L’histoire vraie des Monuments Men

Le dernier film de George Clooney raconte l'histoire de commandos débarqués à la Libération pour récupérer les œuvres d’art spoliées par les nazis. Une histoire totalement vraie, racontée (presque) de main de maître.

1055198

Ils n’étaient ni jeunes, ni vraiment faits pour la guerre ou l’héroïsme". C’est par ces mots que George Clooney décrit le groupe d’experts qui, en 1944, fut envoyé en Europe par le président Roosevelt pour récupérer les centaines de milliers d’œuvres d’art (650.000 selon les estimations) spoliées par les nazis. Et protéger les autres des bombardements alliés qui accompagnaient la Libération. Un fait d'armes qui a inspiré Monuments Men, film réalisé et joué par Clooney, avec Matt Damon, Bill Murray, Cate Blanchett, Jean Dujardin, John Goodman (quel casting!), et qui sort cette semaine en Belgique.

En pleine guerre, comment une telle préoccupation a-t-elle pu naître? La face de l’Europe serait-elle changée si la Joconde ou la Vierge à l’enfant de Bruges avaient été détruites par les nazis? Cette question mérite qu’on se replonge dans l’une des plus extraordinaires chasses aux trésors du XXesiècle, dont les conséquences agitent encore le marché de l’art et les esprits. Plus de 70 ans après la Libération.

Un fait récent frappant. En novembre dernier, en plein bouclage du film de Clooney, l’hebdomadaire allemand Focus révélait la découverte dans l’appartement d’un octogénaire munichois, Cornelius Gurlitt, de près de 1.500 œuvres d’art pour la plupart volées à des familles juives par les nazis. Des toiles de Renoir, Matisse, Picasso, Paul Klee, Chagall. Hildebrand Gurlitt, père de l’octogénaire, était un marchand d’art très actif pendant la guerre, chargé par les nazis d’écouler à l’étranger les œuvres d’art spoliées, ou qualifiées de ce que les nazis appelaient "l’art dégénéré". Rappelons que dès 1938, plus de 16.000 œuvres considérées comme "dégénérées" (c’est-à-dire transgressives par rapport à l’art dit aryen) sont retirées des musées allemands. Aujourd’hui, Cornelius négocie toujours avec les héritiers la restitution des quelque 1.500 œuvres retrouvées chez lui. Un processus au long cours, dont le film de Clooney est l’écho direct.

La suite du dossier sur les véritables Monuments Men dans le Moustique du 11 mars 2014.

Le film – La critique

Monuments Men [2*]

Après les scalpeurs de nazis de Tarantino, voici les Monuments Men de Clooney, à la recherche des trésors spoliés par les Allemands. Pour son cinquième film derrière la caméra (citons Good Night And Good Luck et Les marches du pouvoir), Clooney s’entoure de potes (Goodman, Damon, Murray), de sa partenaire dans The Good German (Cate Blanchett), de nouveaux venus (Jean Dujardin), et révise ses classiques époque Douze salopards ou La grande évasion. Ça discute œuvres d’art et amitié, ça fume trop comme dans les vieux films (il est d'ailleurs déconseillé aux moins de treize ans aux USA pour cette raison), et ça manque parfois de nerf.

Antispectaculaire, quelquefois drôle (Matt Damon qui se fait rembarrer quand il parle français), Clooney raconte la grande histoire à l’inverse d’un Spielberg (les plages du Débarquement ne servent ici que de toile de fond au loin). Sans tragique, avec une élégance à la Lubitsch, ses Monuments Men réparent l’histoire sans faire de bruit. Sa bonne humeur affichée et son gros casting n’excluent pas de forts moments d’émotion. Et si le film n’emporte pas tout à fait l’enthousiasme (des Russes caricaturaux, un leitmotiv – une œuvre d’art vaut-elle une vie humaine? – trop répétitif), le geste reste brave. Et le film, à saluer, comme un ultime défi à la barbarie nazie. What else?

Réalisé par George Clooney. Avec George Clooney, Matt Damon, Bill Murray, Cate Blanchett, Jean Dujardin, John Goodman, Hugh Bonneville et Bob Balaban – 118’.

Sur le même sujet
Plus d'actualité