Les Nuits Botanique – Une ouverture contrastée

Le charisme de Benjamin Clementine, la puissance de BRNS, des chats qui miaulent et un cascadeur qui oublie la voltige....

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Le contraste est saisissant. C'est encore l'heure de l'apéro, la terrasse du Botanique est illuminée d'un soleil incandescent et la faune des noceurs du vendredi soir est déjà au rendez-vous, le sourire aux lèvres et la bière à la main.

A quelques centaines de mètres de là, le Cirque Royal est quant à lui plongé dans le noir presque complet et il n'y a guère que quelques dizaines de personnes pour accueillir la sensation soul Benjamin Clementine qui ouvre cette édition 2014 des Nuits. Avec sa tignasse dressée comme une fusée, son look de mannequin, son loden noir qu'il a du mal à refermer sur son torse entièrement nu et ses tics d'autiste, le pianiste anglais laisse à penser qu'il vient d'une autre planète. Et c'est peut-être vrai. Héritier bâtard de Nina Simone et de Screamin' Jay Hawkins, Clementine demande au public s'il est bien en Belgique ce soir, cite Jacques Brel, raconte ses années de galère lorsqu'il essayait de bosser comme commis dans une boulangerie parisienne et chante ses déboires amoureux. Ses interventions parlées entre les morceaux sont drôles et ses morceaux sont emplis de désespoir romantique et d'une beauté tragique bouleversante. Lorsqu'il il libère ses doigts fins sur les touches de son piano (Cornerstone, I Won't complain, Nemesis), c'est tout simplement magique.  Benjamin Clémentine a vingt-cinq ans et annonce son album pour la rentrée. Une claque.

On quitte Clementine dans un rêve éveillé et on retourne au Bota. Le Chapiteau est rempli à craquer pour Cats On Trees.  Si Cascadeur s'imposait comme tête d'affiche de cette première soirée, c'est pourtant ce duo mixte toulousain qui emporte la mise à l'applaudimètre.  En activité depuis 2007,  Cats On Trees vient de décrocher la timbale avec Sirens Call,  énorme tube pop/folk prônant l'optimisme qu'il balance assez vite dans le set au grand bonheur d'une assistance plutôt BCBG. Tandis que Nina Goern chante et joue du piano, Yohan Hennequin assure la seconde voix et  les percussions.  Un beau jeu de cache caché mélodique éclairé d'une reprise de Tears For Fears (Mad World), des ballades conventionnelles mais agréables (Love You Like A Love Song) et sanctionné comme il se doit d'une ovation en fin de set. C'est joli, gentil et mignon tout plein mais comme le chantait Joe Dassin, "ça va pas changer le monde".

Depuis trois  ans et  leur victoire au Verdur Rock, on n'arrête pas de vous dire du bien de BRNS. Et ce n'est pas fini. Premier concert des Nuits à avoir affiché complet, la performance de BRNS a été incendiaire, profondément rock, intense, grisante et d'une force inouïe. Aguerrie par une solide expérience live malgré son jeune âge (rien que l'année dernière, BRNS a donné près d'une centaine de concerts en Europe), la formation belge présentait en pleine possession de ses moyens ce vendredi un beau paquet de nouveaux morceaux de son premier album à paraître fin août chez PiaS. Multi-instrumentistes déjantés, les Bruxellois sont très forts pour déstructurer leurs morceaux.  Sans qu'on le sente venir, ils provoquent de véritables explosions dansantes pour proposer  quelques instants plus tard des climats plus alambiqués.  Il y a de la passion, de la ferveur et de l'originalité jamais gratuite chez ce groupe atypique qui a eu l'intelligence de saisir toutes les opportunités scéniques et de prendre son temps pour enregistrer un successeur à l'euphorique EP "Wounded".  Attention, BRNS va vous éclater à la tronche à la rentrée et va devenir énorme. Ne dites pas qu'on ne vous avait pas prévenu. Avec les petits nouveaux Moutain Bike (aux Nuits ce dimanche 18), Coely (à la Nuit belge ce mercredi 22) ou encore Moaning Cities,  on se dit qu'il n'y a pas que les Diables Rouges qui nous rendent fiers d'être belges.

Après ce concert magique que nous avons suivi non loin de Noa Moon et d'Antoine des Girls in Hawaii,  la prestation de Cascadeur ne nous emballe guère. On aime ses albums, on a même encensé le petit dernier "Ghost Surfer", mais sur scène, cela manque de piquant et d'émotion.  Les quatre musiciens, qui portent un masque évoquant un croisement de Fantomas et des catcheurs français que nos parents regardaient sur l'ORTF dans les années septante,  apportent bien quelques arguments pop aux mini-symphonies d'Alexandre Longo. Mais, malgré quelques coups de basse de notre David Bartholomé (Sharko)  et des passages -les plus réussis- où Cascadeur voltige en solo,  le charme n'opère pas.  La mise en scène cheap, ajoutée au brouhaha général,  y sont pour beaucoup.  Il est temps de retrouver les potes au bar et d'échanger les cartes Panini qu'on a en double.

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