Les sorties cinéma du 6/5/2015

Dans le Rif marocain, un film en forme de déclaration d'amour au septième art.

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Adios Carmen

Comédie dramatique [3*]

Pour son premier long métrage, Mohamed Amin Benamraoui nous enchante avec ce Cinema Paradiso marocain. A partir d’éléments qu’on devine autobiographiques (l’auteur a grandi dans le Rif marocain près de l’enclave espagnole de Melilla), Adios Carmen raconte l’éveil au cinéma d’Amar, un jeune garçon solitaire et mal dégrossi, alors que sa mère est contrainte à l’exil. Livré à lui-même entre un oncle violent et un sentiment d’abandon profond, Amar fait la rencontre de Carmen, une Espagnole (très belle Paulina Galvez) qui tient un cinéma avec son frère. On est touché par le lien à la fois pudique et fantasmatique qui se crée entre Carmen et Amar. On salue aussi l’émotion avec laquelle le réalisateur parvient aussi à transmettre son amour du cinéma, entre révélation esthétique, populaire (la fascination pour le cinéma indien souvent diffusé au Maroc) et politique (images d’anciennes actualités de la Marche verte de 1975 à l’appui). Du beau travail.

Réalisé par Mohamed Amin Benamraoui. Avec Paulina Galvez, Amanallah Benjilali – 103’.

Dark Places

Thriller [1*]

Trente ans après le meurtre de sa mère et ses sœurs dans la maison familiale, Libby Day (Charlize Theron en casquette tomboy mais moins enlaidie que dans Monster) accepte d'affronter son passé. Mue par l’appât du gain puis convaincue par un jeune passionné de crimes, elle remet en cause le rôle-clé de son frère, incarcéré pour meurtre. Entre enquête contemporaine et flash-back nourris dans le Kansas des années 80, Libbie reconstitue le puzzle de son enfance traumatique sur fond d’adorations sataniques.

Finalement pas surprenant dans la filmo éclectique d’un réalisateur français amateur d’adaptations littéraires tous azimuts (Elle s’appelait Sarah, U.V., Les jolies choses), Dark Places a la particularité de réunir deux stars: Gillian Flynn (romancière de Gone Girl) et Charlize Theron (sincère mais passive), dont la biographie familiale rejoint le drame du film (sa mère a assassiné son père sous ses yeux quand elle était gamine). Pour un résultat plutôt décevant malgré un casting affriolant qui pioche dans la jeune garde hollywoodienne (Chloë Grace Moretz agaçante en roue libre et un Tye Sheridan boudeur). On leur préfère Christina Hendricks (Mad Men, Lost River) émouvante comme toujours en mère en détresse dans l’Amérique rurale. Ni gore (l’aspect satanique n’est pas vraiment exploré) ni jamais complètement énervant, le film restera dans les limbes des thrillers dont on peut se passer.

Réalisé par Gilles Paquet-Brenner. Avec Charlize Theron, Christina Hendricks – 113’.

Macondo, le petit homme

Comédie dramatique [2*]

Iranienne exilée en Autriche, la réalisatrice Sudabeh Mortezai plante sa caméra au Macondo, un camp de réfugiés de la banlieue viennoise dans lequel elle met en scène une famille tchétchène. Ramasan, onze ans, vit avec sa mère et ses deux sœurs dont il s’occupe comme un petit homme qu’il n’est pas encore. Aux côtés d’Adios Carmen (également sur les écrans cette semaine), voici un autre portrait sensible d’un jeune garçon trimballé par l’histoire, et qui va tenter, entre l’absence du père, l’arrivée d’un possible beau-père et les tentations extérieures, de comprendre ce qu’est un homme. Une fiction touchante aux allures de documentaire parfois un peu trop sage.

Réalisé par Sudabeh Mortezai. Avec Ramasan Minkailov et Aslan Elbiev – 98’.

Big Game

Action [1*]

Scénario improbable. Big Game met en scène le président des Etats-Unis (Samuel Jackson), qui n’a d’autre choix que de faire appel à un ado tête à claques et génie du clic pour triompher d’une bande de terroristes ayant pris d’assaut l’Air Force One… Mêlant l’action et la comédie, ce long métrage se laisse regarder avec facilité comme un bon téléfilm du samedi. Sans plus.

Réalisé par Jalmari Helander. Avec Samuel L. Jackson, Onni Tommila, Ray Stevenson – 91’.

La Tierra Roja

Drame [1*]

Pierre est un exploitant forestier pas trop regardant, au service d’une multinationale accusée de déverser des agrotoxiques par tonnes. Il ouvrira enfin les yeux en tombant sous le charme d’une jeune militante du camp opposé. Film de fiction très documentaire dans son approche, La Tierra Roja fait passer son message (la contradiction de l’être humain qui a besoin de la nature mais la détruit en même temps) en force. Au détriment de son histoire et de son cinéma (puisque la réalisation manque de relief). Bref, très intéressant sur le fond mais approximatif sur la forme.

Réalisé par Diego Martinez Vignatti. Avec Geert Van Rampelberg, Eugenia Ramirez Miori, Jorge Aranda – 104’.

Connasse, princesse des cœurs

Comédie [0*]

Camille Cottin, la "Connasse" du programme court de Canal + arrive sur grand écran. Chaussée de Louboutin et parée d’un caractère exécrable, cette Parisienne ne veut pas travailler. Pour cela, une solution: devenir princesse d’Angleterre. La Connasse nous embarque donc dans son voyage pour Londres à la rencontre du prince Harry. Tourné en caméra cachée, l’humour de Cottin tient beaucoup du foutage de gueule décomplexé (sur l’argent ou le physique des gens notamment). Maltraitant chauffeurs de taxi, pharmaciennes et autres professions de service, la Connasse n’a de respect pour personne. Culottée, séduisante, Camille Cottin a du cran mais sa Connasse ne dépasse pas le stade de la supercherie. Nul.

Réalisé par Eloïse Lang et Noémie Saglio. Avec Camille Cottin – 80’.

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