Lobby sucrier : « Les mêmes méthodes que pour le tabac »

Selon Cristin Couzens, une dentiste américaine qui a publié une enquête ultrafouillée dans le magazine américain Mother Jones, les méthodes de l'industrie du sucre pour influencer l'opinion publique sont "exactement les mêmes que celles de l'industrie du tabac". Grâce aux archives d'une entreprise sucrière en faillite, elle a pu retracer 30 ans de lobbying et de manipulation.

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En résumé, alors qu'au début des années 1970 des scientifiques suspectent le sucre de causer des problèmes de santé, la très puissante Sugar Association, qui regroupe les industries du secteur, parvient à "forger l'opinion publique" en sa faveur, ce qui lui vaut d'ailleurs l'Enclume d'argent 1976, soit l'oscar des relations publiques. Et c'est vrai que sa campagne a été redoutablement efficace: discrédit jeté sur des scientifiques "sucro-sceptiques", infiltration d'universités, financement d'études louant les vertus du sucre ou pointant les méfaits de la graisse.

 

Cette dernière diversion est un vrai coup de maître qui permet à la Sugar Association de faire d'une pierre deux coups. Non seulement elle accuse un autre nutriment de tous les maux. Mais en plus, elle soutient son propre commerce! En effet, "quand on enlève le gras d'un produit, il n'a plus de goût, explique Robert Lustig, spécialiste de l'obésité à l'Université de Californie.Pour qu'il continue à plaire au consommateur, les industriels vont le remplacer par… du sucre! Or, il n'y a pas de bons sucres, alors qu'il y a de bonnes graisses." La boucle est bouclée: les scientifiques ou autorités de santé n'osent plus mettre en doute l'innocuité du sucre. Au point que les recherches sur les liens entre sucre et maladies chroniques sont quasiment abandonnées, fin des années 1980. Epoque à laquelle la surproduction de maïs aux Etats-Unis trouve un débouché formidable: la fabrication de sirop de maïs ou glucose-fructose. Un "cauchemar diététique", beaucoup moins cher que le sucre et qui permet une meilleure conservation, que l'on retrouve bientôt dans la plupart des sodas et produits industriels américains (pain, confiserie, biscuits, yaourts).

 

Aujourd'hui encore, même si certains osent enfin mettre en évidence les dangers du sucre, le lobby sucrier continue à nous manipuler. Par exemple en menaçant explicitement l'Organisation mondiale de la santé de faire réduire son financement annuel si elle recommande de réduire l'apport énergétique quotidien. Quant à l'Agence européenne de sécurité des aliments, elle est complètement parasitée (et discréditée) par le nombre de conflits d'intérêts relevés parmi ses membres. Encore plus fort: les géants du sucre sont à la base de grands programmes de prévention santé. Aux Etats-Unis, l'Association américaine des boissons (dont Coca-Cola et Pepsi font partie) a alloué 10 millions de dollars à l'hôpital des enfants de Philadelphie pour lutter contre l'obésité infantile. Et chez nous, le vaste programme de prévention du surpoids Viasano a pour "partenaires fondateurs" Ferrero (Nutella), Unilever (Ola) et Orangina Schweppes Belgium. Comme dirait Mary Poppins: "C'est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler."

 

Débusquez les sucres cachés

Quand on vous dit sucre, vous pensez d'abord à la cuillerée que vous versez dans votre café du matin. Pourtant, sur une journée, celle-ci n'est qu'une goutte d'eau… Pour l'exemple, analysons le menu de deux journalistes de Moustique, celui d'un insouciant amateur de grignotage et celui d'une personne plus attentive à son alimentation

 

 

Qui nous empoisonne à notre insu? Pourquoi? Et comment réduire notre consommation? Retrouvez notre dossier complet "Le sucre, un ami qui vous veut du mal", dans le Moustique de ce mercredi 25 juin.

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