Les nuits: Cocoon, un océan de bonheur

Il y a bien un phénomène Cocoon en Belgique oui, leur concert de ce vendredi au Cirque Royal, avec The Bony King Of Nowhere et le phénomène Cascadeur (voir notre chronique ci-dessous) affichait complet

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Oui, le public a réservé un accueil euphorique  au duo folk frenchie. Oui, la douce Morgane Imbeaud et le charismatique Mark Daumail ont donné l'impression de jouer dans leur jardin et surtout de profiter de chaque instant de cette communion d'une rare intensité entre un public et des artistes. Sorti en 2007,  "My Friends All Died In a Plane Crash", le premier album de Cocoon évoluait entre spleen et féerie. Il y était question d'avion, d'espace, de voyage réel ou imaginaire. Avec "Where The Ocean End", paru fin 2010, le beau rêve se poursuit avec cette fois une exploration de l'univers aquatique.

Dans leurs chansons insulaires, tantôt apaisantes, tantôt plus emballées ,  Morgane et Mark évoquent -au hasard- des batailles des phoques,  le curieux destin d'un marin parti cherché son copain disparu,  les femmes restées au port, une baleine prénommée Yum Yum, des marées capricieuses et des îles mystérieuses. Mais, grand ouf de soulagement, ils nous épargnent les propos écolos/bobos à la Nicolas Hulot. Il y a plutôt du Ushuia dans l'air, mais aussi un parfum de Lost et de  La croisière s'amuse. Mark ne rate d'ailleurs jamais une occasion de lâcher une vanne entre les morceaux, voire d'organiser un concours pour faire gagner un poster de Julien Perretta qui traînait dans leur tour bus.  Avec sa robe blanche de princesse et son sens de la répartie, Morgane sait aussi y faire. Ça rit beaucoup aux éclats mais ça joue toujours juste.

La force scénique de Cocoon s'explique aussi par une volonté de varier les plaisirs et les ambiances. Folk, oui, mais aussi pop avec des refrains qui accrochent les oreilles, country dans les savants accords de guitare boisée et les beats délicats de la section rythmique. Enfin, côté configuration scénique, le groupe propose  un subtil jeu de chaises musicales. Cocoon  monte sur scène avec des cordes délicates, passe ensuite en formule quatuor acoustique, s'échappe parfois en duo pour revenir de plus belle avec orchestre au grand complet. A l'image de "Where The Ocean End" un concert ludique, profond et dépouillé qui a permis à l'assistance de larguer les amarres pendant près de deux heures.  Et l'aventure ne va pas s'arrêter là. – L.L.

Cocoon revient le 7/7 aux Ardentes, le 8/10 au Théâtre Royal de Namur, le 11/11 à l'Ancienne Belgique et le 23/10 à la Maison de la Culture de Tournai.

Cascadeur: L'odyssée de l'espace

"Je suis un homme étrange, un peu ange, un peu monstre, je suis invisible", chante Cascadeur sur son album "The Human Octopus".  Et c'est vrai que c'est un bien bizarroïde E.T.  qui a débarqué de sa soucoupe volante au Cirque Royal ce vendredi.

Objet d’un buzz sur foi de Walker, un tube  killer qu’on aimera détester d’ici quelques mois mais qu’on ne peut s’empêcher aujourd’hui  de fredonner dès qu’il passe en radio a livré une prestation que l'on n'oubliera pas de sitôt. Combinaison blanche de manutentionnaire de l'espace et casque volé dans une malle de Soyouz III, Alexandre Longo (pour l'administration) exécute à l'aide de savants claviers une mini-symphonie minimaliste. 

Entre le geek qui a choisi de s'enfermer dans sa bulle et le performer voulant cacher sa timidité  dans une combinaison de superhéros, Cascadeur impose une image très forte. Sa gestuelle est précise et ses exercices de haute voltige pop s'illuminent de tas d'instruments de seconde main. En vrac, une boîte à musique, un melodica relié à un câble électrique, un jouet de maternelle  pour apprendre à articuler les mots, un micro vintage.  Quant à l'écran dressé comme un éventail derrière sa silhouette, il ne fait que  renforcer la richesse visuelle de ce projet solitaire d'un artiste qui a galéré pendant près de dix ans avant d'être plébiscité via le concours CQFD des Inrocks (dont Cocoon a été également lauréat).

Condensées reliftées de trois disques autoproduits désormais introuvables sur le marché, les chansons d' "Octopus Garden" qu'il interprète sur scène de sa voix d'ange marient l'élégance new-wave de Talk Talk, la mélancolie funeste d'Antony & The Johnsons et le sens épuré de la mélodie d'Erik Satie. Walker (où il troque son casque pour un masque de catcheur de foire) constitue le sommet de sa prestation, mais on retiendra aussi le très Klaus Nomi Waitin, The End ou encore Meaning. Bluffant.  Décidément, les Nuits ont du flair. – L.L.

 

Cascadeur revient aux Francofolies de Spa le samedi 23 juillet.

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