Les têtes télé tweetent

Tant à la RTBF qu’à RTL, les people télé ont sauté le pas des réseaux sociaux. Pour y faire quoi? Tour d'horizon de ces oisillons et de leurs motivations. 

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"On dirait que depuis ce soir, les animateurs de RTL ont retrouvé le login et le mot de passe de leurs comptes Twitter." Ce tweet signé par un certain @cedubeton et posté un soir de Belgium’s Got Talent force peut-être le trait mais n’en est pas moins révélateur. Car même si Jean-Jacques Deleeuw, chef New Media à RTL-TVI, réfute toute directive "officielle, de type: "N’oubliez pas de tweeter!"", il est manifeste qu'occuper le terrain des réseaux sociaux est devenu un enjeu majeur pour les télés.

Mais de quelle manière? À cet égard nos deux chaînes nationales ont opté pour des stratégies différentes. Pour faire court, là où RTL-TVI mise sur le "second écran" (l’utilisation d’une tablette ou d’un smartphone pendant le programme à la télé, avec du contenu additionnel et… de la pub), la RTBF préfère parler de "Social TV": multiplier les interactions avec le public avant et après l’émission à travers les réseaux sociaux. "Ce dialogue est lié à notre vocation de service public", estime Luc Debaisieux, le boss Social Media à la RTBF.

Une vocation qui explique aussi une colonisation de Facebook et Twitter plus précoce côté Reyers qu’Avenue Georgin. "RTL s’est montrée plus frileuse parce que le retour sur investissement n’était et n’est pas encore monétisable", estime un observateur qui soulève aussi un paradoxe: "Avec les réseaux sociaux, la "proximité" habituellement revendiquée par RTL allait de facto être mise à l’épreuve". 

L’épouvantail Trullemans

Or, si cette exposition peut s’avérer tout bénef en termes d’affection du public, l’estompement de la barrière entre communication privée et publique (la mention "Mes tweets n’engagent que moi" n’ayant aucune valeur juridique) comporte aussi un risque. Risque qui a désormais son épouvantail, en la personne de Luc Trullemans, ex-Monsieur Météo et automobiliste susceptible envers certains conducteurs bronzés. Un précédent dont les ondes ont touché aussi Reyers, comme l’a prouvé récemment le licenciement du chroniqueur Philippe Vande Walle, auteur d’un tweet jugé raciste. En France aussi, une Natacha Polony relayant une photo d'une pseudo-Leonarda SDF vient de trébucher.

Pour éviter de tels dérapages, les cellules Social Media des deux chaînes ont chacune rédigé pour leur personnel une sorte de "Guide des bons usages": "Pas d’interdictions, si ce n’est celles qui s’inscrivent dans le cadre des lois", précise Jean-Jacques Deleeuw. Mais essentiellement des conseils sur les codes à adopter. "Après, c’est l’intelligence sociale de chacun qui fait le reste…", estime Luc Debaisieux. Quant aux motivations à gazouiller de nos people TV, elles sont innombrables. Profondes ou épisodiques, ludiques ou professionnelles, nombrilistes ou "corporate". Revue des twittos médiasphériques et de leurs motivations en 140 caractères.

L’homme de lettres: @JacquesMercier

"Je tweete car… c’est le prolongement de l’audiovisuel d’avant. Levé tôt, j’essaie de partager ma vision optimiste de la vie. Communication directe!;)"

Depuis trois ans, Jacques Mercier tweete de façon enthousiaste. Et très matinale. Dès l’aube, il offre à ses followers un aphorisme de son cru ("On ne naît vraiment qu’au premier "Je t’aime"") ou emprunté ("En vieillissant on devient plus fou et plus sage", La Rochefoucauld), quand il ne joue pas les "Monsieur Dictionnaire", en répondant aux interpellations sur la langue française. Normal, sur son blog, "Jacques a dit": "Continuons le dialogue". Résultat, il suit chacun de ses 13.700 followers (chose rare!), remercie individuellement ses complimenteurs, flatte "ses muses" et joue à fond le jeu du #FollowFriday (la recommandation d’autres comptes). Prolixe (48.000 tweets à son actif), l’homme retrouve ici l’audience dont sa retraite l’a privée…

Cousins de réseau: @thomasgunzig, avec ses jolies photos en prime et @bernardpivot1, qui a publié un recueil Les tweets pour des chats.

L’expansif de (140) caractère(s): @StephanePauwels

"Je tweete pour… le partage d’idées et d’opinions avec les twittos. Susciter la réflexion et le débat et échanger nos points de vue sur ma passion du foot!"

