Les Schtroumpfs 2

Désormais certifiés produits à l’exportation américaine, les Smurfs reviennent dans un deuxième film made in USA. Un journaschtroumpf de Moustique les a pistés jusqu’en Californie.

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Les bédéphiles à cheval sur les tables de la loi de Peyo ne sont toujours pas remis de la première adaptation des Schtroumpfs sur grand écran. Car le film sortait les créatures de leur village pour les expédier sur Times Square, à New York. Pourtant, au niveau mondial, ce film a bel et bien trouvé son public. Et le box-office fut immédiatement bleu des Smurfs, cumulant à 600 millions de dollars de recettes. Il n'était donc pas question de s’arrêter en si bon chemin!

"Mais le souci majeur est que les centaines de dessins animés des Smurfs sortis dans les années 80, et qui ont récolté un succès énorme à la télévision américaine, ont épuisé toutes les histoires possibles dans le biotope naturel des Schtroumpfs. C’est-à-dire, pour résumer, le village, la forêt et le manoir de Gargamel. Voilà pourquoi ce premier épisode les avait emmenés à New York. Et pourquoi ce deuxième volet se déroule majoritairement à Paris. Il fallait varier les plaisirs", nous explique Raja Gosnell, réalisateur de la saga, lorsque nous le retrouvons en pleine production à… Los Angeles. Une série de bande dessinée née en Belgique, un film qui se passe à Paris, réalisé en Californie… C'est ça, la mondialisation.

Les studios de Sony Animation, implantés à Los Angeles, ont donc décidé de nous ouvrir leurs portes pour un petit tour du propriétaire. Première surprise en arrivant à Culver City, quartier sans charme érigé entre le bas de la ville où se côtoient les costards-cravates et les chefs de gangs en tout genre, et le bord du Pacifique où se bousculent les bimbos siliconées: il faut bien chercher pour dénicher les bâtiments consacrés à la production de dessins animés, où sont clonés les Smurfs. "C’est bien la principale différence avec des studios genre Pixar (où nous vous avons récemment emmené à l’occasion de la sortie de Monstres Academy – NDLR), reprend notre hôte. Sony n’est pas uniquement une usine à dessins animés comme Disney. Mais bien un studio de production de films en tout genre."

Et ça saute aux yeux jusque dans la géographie de l’endroit! D’un côté du boulevard principal qui tranche la bourgade en deux: les bureaux et studios de Sony Pictures, vaisseau amiral. Une entrée majestueuse où sont encadrées les affiches des gros succès maison (Skyfall, Spider Man, Men In Black). Des hectares verdoyants à perte de vue. Parsemés de plateaux de tournage qui ont vu évoluer les équipes de Lawrence d’Arabie, les simples ploucs du Pont de la rivière Kwaï, le Michael Jackson de This Is It, et même Charlie et ses drôles de dames. Çà et là, des groupes de touristes se font immortaliser devant les décors du Da Vinci Code, ou aux côtés d’une statue grandeur nature du Dracula de Coppola.

Et puis, comme écrasé par son illustre voisin, à un petit kilomètre de là: le Sony Animation Campus, d’où sortent les dessins animés Sony. Pas de logo maousse-costo censé aiguiller le visiteur. Juste un portail anodin derrière lequel se cache une cour intérieure baignée de soleil et quelques bas immeubles de bureaux. "Cette différence de standing illustre très concrètement le fait que Sony est encore un acteur discret du dessin animé", reconnaît Gosnell. Mais les choses sont en train de changer. Avec, notamment, l’excellent Tempête de boulettes géantes, dont un second épisode devrait sortir à la rentrée. Et surtout avec les Schtroumpfs, qui restent les têtes de gondole de la société.

Sacrilège?

Avant de débuter le tour du propriétaire, notre hôte se fait tout petit. Et utilise presque le ton de l’excuse. "Vous êtes Belge, du pays de Peyo. Et vous aurez peut-être du mal à accepter ce que vous allez voir. Bref, je comprendrais que vous hurliez au sacrilège", dit-il en riant jaune lorsqu’il nous dévoile les dessins de deux nouveaux Schtroumpfs… gris. "Je vous présente les Naughties! Deux créatures créées par Gargamel pour infiltrer les rangs des Schtroumpfs et tenter de percer le secret de leur puissance et de leur bonheur. Mais je vous rassure tout de suite: nous avons soumis l’idée de ces deux personnages aux héritiers de Peyo. Et ils y ont immédiatement adhérés. Outre le lieu où se déroulent ces nouvelles aventures, c’est-à-dire Paris où Gargamel emmène la Schtroumpfette qu’il vient de kidnapper, nous avions besoin de nouveaux personnages pour redynamiser l’histoire."

Nous en sommes donc quitte pour deux petits nouveaux pas vraiment beaux (une sale gamine aux cheveux noirs avec une mèche bleue, et un lascar décoiffé sous le bonnet) et un trip touristique dans la Ville lumière. Où les lutins passeront de la tour Eiffel à la grande roue de la place de la Concorde. En n’oubliant pas une escale dans un magasin de macarons millésimés. Bilan? Un cahier des charges entièrement respecté dans cette aventure destinée aux cinq ans et plus. Qui apprécieront ce moment passé en compagnie de lutins malicieux et toujours aussi craquants.

Visiblement très au courant des turpitudes qui agitent le microcosme du neuvième art en Belgique, Gosnell poursuit: "Schématiquement, je ne vois que deux façons de faire survivre une série de bande dessinée lorsque son créateur décède. Soit vous appliquez la méthode Moulinsart, en ne confiant pas la série à un nouvel auteur, en vous montrant très pointilleux sur les produits dérivés et en exigeant un film qui suit de très près le contenu des livres (comme dans Tintin, film sorti par ailleurs par les studios… Sony). Soit vous ouvrez un peu plus les vannes! En acceptant que de nouveaux livres sortent, que les gadgets estampillés Schtroumpfs soient parfois de moindre qualité mais restent financièrement accessibles à tous, et que les films qui sortent respectent l’univers de base mais l’élargissent en même temps."

C’est donc cette deuxième option qui a été privilégiée. Avec une technique hybride mélangeant dessin animé et personnages réels. Puisque les amis humains des Smurfs, Patrick et Grace Winslow, sont toujours de la partie. De même qu’un Gargamel en chair et en os, campé par un Hank Azaria plus démoniaque et possédé que jamais. "Et c’est bien cette alchimie entre de "vraies" gens et de l’animation qui constitue le défi majeur de ce film", lance Rosnell, lorsqu’il nous propose d’entrer de plus près dans le processus de fabrication du film. "C’est un exercice très spécifique", explique Neil Patrick Harris, alias Mister Winslow. Qui a l’habitude des films hybrides. Puisque outre sa participation au premier volet des Schtroumpfs au ciné, il a aussi donné la réplique aux… Muppets.

[…]

Reportage complet dans le Moustique du 24 juillet.

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