L’obsession Marilyn Monroe

Avec la sortie de My Week With Marilyn, retour sur le business d'une blonde, passée du statut de bombe idiote à celui d'icône intellectuelle.

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Ce n’est pas un scoop. Marilyn Monroe, née Norma Jean Baker dans la Cité des Anges et morte il y a tout juste cinquante ans, n’était pas une ravissante idiote. Malgré sa teinture peroxydée, ses fesses magnifiques et sa voix de femme-enfant, Marilyn lisait, réfléchissait, pensait.

Elle aimait New York, Kerouac, Joyce, Camus et Proust et elle se passionnait pour la psychanalyse. Une réalité que son destin brisé et ses débuts de pin-up ont souvent masquée. Ce qui frappe pourtant, c’est à quel point le mythe continue de nourrir une intarissable glose intellectuelle. L’actualité éditoriale regorge de publications sans cesse renouvelées et inédites sur la star. Marilyn devient presque un prisme pour relire l’histoire de Hollywood, l’histoire des femmes, l’histoire de l’Amérique, l’histoire du show-business, et peut-être même l’histoire du cinéma. Que peut-on comprendre au 7e art si l’on ne sait rien de cette lumière blonde qui semblait être le cinéma lui-même?

Dans My Week With Marilyn,la prestation de Michelle Williams, anti-pin-up et égérie du cinéma américain indépendant s’inscrit d’ailleurs dans cette vague d’interprétations très intellos du mythe Monroe. "Je n’ai pas voulu montrer la star de Hollywood mais ce qu’elle avait à l’intérieur,confie l’actrice. Ce qu’elle avait de blessé, de profond. Elle a réussi à créer le personnage de Marilyn, mais s’est rendu compte qu’elle était dans un piège. Elle a essayé de déconstruire son propre mythe, de se changer, d’étudier, de vivre à New York, avec des gens qui la voyaient autrement et pas comme une poupée fétiche. Marilyn a toujours su se réinventer, en dehors du système des studios. Elle est partie travailler à Londres avec des acteurs de théâtre anglais qui n’avaient rien à voir avec elle, elle réfléchissait sans cesse. Aujourd’hui, Marilyn aurait réalisé son propre film, elle aurait travaillé dans le cinéma indépendant."

L’idée ne paraît pas si absurde. Surtout quand on regarde les derniers rôles de Marilyn. La Roselyne paumée des Désaxés qui lui colle à la peau (mélange de la Rose de Niagara et de Monroe même) face à Clarke Gable et Monty Clift, et la blonde fragile de Something’s Got To Give de Cukor, son dernier film resté inachevé dans lequel elle apparaît nue de dos dans la piscine, déjà très évanescente.

La littérature autour de Marilyn compte aujourd’hui autant que sa filmographie. Son image a obsédé les plus grands romanciers américains, de Norman Mailer (Mémoires imaginaires de Marilyn,paru en 1982) à Joyce Carol Oates (relisez son fabuleux Blonde, sublime portrait tragique). Sa psyché brisée inspire aussi à Michel Schneider un somptueux vrai-faux roman – Marilyn, dernières séances, consacré aux liens étroits entre la star et son dernier psychanalyste.

En 2010, avec la parution-événement des Fragments au Seuil (lettres et notes écrites de sa main), certains ont même crié au génie. Surestimés du point de vue littéraire, ces Fragments révélaient tout de même la forte sensibilité de la star, ses tentatives poétiques et ses pensées névrotiques, pétries d’angoisse existentielle.

En guise de dernier hommage pour les cinquante ans de sa mort, les éditions d’art Taschen réunissent la biographie de Mailer et les photographies mythiques de Bert Stern pour le magazine Vogue en 1962, trois semaines avant la mort de l’idole. Considérés comme les plus intimes de Marilyn, ces clichés légendaires la montrent mince comme un fil, désirable, vulnérable, le ventre barré d’une cicatrice qu’elle ne cherche pas à dissimuler. Blonde extrême sous le maquillage, sa personnalité énigmatique échappe toujours. Sous le halo de lumière, le mythe demeure intact.

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