Les régimes sont-ils mauvais pour la santé?

Dukan, Atkins, Cohen, Fricker, Montignac… Les régimes les plus stars portent le nom de leurs prestigieux inventeurs. Ils seraient juste inefficaces qu’on n’en ferait pas tout un plat. Seulement voilà, parfois, ils sont aussi franchement néfastes.

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Il y a les drastiques, les classiques ou les "révolutionnaires". Les hypocaloriques, les hyper-protéinés et les autres… Les deux pieds posés bien à plat sur votre balance, vous hésitez: quel régime choisir? Quel chemin (de croix?) emprunter pour entrer dans le maillot de vos vacances d’août ou évacuer le trop-plein de tapas et de sangria de juillet? Il y a le célèbre Dukan, l’ancienne vedette Atkins. Mais aussi le Cohen, le Fricker, le Montignac… Tous promettent merveilles et minceur à ceux qui suivront scrupuleusement leurs prescriptions.

Derrière ces conseils diététiques, un formidable business. Livres, émissions télé, conférences: la plupart de ces méthodes pour perdre du poids ont apporté richesse et célébrité à leurs concepteurs. Avec ses ouvrages vendus dans le monde entier, et des disciples stars, Pierre Dukan en est un nouvel exemple. Normal: comme l’explique le diététicien Nicolas Guggenbühl, "perdre du poids est un désir partagé par presque toute la société. En Belgique, quasiment une personne sur deux est en excès". Les magazines féminins l’ont bien compris et placardent les sujets régime et conseils minceur plus souvent qu’à leur tour en couverture.

Se faire du beurre sur la graisse d’une humanité qui compte 1,46 milliard d’individus en surpoids, pourquoi pas? Sauf que voilà, on va le dire vite et on ne le répétera pas: les régimes, ça ne marche pas. Ou plutôt, cela ne répond pas aux demandes de ceux qui les entament. "Dans l’esprit de la population, qui dit régime dit diète", décrypte Nicolas Guggenbühl. Une phase transitoire, plus ou moins longue, avant de reprendre le cours normal de sa vie et de son alimentation. "Or, pour perdre du poids, il faut adopter un comportement que l'on pourra assumer sur la longueur", insiste le docteur Maximilien Kutnowski, coordinateur de la clinique de l'obésité au CHU Brugmann, à Bruxelles. Un bon régime, c’est donc celui qui vous permettra de changer, à vie, de régime alimentaire. "Il faut trouver un rythme, un confort, qui fait que vous garderez le poids que vous avez perdu", confirme la diététicienne Michèle Dryepondt. Ce que les régimes dits "minceur" interdisent quasiment par nature.

Dites "solution"

Inefficaces, les régimes? "La meilleure preuve, c'est que de nouveaux fleurissent chaque année", raille Kutnowski. "Mais aucune étude sérieuse n’a encore démontré leur efficacité à moyen ou long terme." Peut-être est-ce aussi parce qu’ils sont rarement aussi révolutionnaires qu’annoncés? "La plupart des "nouveaux régimes" sont en fait d’anciennes recettes recyclées. Ce qui change, c'est l'esthétique de la présentation", explique Nicolas Guggenbühl, également responsable d’une agence de communication spécialisée en santé et nutrition. "La grande mode des régimes actuels, c’est de positiver l'approche. On ne dit plus "régime", mais "solution". On met l'accent sur ce qui est permis plutôt que ce qui est interdit. Le succès de Dukan va dans ce sens: on retient qu'on peut manger des protéines comme on l'entend, pas qu’on doit se priver du reste."

Le hic, c’est que, non contents d’être peu novateurs et relativement inefficaces, la plupart des régimes "minceur" auraient même tendance à faire grossir. Kutnowski: "Avoir faim n'est jamais une solution. On sait que lorsqu'on se restreint trop, on fabrique moins de leptine, l’hormone qui aide à la satiété, et plus de ghréline, l’hormone qui suscite l'appétit." Faire régime, c’est donc prendre le risque d’entamer le cycle bien connu du yo-yo, "en dépassant chaque fois le point de départ". Michèle Dryepondt: "J'entends souvent des personnes qui n'étaient pas particulièrement branchées sur le sucre avant un régime et qui, après avoir dû le supprimer totalement, se disent accros au chocolat, comme s'il y avait un appel, un "besoin" de sucre."

5 kilos, et c’est l’embardée

Aujourd’hui, les cliniques de l’obésité sont remplies de patients pour qui tout a commencé avec un ou deux kilos de trop. "J'ai des exemples très concrets, confirme Michèle Dryepondt. Des personnes, le plus souvent des femmes mais pas seulement, qui ont doublé leur poids de départ entre l'âge de 20 ans et celui de 60 ans. Jeunes, elles avaient effectivement 4 kg à perdre et ont fait des choses insensées. Au bout de 40 ans, elles se retrouvent avec une obésité majeure."

Dangereux, donc, les régimes? Une étude récente de l’Agence française de la sécurité alimentaire, l’Anses, dénonce les multiples carences auxquelles la plupart d’entre eux exposent leurs adeptes. Pour Michèle Dryepondt, tout n’est pourtant pas totalement à jeter dans les régimes. "Il y a parfois des gens qui font le fameux régime soupe et qui, après, parviennent à reprendre une alimentation normale et à stabiliser leur poids. Un régime peut marcher pour des personnes qui n'ont pas beaucoup de kilos à perdre, et à condition de ne pas les éliminer trop rapidement. Mais je reste convaincu qu'un régime déséquilibré à long terme n'est pas bon pour la santé."

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