Les lecteurs de Moustique ont rencontré Arno

Petit, il rêvait d'être footballeur. Il est devenu chanteur de charme et rockeur fédérateur. Conversation avec un mec bien. 

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A cent mètres, on le reconnaît déjà à sa démarche. Jambes arquées, chevelure poivre et sel, veston noir fatigué, Arno Hintjens arpente la rue Antoine Dansaert, au cœur de Bruxelles. Il est 16 h. Il est à l’heure.

En cet après-midi qui respire encore – un peu – l’été indien, Arno reçoit les lecteurs de Moustique à la maison. Enfin, à sa deuxième maison, l’Archiduc, ancien boudoir polisson ouvert en 1937, devenu tour à tour le repère des jazzmen, le bar à cocktails des gens cool et la halte obligée des rockeurs en transit.

Votre nouvel album s’intitule "Future Vintage". C’est un peu paradoxal, non?
Arno – Je pense qu’il n’y a pas de futur et même de présent sans le passé. Je parle ici de musique, de ma soupe à moi. J’ai une valise où je prends des éléments du passé que je modernise sur mes albums. Ce n’est pas que j’aime regarder en arrière, mais j’avance en procédant de temps à autre à des flash-back.

Sur cet album, comme sur d’autres avant, vous mélangez les langues. On a pourtant l’impression que vous privilégiez l’usage du français pour vos textes les plus émouvants.
Arno – J’écris mes chansons très rapidement, par instinct. Mon point de vue, c’est toujours celui de l’être humain, suite à une conversation que j’ai eue ou une situation vécue. Et quand quelqu’un m’inspire, j’utilise généralement sa langue pour écrire. Ma chanson Les yeux de ma mère est née d’une réflexion faite par mon fils à sa mère qui est Française. Un jour qu’il était malade, il lui a dit: "Maman, tu es la reine du suppositoire". Et ça m’a donné l’idée de faire une chanson sur ma propre mère. De même, Black Dog Day, que j’ai enregistré sur mon avant-dernier album "Brussld",vient d’une expression utilisée par une Anglaise avec qui j’avais fait la tournée des bars de nuit à Bruxelles. Le lendemain matin, elle m’a téléphoné et a utilisé  le terme "black dog day" pour décrire sa gueule de bois. J’ai tout de suite pensé: "Arno, c’est un bon titre pour une chanson en anglais".

Dans quelle langue pensez-vous?
Arno – Dans quatre langues. Ce n’est pas de ma faute, hein! J’ai été éduqué dans cet environnement. Je suis né à Ostende. A l’époque on y parlait le néerlandais, le français et le dialecte ostendais. De plus, mon grand-père était marié avec une Anglaise. Quand on allait au restaurant le dimanche, le menu était en quatre langues. Résultat? Avant d’aller à l’école primaire, je parlais et je pensais déjà en quatre langues.

Enfant, à quoi rêviez-vous?
Arno – Je voulais être footballeur professionnel. J’étais inscrit à l’AS Ostende et j’étais plutôt un bon joueur. Je devais avoir seize ans lorsque le club a organisé un match de gala pour les sélectionneurs de l’équipe nationale des juniors Fifa. J’étais très fier d’y participer. Je me suis rendu au stade à vélo, la bouche ouverte, et j’ai avalé une abeille. Le médecin m’a fait une piqûre, mais comme je n’étais pas dans mon assiette, j’ai fait ce qu’il ne faut jamais faire: j’ai fumé un joint. Quand je suis monté sur le terrain, j’ai fait le con avec le ballon et mon short. Ça a mis fin à ma carrière de footballeur. Les sélectionneurs des juniors Fifa sont repartis et j’ai été viré de l’AS Ostende.

Vous le regrettez aujourd’hui?
Arno – Non! Vous m’imaginez aujourd’hui en joueur de foot à la retraite, avec des jambes rondes, des tatouages partout et marié à une coiffeuse blonde?

Quels ont été vos premiers coups de cœur musicaux?
Arno – Ma première claque, c’est Elvis Presley. Son arrivée a tout changé. Bien avant les Rolling Stones, The Kinks ou les Beatles, c’est Elvis qui m’a donné goût au rock and roll.

[…]

Hormis l’Archiduc, quel est votre endroit préféré à Bruxelles?
Arno – L’Ancienne Belgique. Ce n’est pas loin de chez moi, j’y suis plus souvent que dans mon living. En fait, l’Ancienne Belgique, c’est mon living.

Est-ce que la Belgique existe encore pour vous?
Arno – Pour moi, elle existe encore. Pour les Français aussi. Ils veulent tous habiter chez nous.

Chaque fois qu’on parle de vous dans la presse étrangère, on vous colle l’étiquette "chanteur belge surréaliste". Ce n’est pas agaçant?
Arno – Tant qu’on écrit correctement mon nom, ça ne me dérange pas. J’accepte cette étiquette car je ne la changerai pas. A l’étranger, dès que vous dites que vous êtes belge, on parle de surréalisme, ce qui est un peu vrai. J’ai croisé au Viêtnam un Anglais qui représentait son pays dans une foire commerciale. Il m’a dit: "Arno, je ne comprends pas. Dans cette foire commerciale, il y a un seul stand anglais et vous, les Belges, vous en avez quatre différents et vos délégués ne se parlent même pas entre eux". Que voulez-vous répondre à ça? Ce n’est pas étonnant qu’on associe la Belgique au surréalisme.

[…]

Quel est l’endroit le plus insolite où vous ayez joué?
Arno. – A Beyrouth, à la fin des années 90. Dix minutes avant de monter sur scène, une bombe a explosé à côté de la salle. On pensait que le concert allait être annulé. L’organisateur nous a répondu: "Pas question, les gens vont venir". Et le public a réagi comme si rien ne s’était passé. J’adore particulièrement Beyrouth, c’est une ville encore plus surréaliste que Bruxelles. Tous les cent mètres, on peut y voir une mosquée implantée en face d’une église. Sur la plage, des femmes en bikini en croisent d’autres portant la burqa. Il y a des bars partout, les gens vivent normalement même s’il y a des bombes qui explosent.

Chantez-vous toujours avec la même émotion un titre comme Les yeux de ma mère?
Arno – Oui, les gens attendent de moi cette sincérité et je respecte ça. Le jour où je n’ai plus l’émotion qui m’envahit lorsque je chante Les yeux de ma mère,le jour où la scène devient une routine, j’arrête. Car la scène, c’est ce qu’il y a de plus important pour moi. Je n’enregistre des disques que pour pouvoir partir en tournée.

Interview complète dans le Moustique du 10 octobre.

Les 19 et 20/12 à l’AB (complet), le 2/3 à la Caserne Fonck, à Liège.

Photos: Alexis Haulot

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