Les lecteurs de Moustique ont rencontré Adamo

En cinquante ans de carrière, il a écrit plus de cinq cents chansons. Mais cela ne l'empêche pas d'avoir toujours de belles nouvelles histoires à nous raconter.

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Salvatore Adamo a donné rendez-vous aux lecteurs de Moustique à 17h30 dans la bibliothèque cosy de l'hôtel Manos, à Bruxelles.

Une heure avant, ils sont déjà tous là. Impatients, un peu nerveux, mais tous heureux. Enfin, quand on dit "ils", c'est surtout "elles". Huit femmes et un homme, âgés de 35 à 60 ans, ont eu le privilège de rencontrer l'auteur de Tombe la neige.

Anne a fait le déplacement de Cherbourg. Fabrice, un enseignant du secondaire, n'a pas oublié de l'interroger sur les nouvelles générations. Sabrina a amené sa maman, "qui lui a transmis le virus Adamo". Une autre lectrice a apporté des pralines et bien sûr un album à dédicacer.

Et Adamo dans tout ça? Il a été comme vous pouvez l'imaginer. Simple, humble, disponible et passionnant dans ses réponses. A une admiratrice impressionnée ne sachant comment s'adresser à lui, il a eu d'emblée cette remarque: "Appelez-moi Salvatore, ça me convient très bien".

Et nous, on aime ça. Notre trépidant métier nous amène à rencontrer régulièrement des artistes, des débutants, des vraies stars et d'autres qui croient l'être. Mais on peut vous assurer qu'il y en a peu comme Salvatore.

En pleine promotion de son vingt-troisième album "La grande roue" et à la veille d'une ambitieuse tournée mondiale marquant les cinquante ans de sa carrière, il n'a pas seulement bloqué son agenda pour s'entretenir avec nos lecteurs. Il y a pris sincèrement du plaisir.

Quelle est la période la plus heureuse de votre carrière?
Salvatore Adamo – Je savoure plus le fait d'être sur scène aujourd'hui qu'à mes débuts. Après l'accueil réservé à mes premiers 45 tours, j'aurais pu croire que ça m'était dû, qu'il était normal de donner des concerts. Mais après toutes ces années, ce n'est pas normal d'être encore là. Je considère que c'est un privilège et surtout un grand bonheur de pouvoir encore chanter devant un public. Alors, pour moi, la période heureuse de ma carrière c'est aujourd'hui et demain.

Quelle chanson issue de votre répertoire évoque le plus de bons souvenirs?
Tombe la neige (son premier tube international en 1963 – NDLR). D'abord, c'était la chanson préférée de mes parents. Ensuite, même si elle parle de neige, cette mélodie écrite en mi mineur s'inspire de mes racines musicales siciliennes. Enfin, comme vous le savez, Tombe la neige m'a ouvert les portes de pays où je n'aurais jamais osé m'aventurer comme artiste. J'ai été invité à la chanter au Liban, en Turquie, en Israël, au Japon, au Viêtnam et en Corée. Et tout ça grâce à un rendez-vous manqué d'adolescent. Avec le recul, quand je lis le texte, je me dis que je m'en faisais beaucoup pour une fille qui n'est pas venue. Quand j'interprète cette chanson au Québec, je rappelle toujours au public que je l'ai écrite en Belgique parce que chez eux, la neige qui tombe n'empêchera jamais une fille d'honorer son rendez-vous.

