L’hommage: Jean-Pierre Hautier: Adieu quand même

L'animateur a définitivement lâché le micro, son grand amour. La voix de Bonjour quand même restera éternellement gravée dans nos esprits.

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Parti trop tôt. C’est toujours le cas quand on a encore tant de choses à vivre et à partager et qu’à la veille de vos 57 ans, un cancer de la thyroïde vous emporte loin. C’est encore plus douloureusement vrai pour Jean-Pierre Hautier, voix imparable de la RTBF et talent polyvalent.

On le savait malade, mais des hauts et des bas laissaient espérer une rémission et un retour à l’antenne et dans son bureau de directeur de La Première. Il nourrissait même le projet d’une nouvelle émission quotidienne sur l’histoire pour 2013… Mais non, ce vendredi 12 octobre, s’est interrompu de manière abrupte l’une des plus remarquables parcours de notre audiovisuel.

Une aventure entamée au mitan des années 70 quand Patrick Duhamel, star radio de l’époque, met le pied du frais diplômé de l’IAD à l’étrier. Hautier pousse les disques dans Ne cherchez plus entre midi et deux heures et signe quelques reportages dont des rencontres notamment avec Abba et les Jackson Five! Mais sa rencontre professionnelle la plus déterminante sera celle de Marc Moulin. Qui deviendra son ami et son maître. Celui-ci enrôle le jeune animateur sur Radio Cité dont il devient vite une des voix.

Cette voix incomparable. Chaude et complice. Erudite et proche. Amicale et assurée. Elle aura fait merveille pendant presque 40 ans jusqu’à ces dernières années de Bonjour quand même, son must, chaque matin sur La Première. Jean-Pierre Hautier y faisait chanter les livres, les rubriques et ses invités avec un incontestable talent. Celui d’un passeur de savoirs mettant la culture à la portée de tous.

PASSEUR DE SAVOIRS

Hautier excellait dans ce partage de connaissances et de passions. Celle qu’il nourrissait pour une grande partie de ses invités comme Cecilia Bartoli, Jean d’Ormesson, Umberto Eco, Amélie Nothomb, Juliette Gréco, pour la musique, avec un penchant certain pour le jazz, le blues, les crooners et le classique…

C’est cet éclectisme inné que veut saluer Claude Delacroix, autre monument de la RTBF et ex-directeur de la radio, qui fut également son mentor: "Jean-Pierre a imposé sa polyvalence dans les petits matins de Bruxelles 21, puis de Bruxelles-Capitale. Mais aussi dans l’aventure de La semaine infernale et du Jeu des dictionnaires". Car Hautier ne crache ni sur l’humour (en Georges Pletinckx dans La saga des Tilquin) ni sur l’aventure en équipe. On l’a adoré en complice de Fred Jannin pour What’s your name?, l’improbable tube de l’éphémère groupe Zinno, en coanimateur télé de Vidéogam avec Philippe Luthers, en juré de Pour la gloire, en commentateur du Concours Eurovision de la chanson depuis 1994 épaulé par Marc Danval et plus récemment par Jean-Louis Lahaye, en chroniqueur de Ma télé bien-aimée…

YOU SON OF A BITCH!

Jean-Pierre Hautier aimait donc la compagnie bien choisie. D’ailleurs, notre confrère Sébastien Ministru lui doit rien de moins que sa présence en radio: "Notre rencontre remonte à l’époque où je représentais Moustique dans le jury de sélection pour le Concours Eurovision. On se tapait l’audition de centaines de prestations, puis on mangeait ensemble et on riait beaucoup. Un soir, il y a 15 ans, il m’a dit qu’il me voulait dans sa matinale sur Bruxelles-Capitale, un morning à l’impact incroyable. J’ai donc enfilé les chroniques dans ses émissions. Chaque fois qu’un billet l’avait particulièrement touché, il me disait: "You son of a bitch! Où est-ce que tu vas chercher tout ça?" C’était le plus beau compliment qu’il pouvait me faire. Dans un premier temps, mon billet était devenu "Bonjour Jean-Pierrounet". Je l’appelais ainsi sur antenne au grand étonnement des autres qui pensaient qu’on ne donnait pas du Jean-Pierrounet à Hautier."

Car Hautier savait en imposer. Et le tri sélectif de son premier cercle professionnel ne manqua pas de lui tailler auprès de certains une image de personnage susceptible et hautain. Et forcément, sa nomination à la tête de La Première engendra d’autres inimitiés. "Il s’est vite rendu compte que ce n’était pas ce qu’il imaginait, explique Claude Delacroix. Réunions, séminaires, budget, gestion du personnel, gestion des conflits… Ce n’était pas sa tasse de thé. Son bonheur, c’était bien entendu l’antenne à la radio ou à la télévision bien que je sois intimement persuadé que la radio était son média préféré." Sûr qu’avec Marc Moulin, Philippe Luthers, Patrick Duhamel, ça va continuer à swinguer là-haut.

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