Les piliers de la terre: Entreprise de construction Dieu et fils

Saga médiévale et hommage aux bâtisseurs de cathédrales, Les piliers de la terre est un quasi-feuilleton à l'ancienne non dénué de charme. Espiritu santu!

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Moins sexy que Les Tudors et encore moins glamour que Les Borgia, Les piliers de la terre, d'après le best-seller médiéval de Ken Follett, s'inscrit pourtant dans la lignée des séries historiques qui font la tendance du moment. Mais n'espérez tout de même pas de grandes scènes de sexe orgiaque dans des cascades de soieries et un déluge de calices d'or. Ne misez pas, non plus, sur de pétulants effets de brillance qui feraient du moindre jet de sang un geste à la Spielberg.

Sans être d'une noirceur totale (encore que…), Les piliers de la terre est une série plutôt sérieuse qui ne s'égare ni sur le champ du stylisme fashion, ni sur le terrain de l'érotisme clinquant. On aura droit tout au plus à une petite position du missionnaire filmée en clair-obscur artistique – en gros, on ne voit rien. Quant à l'hémoglobine, on se contentera de quelques éclaboussures d'un beau rouge grenat rythmant les cauchemars de l'un des personnages (un félon qui dort mal), et d'une exécution en place publique qui voit un voleur repartir sans ses mains. Autant dire du pipi de chat au regard de ce qu'a pu exhiber une série comme Rome…

Charme old school

On sent bien que le chantier a été supervisé par une équipe qui, sans être calviniste, ni plus catholique que le pape, tient à défendre une certaine idée de la fiction télé. En adaptant le roman de Ken Follett, qui se déroule dans l'Angleterre du Moyen Age, et notamment au centre des quartiers populaires de Kingsbridge, on ne pouvait dignement pas imaginer pousser la palette des coloris vers l'arc-en-ciel Teletubbies, ni vers les visuels à la Mika. C'est donc une œuvre sombre et fidèle à l'idée que l'on se fait de l'époque qu'on découvrira sur La Une dès le 17 novembre. Une minisérie qui prend son temps pour installer l'intrigue autour du personnage de Tom, bâtisseur d'églises qui, durant les deux premiers épisodes, ne bâtit rien du tout, tout dévoué qu'il est à laisser venir à lui personnages et rouages de l'histoire.

Malgré une mise en place un peu laborieuse et une certaine austérité qui, parfois, frôle la télévision scolaire, Les piliers de la terre penche plus du côté du feuilleton à l'ancienne que de celui de la série high-tech. Et franchement? La chose a son charme. Sans être d'une facture archaïque qui catapulterait le téléspectateur à l'âge des Rois maudits, le côté "vieille école" des Piliers n'est pas désagréable si on fait l'effort de s'intéresser à l'amorce du récit. Préliminaires qui rappellent le contexte historique dans lequel vont se jouer les quatre épisodes de la série. En ligne de mire, l'histoire de la construction d'une cathédrale, objet de toutes les convoitises et de toutes les intrigues, dans l'Angleterre du XIIe siècle. Fragilisé par la vacance du trône après la mort du seul héritier, disparu dans le naufrage d'un navire, le pays sombre dans des guerres de clans, abandonnant le pouvoir entre des mains politiquement douteuses…

Amour et magie

Une fois la vitesse de croisière atteinte, la construction de la maison de Dieu à Kingsbridge, si elle reste le moteur de l'intrigue, passe presque au second plan. La série s'attache alors à explorer les arcanes psychologiques qui lient les personnages. Et c'est là que ça devient captivant… À travers l'histoire d'amour qui unit Tom le bâtisseur et la belle Ellen, ex-nonne convertie en sauvageonne rencontrée dans la forêt, on verra, par exemple, comment les autorités religieuses jugent la vie d'un couple illégitime… On abordera aussi la question de la sorcellerie et la peur panique qu'elle inspire à l'Eglise qui réagit par des procès à la chaîne où les hérétiques présumés n'ont souvent aucune chance d'échapper au bûcher.

On découvrira comment l'économie prend forme sur les places des villes qui accueillent de vastes marchés où s'échangent la laine, matière première précieuse dans l'industrie du textile, et d'autres produits qui traversent le quotidien de la population. On notera l'intérêt porté par les auteurs aux rapports de fratrie et, d'une certaine manière, aux relations perturbées (déjà!) dans les familles recomposées – le fils de Tom se posant en rival de celui d'Ellen… Autant de thèmes abordés par Ken Follett et configurés dans cette saga romanesque dont il a fallu, contre l'avis des adeptes, résumer les mille pages en quatre fois cinquante-deux minutes…

L'ambition de la série demeure toutefois la mise en lumière des corporations de l'époque ayant participé à la construction des bâtiments dont l'architecture allait faire avancer les connaissances de la civilisation occidentale. Des vaisseaux de pierre élevés à la gloire de Dieu et dessinés par des hommes, à l'image de Tom, le héros de la série, dont on ne sait s'ils sont d'abord des artistes géniaux ou des ingénieurs de génie.

Les piliers de la terre Jeudi 17 La Une 20h20

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