De quel acte êtes-vous le plus fier?
Cette question me paraît quelque peu impudique, mais je vais essayer d'y répondre. Nous approchons des fêtes et je sais que je n'oublierai jamais une nuit de Noël que j'ai passée en 2001 à Kaboul, en Afghanistan. En tant qu'ambassadeur Unicef Belgique (Salvatore Adamo a été nommé ambassadeur Unicef Belgique en 1983 – NDLR), j'accompagnais le ministre de la Défense André Flahaut et une équipe médicale qui devait distribuer des vaccins à la population. Mon épouse Nicole, la journaliste de RTL-TVI Marie-Rose Armesto et son caméraman étaient également du voyage. Ce genre de mission a ses limites, il faut en être conscient quand on l'accepte. Je comprenais que si j'étais là, c'était un peu en raison de ma notoriété et je savais aussi qu'on allait peut-être aussi me reprocher de faire ma publicité. Mais n'empêche, j'ai éprouvé un bonheur et une fierté immenses de pouvoir communier avec cette population meurtrie. Nous étions dans une ville fantomatique, complètement détruite. Il faisait -15°, il n'y avait pas d'électricité dans notre hôtel dont la façade était criblée d'impacts de balles. Mais c'est pourtant là, dans une chambre que nous partagions avec Nicole, Marie-Rose et son caméraman que j'ai passé l'un des plus beaux réveillons de Noël de ma vie.

Quel est votre secret pour être toujours heureux et disponible pour votre public?
Qui peut prétendre être vraiment heureux avec tout ce qui se passe autour de nous? Ce serait presque égoïste comme affirmation. Par contre, je crois être quelqu'un de profondément affable. Et cela, je le dois à mon père. Il m'a inculqué une forme très profonde du respect vis-à-vis de l'autre. J'étais déjà comme ça avant d'exercer mon métier. Après, avec tout ce que j'ai vécu comme expériences enivrantes, je ne peux qu'être reconnaissant envers le public. Je n'oublie jamais ce que je lui dois.

[…]

Considéré à sa sortie en 1966 comme une chanson pro-israélienne, Inch' Allah a connu une deuxième version où vous évoquiez aussi la souffrance du peuple arabe. Laquelle chantez-vous aujourd'hui?
S.A. – J'ai interprété voici quelques jours à Gand Inch' Allah avec le couplet de cette nouvelle version où je fais effectivement allusion aux souffrances des deux côtés. Je suis attristé que des amis de confession juive me reprochent cette version, mais le contexte est différent aujourd'hui. Pour moi, Inch' Allah a toujours été une chanson de paix et de tolérance. Quand je l'ai écrite en 1966, Israël était attaqué de toutes parts. Peut-être que j'étais naïf, mais j'avais pris Israël dans son acception biblique. Pendant très longtemps, cette chanson m'a fermé des portes dans les pays arabes, mais ça a changé. Récemment, lors du festival de Carthage, en Tunisie, l'organisateur m'a dit qu'il serait mal vu d'interpréter Inch' Allah. C'est le ministre tunisien de la Culture qui insisté pour qu'elle soit dans mon répertoire. Les treize mille spectateurs du festival ont applaudi pendant toute la chanson.

Avez-vous encore des projets au cinéma?
Non. J'ai eu la chance de côtoyer Bourvil dans mon premier film (Les Arnaud, réalisé en 1967 par Léo Joannon) et de tourner dans deux autres longs métrages. Mais déjà à cette époque, je ne me considérais pas comme un comédien et j'avais l'impression de négliger la chanson. Récemment, on m'a proposé de jouer dans une pièce de théâtre qui allait ensuite être adaptée au cinéma, mais j'ai décliné sans le moindre regret. Vous savez, mes chansons ne sont pas toutes autobiographiques. J'ai donc tout le loisir de rentrer dans la peau d'autres personnages et de faire mon petit cinéma à moi.

Vous avez toujours aimé les duos. Avec quel chanteur international aimeriez-vous collaborer?
Mon rêve est de pouvoir remplacer pendant quatre minutes Art Garfunkel pour interpréter avec Paul Simon The Sound Of Silence.

[…]

Que peut-on vous souhaiter pour 2013?
A mon âge, c'est une bonne santé. J'espère pouvoir garder la forme physique pour assurer toutes les dates de cette tournée.

Interview complète dans le Moustique du 12 décembre.

Le 16/3 à l'Aula Magna, Louvain-la-Neuve.
Le 17/3 au PBA, Charleroi.
Le 31/10 au Cirque Royal, Bruxelles.
Le 23/11 au Forum, Liège.

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