – lors de sa reprise de son titre Chandelier. La grande classe pour un type qui n’a même pas encore son propre album. Un peu comme si chez Loïc Nottet tout était inné. Le succès de sa prestation à Vienne ne fait aucun doute selon Leslie Cable: "Loïc fait partie de ces artistes qui, quand ils sont sur scène et chantent, quelque chose  se passe chez le téléspectateur de l’ordre de l’émotionnel et de la magie. Loïc nous touche, nous émeut, il arrive à atteindre les gens. En plus de cela, la chanson qu’il va chanter est sa chanson, c’est lui qui l’a composée et écrite (avec Beverly Jo Scott – NDLR).Il est donc d’autant plus un meilleur interprète que quelqu’un qui fait une chanson écrite par quelqu’un d’autre". Ça tombe plutôt bien vu que, sauf exception, le secret de la réussite à l’Eurovision c’est d’avoir une bonne chanson.

Réunir les foules

Quand on parle de bonne chanson en matière d'Eurovision, il ne faut pas s’attendre à du musicalement très à la pointe mais plutôt à un tube de l’été, à une chanson qui va plaire à un maximum de personnes. C’est comme ça que le groupe de heavy métal Lordi (voir encadré), en plus d’avoir mis une énorme claque au concours un poil trop consensuel, a aussi remporté tous les suffrages. Notamment ceux des enfants qui ont voté en masse pour ces "drôles de monstres" et surtout ceux des fans de heavy métal pour la première fois représentés  sur la scène de l’Eurovision. Alors évidemment, le flacon compte autant que l’ivresse et aide à récolter des points. "La prestation vaut toujours, c’est un petit plus. La chorégraphie et les effets c’est bien pour le spectacle, pour le show. On est ravis de voir que certains vont mettre des feux d’artifice, que d’autres vont mettre des costumes extravagants…", détaille Leslie Cable. Mais sans tout ce tape-à-l'œil, on ne se fait aucun souci pour Loïc puisqu'en plus de chanter parfaitement, il bouge comme un dieu.

La loi des chiffres

Cependant, si l’on s’arrête purement aux statistiques, les chances de Loïc sont minces… En termes de chiffres, le candidat idéal est plutôt irlandais – le pays a déjà gagné sept fois le concours – que portugais – le Portugal n'est encore jamais arrivé à la première place. Visiblement, être norvégien n’est pas non plus porteur puisque le pays détient le record de losers avec onze dernières places…

Côté sexe, il faut plutôt être une fille qu’un homme ou même qu’un groupe parce que sur les 62 artistes qui ont remporté le concours, 36 étaient des femmes, douze des groupes, neuf des hommes et cinq des duos. Pour avoir toutes ses chances il va aussi falloir chanter en anglais. La langue de Shakespeare a remporté 26 victoires, juste devant celle de Molière avec 14 triomphes. Enfin, pour l’âge c’est assez difficile à définir. Entre la plus jeune gagnante du concours, notre Sandra Kim nationale qui venait de fêter ses treize petits printemps lors de sa prestation en 1986 et le plus vieux, le Danois Jørgen Olsen qui a remporté le concours en 2001 à l’âge de 51 ans, il y a un fameux gap… Pas vraiment notre Loïc à nous dans tout ça. Mais après avoir vu ô combien sa prestation a enflammé la finale de The Voice la semaine passée, on est sûrs que le Belge ne va pas faire de la figuration. Et pourquoi pas tout casser? D'autant que Loïc Nottet prévoit que sur la scène de Vienne  sa prestation devrait encore "surprendre et donner autre chose". 

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