Sur les réseaux sociaux, Stéphane Pauwels écrit comme il parle à l’antenne: de façon un peu décousue, mais avec un vrai franc-parler. Il y partage avant tout ses ressentis. Sur le foot, bien sûr, mais aussi sur ses participations aux opérations caritatives et sur ses invités des Orages de la vie, qu’il remercie, photo souvenir systématiquement à l’appui, pour leur "leçon de courage". Des remerciements adressés aussi aux téléspectateurs, une fois les audiences connues… Accessible, il est tagué sur une ribambelle de photos avec ses (nombreux!) fans. Mais aussi vrai écorché vif: lorsqu’il estime que "les scribouillards" (sic) ont déformé ses propos (comme récemment avec Stromae…) ou piétiné sa vie privée, il dégomme à coups de statuts ou tweets fébriles et ravageurs… Et tant pis si certains voient comme un paradoxe le fait que c’est sur Twitter et Facebook qu’il a… annoncé son divorce!

Cousins de réseau: @PierreMenes, copie quasi conforme: du foot et des tripes. @Mauraneofficiel: son tweet "La grosse vache t’enc… à sec avec du papier de verre, du tabasco et un filet de citron" reste collector.

La personal-vendeuse: @SilvaTatiana

"Sur Facebook, pour garder contact avec ma famille, me rappeler les anniversaires, communiquer sur mon actu. Instagram, pour son côté ludique."

Au royaume de l’autopromo, la Miss Météo de la RTBF est reine. Sur sa page Facebook, Tatiana Silva publie toutes les photos (forcément pas dégueu) de son dernier shooting et partage le moindre article qui la mentionne. Et même la capsule vidéo de sa météo du jour, tiens… Un sourire vendeur, un (grand) bout de peau apparent, un tableau de chasse médiatique: plus besoin des pages people, les people ont les leurs.

Cousins de réseau: @TatonJulie, instagramhibitionniste et @SandrineCorman, reine des selfies qui ravissent ses 34.500 followers.  

L’infovore: @AlainGerlache

"Twitter m’a permis de sortir de la tour d’ivoire médiatique, de rencontrer plein de gens et d’apprendre des tas de choses. Bref #jesuisfan."

Après avoir activement participé à la "mise au Net" de la RTBF, ilest désormais considéré comme le gardien du temple 2.0. Quand celui-ci frémit, c’est son avis qu’on sollicite. Vrai accro à l’actu, surtout politique, il est sur Twitter pour continuer à y faire son métier. Capable de filtrer de gros flots d’infos, il a le don de mettre en exergue les pépites et de les recontextualiser. Le ton est critique, donc parfois sermonneur, mais toujours très pro. Pas de risque de savoir ce qu'il a mangé ce midi.

Cousins de réseau: @JohanneMontay, adepte de tweets finement ciselés. @MichelHenrion, sorte d’agence de presse à lui tout seul. @Himad (Messoudi), vrai fact-checker? @ThomasGadisseux, décodeur de médiapolitique.

L’élève modèle: @hakimadRTL

"Je suis active, mais pas geek. J’utilise Twitter comme outil d’information et d’échange, en restant factuelle, hors des débats "touchy"."

Jean-Jacques Deleeuw himself le dit. Avec Hakima Darhmouch, les community managers dorment sur leurs deux oreilles. Déjà, parce que Facebook, elle a dit "non": trop intrusif et chronophage. Et sur Twitter, la présentatrice du 19 Heures ne partage jamais le fond de sa pensée, consciente que l’adage "Mes tweets n’engagent que moi" est un leurre. Résultat, à l’exception de quelques private jokes ou familiarités ("Chou", "Des bisous") entre collègues, sa timeline est une longue litanie de tweets et retweets estampillés "RTL Info". Très corporate décidément, Hakima live-tweete aussi scrupuleusement #BeGotTalent… Mais pas que sur RTL-TVI. Consciente de ses limites, elle n’hésite pas à se faire conseiller, se félicite "de la solidarité qui règne entre twittos" et l’applique à elle-même, en alertant François De Brigode et le reste de la Twittosphère de l’existence d’un compte fake de son confrère. Est-ce le piratage de son propre compte, il y a deux ans, qui l’incite à autant de bienveillance?

Cousins de réseau: @Haulotte, @ThomasVanHamme, @FontanaOphelie…

Le Monsieur Tout-le-monde: @AdrienDevyver

"Impossible de passer à côté de ces réseaux gratuits et efficaces qui nous permettent de communiquer et d’informer."

"S’il y en a un qui a parfaitement compris comment fonctionnent les réseaux sociaux, c’est lui" , assure Luc Debaisieux. Et pour cause, Adrien Devyver tweete et facebooke comme… tout le monde! Du commentaire "foot", pas mal de papotages et des infos perso à l’intérêt relatif: on connaît la nouvelle BD qu’il a achetée, la date de sa dernière partie de tennis et quasiment l’état actuel de son compte en banque. Ajoutez aux péripéties de sa vie une juste dose d’autopromotion autour de ses émissions (The Voice, Un gars, un chef!…) et vous obtenez la recette d’une proximité consensuelle.

Cousins de réseau: les très pipelettes @EdSelys, @CImmelen, @JoelleScoriels, @benjadeceuninck…

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