L’évangile selon Kendrick Lamar

Loin des clichés, le jeune rappeur de Compton impose son intelligence sur un disque placé sous le signe de la rédemption et de la quête spirituelle. Magistral.

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Dans une interview accordée au New York Times et au Rolling Stone, Kendrick Lamar revient sur le jour où il a été sauvé de la rue. « J’étais teenager et je trainais dans un bloc de Compton (le quartier le plus chaud de Los Angeles, – ndlr). Mon meilleur pote venait de se faire buter devant moi. Sa grand-mère est arrivée et m’a demandé: « avant de mourir, est-ce qu’il a eu le temps de prier Dieu? » Ça m’a fait réfléchir et je me suis dit que je devais croire en quelque chose avant qu’il m’arrive une catastrophe. »

Kendrick Lamar s’est fait baptiser dans une église catholique, a pris son destin en main et s’est mis à croire résolument que si la musique n’avait pas la vertu de changer le monde, elle pouvait au moins améliorer nos existences. Paru en 2012, son deuxième album « Good Kid, m.A.A.d. city », qui évoquait déjà cette rédemption sur fond de hip-hop old-school et de beats sombres, lui a apporté la reconnaissance, la gloire et accessoirement l’argent. Mais ici aussi, il a compris que ce n’était pas dans le matérialisme qu’il trouverait son salut et il a encore creusé. Toute cette quête se retrouve en filigrane du copieux (seize titres) « To Pimp a Butterfly ». Kendrick Lamar y rappelle que le hip-hop est un art mais qu’il possède aussi une conscience.

Voyage musical dont on ne sort pas indemne, ce disque s’ouvre sur la déclaration du chanteur jamaïcain Boris Gardiner « Chaque Noir est une star » samplée à partir d’un vinyle griffé et se clôture par Mortal Man, poème du bitume de douze minutes traversé de free jazz underground. Dans cet album où l’ennui est banni, Lamar, vingt-sept ans, ressuscite les fantômes de Miles Davis et de Marcus Garvey. Il cite Michael Jackson,  flirte avec le funk tourbillonnant de George Clinton (qui fait un caméo), ouvre le « mic » à Dr Dre et s’en sort aussi bien avec des laptops qu’avec des instruments. Son écriture suit le même mouvement kaléidoscopique. Justicier des temps modernes, il dénonce les violences policières sur le déjà connu The Blacker The Berry, de loin son morceau le plus vindicatif avec King Kunta, mais il prend aussi les traits d’un Jésus-Christ redescendu sur Terre pour constater la misère humaine (How much a dollar cost). Enfin, Kendrick sait aussi faire preuve de plus de légèreté sur l’optimiste i qui vient de lui valoir un Grammy ou sur Alright produit par l’incontournable Pharrell Williams. L’album de l’année? Yes, he can.

 

 

 

> TO PIMP a BUTTERFLY, Kendrick Lamar, Interscope/Universal.

Le 9/7 à Les Ardentes, Liège

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