Les lecteurs de Moustique ont rencontré Bénabar

Politiquement correct mais aussi profondément sincère, le chanteur à la plume caustique revient avec "Les bénéfices du doute". Et cette fois, c'est vous qui posez les questions

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Votre nouvel album s'intitule "Les bénéfices du doute". Est-ce une manière de vous défendre par rapport aux critiques qui pourraient vous être adressées?
Bénabar – Non, c'est plutôt une manière de mettre en avant la notion de doute. Douter m'aide à avancer. Pour moi, c'est très constructif. Avec ce disque, je me suis posé les bonnes questions pour me permettre d'écrire et d'enregistrer dans un climat sain et apaisant. Dans le passé, je me tracassais sans doute trop avec des questions existentielles inutiles. J'ai donc réduit le doute autour de moi, mais j'en ai toujours besoin.

Votre single Politiquement correct a déclenché la polémique, notamment avec la phrase "Mais moi je t'emmerde". Etes-vous allé trop loin?
Bénabar – Il n'y a aucune stratégie derrière Politiquement correct et encore moins de la provocation. Seulement du vécu et de la sincérité. C'est un cri du cœur, voire un coup de gueule, que j'aurais peut-être pu atténuer, notamment en enlevant "Je t'emmerde",mais ça aurait été de l'autocensure. En France, je me fais pas mal allumer avec cette chanson, ça prouve que j'ai mis le doigt sur quelque chose. Pour certains médias, c'est politiquement incorrect de dire qu'on est politiquement correct. Moi j'ai envie que les gens sachent que je n'ai pas peur des mosquées ou que les Restos du cœur sont une grande cause à défendre.

Dans votre nouvel album, il y a une chanson qui s'intitule Une phrase qu'on n'a pas dite. Est-ce qu'il y a une réplique que vous regrettez réellement de ne pas avoir dite?
Bénabar – Ça m'arrive souvent en ce moment, puisque je donne beaucoup d'interviews dans le cadre de la sortie de mon nouvel album. La nuit, je me retourne dans mon lit en pensant: "Je n'aurais pas dû répondre comme ça, j'aurais dû dire ça". D'un autre côté, je me rends aussi compte que j'ai l'énorme privilège de pouvoir parler et de dire ce que je pense. Si j'ai un coup de blues, je peux en faire une chanson. Malgré Internet et le téléphone portable, ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir exprimer ce qu'il a sur le cœur. C'est réservé à une certaine aristocratie et j'en fais partie. C'est pour ça que je fais gaffe à ce que je dis.

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Etes-vous un chanteur de variétés ou un chanteur engagé?
Bénabar – Je suis un chanteur de variétés qui a le sentiment de devenir un peu un chanteur engagé, même si je ne me considère pas comme tel.

Quelles sont les personnalités publiques qui vous inspirent le plus dans votre vie quotidienne?
Bénabar – Il y en a un paquet. Ça va de Winston Churchill à Charles-Maurice de Talleyrand. En chanson, mes modèles sont Alain Souchon, Francis Cabrel, Louis Chedid ou encore Renaud. Bref, ces artistes qui sont toujours restés en accord avec eux-mêmes et avec leur public en évitant tous les écueils de ce métier.

Vous citez Renaud parmi vos modèles. Il ne va pas très bien.
Bénabar – Moi, je trouve qu'il ne va pas si mal que ça. On s'est vus récemment, je lui ai fait écouter mon disque et on a beaucoup parlé. Tout le reste, c'est un grand manège… Autour de Renaud, certaines personnes disent qu'il est dans une mauvaise passe suite à ses problèmes privés et comme Renaud se doute de ce qu'on raconte sur lui, ça ne peut qu'approfondir son malaise.

Est-ce qu'il y a un album que vous devez écoutez pour vous rappeler pourquoi vous faites ce métier?
Bénabar – Pas un album, mais plutôt des chansons. Beaucoup de chansons. Des titres de Renaud ou de Joe Dassin. J'ai repris On s'est aimés comme on se quitte dans l'émission Les 500 choristes pour TF1 et c'était magnifique. Je n'ai aucune honte de dire que j'aime Joe Dassin ou Delpech. En tant que chanteur, ça me fait du bien de l'écouter régulièrement.

Quand avez-vous été jaloux pour la dernière fois en entendant une chanson d'un autre à la radio?
Bénabar – Ça m'arrive dès que j'écoute la radio, c'est-à-dire chaque jour. Récemment, j'ai été super-jaloux de Miossec. J'aurais voulu écrire à sa place Chanson sympathique extrait de son dernier album "Chansons ordinaires". J'aime aussi beaucoup les chansons de Cali et de La Grande Sophie.

Pourriez-vous citer les trois chansons préférées de votre répertoire?
Bénabar. – J'ai du mal à avoir un regard objectif et affectif sur mes chansons. Il y a des morceaux comme Le dîner, Quatre murs et un toit ou L'effet papillon qui ont très bien fonctionné auprès du public et pour lesquels j'éprouve une gratitude particulière. Il y en a d'autres qui ont moins marché mais qui me tiennent à cœur pour leur texte ou leur mélodie. Et puis, il y a les dernières chansons qu'on a forcément envie de défendre parce qu'elles ne sont pas encore connues. De manière générale, je m'éloigne assez vite de mes albums. Je n'en suis pas encore à les écouter en boucle chaque soir dans mon salon avec mes tee-shirts de tournée en me disant: "putain, c'est quand même bien".

Vous avez participé à de nombreux duos. Quel est votre meilleur souvenir?
Bénabar – J'ai une tendresse particulière pour un duo que j'ai fait à l'un de mes concerts, voici une dizaine d'années, avec Michel Delpech. Personne ne l'attendait et nous avons repris Quand j'étais chanteur. Il y avait plein de jeunes dans la salle qui ne le connaissaient pas et qui lui ont fait une ovation.

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Quel a été le plus beau moment de votre vie?
Bénabar – Pour ne pas faire comme les autres, je ne devrais pas dire que les naissances de mes enfants sont les plus beaux moments de ma vie. Mais c'est à quoi je pense. Et dans le futur, je crois aussi que les plus grandes émotions, c'est à mes enfants que je les devrai. Pas pour des moments importants, mais bien pour ces "petits" moments. Quand ils sautent le dimanche matin dans votre lit, quand ils ont un truc super-important à vous dire alors que vous êtes au téléphone…

Luc Lorfèvre

Le 20/3 à Forest National.
Merci à l'hôtel Sofitel Brussels Le Louise.

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