Les larmes de Maton

Ce 10 décembre 2014, après 17 ans de loyaux services au service sport de RTL, Luc Maton a fait ses adieux. Et n'a pu retenir ses larmes. Sincères et touchantes. Ce jeudi, l'émotion était encore plus que présente chez celui qui faisait partie des meubles de tout amateur de foot et plus particulièrement de Champions League. Et s'il part, juré, ça n'a rien à voir avec Stéphane Pauwels. Interview d'après match.

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On vous a vu très ému hier soir sur RTL. Dans quel état d’esprit étiez-vous ?

Luc Maton. Celui d’une personne qui a vécu d’excellents moments. Fatalement, depuis une semaine, j’ai déjà craqué plusieurs fois de façon isolée sans que personne ne le voit.
J’ai commis une erreur parce que c’était mon dernier jour de travail hier et il y a beaucoup de personnes qui m’ont envoyé un sms, qui sont venus dans mon bureau pour me dire que c’est vraiment dommage que… et donc j’ai accumulé et sur le plateau, j’ai craqué. Mais c’est encore mignon un homme qui pleure, non ?

Beaucoup de téléspectateurs ont réagi à votre départ. Cela vous a touché ?

C’est énorme. (Pleurs) Je suis encore ému. J’ai toujours accepté les critiques, parce que je n’ai pas toujours été parfait dans le boulot, dans les commentaires donc je me dis que j’ai toujours pris énormément sur moi par rapport à ce qui se dit, même les critiques envers la chaine. Donc au final quand j’ai ces messages qui reviennent et bien je suis content et je verse encore une larme en me le disant. Je reçois encore des sms maintenant, de collègues d’autres médias… Ça c’est la reconnaissance comme quoi on a fait quelque chose de bien. Je suis agréablement surpris et même très impoli parce que je reçois énormément de sms et que je ne sais pas y répondre, mais cela me touche vraiment.

Qu’allez-vous regretter ? L’antenne ? L’équipe ?

L’antenne, non. Je sais qu’avec TéléSambre, je serai à nouveau dans un autre trip avec des tournages, une autre visibilité, moindre, mais ce n’est pas grave. 
Après 17 ans dans la même société, je pars en très bons termes. Ca, c'est  extraordinaire. Ce qui s’est passé pour moi hier est le rêve pour tout animateur qui quitte la chaine. Je suis comblé.
J’ai rencontré beaucoup de pros, de gens talentueux qui en veulent, les quitter c’était un peu difficile. En deux ans de studio, j’ai construit une équipe avec des gens chouettes, où l’on avait plaisir à se retrouver et boire un verre de vin à la fin des émissions. Quand tu quittes ça, tu sais ce que tu quittes.

Dans toute votre carrière quelle a été votre meilleure rencontre sportive ?

C’est hyper difficile. J’ai beaucoup de bons souvenirs. Ce que je retiens c’est le fait d’avoir vu les premiers matchs de joueurs qui sont aujourd’hui les leaders des Diables Rouges. Un jour, après un mauvais match, Vincent Kompany me dit « Luc il faut croire en cette équipe des Diables, on va y arriver, on va faire quelque chose » et puis quelques années plus tard, ils se retrouvent enfin qualifiés pour une Coupe du Monde… Je retiens des petites phrases qui sont sincères et qui sont dénuées de tout sentiment d’argent.

Je retiendrais quand même un moment, j'ai vu et commenté les trois titres que Barcelone a gagné en Ligue des Champions. J'ai eu la chance de rencontrer Lionel Messi. Ce mec, comme Ronaldo, quand tu as la chance de le voir à l'oeuvre, tu retiens ces images pour toujours. 

Et votre pire souvenir ?

Ce que j’ai vu de plus effrayant, c’était la bagarre lors de l’Euro 2000, le jour de la rencontre Allemagne-Angleterre. Les supporters se sont opposés sur une place de Charleroi. Cela m’a vraiment marqué, je me suis retrouvé au milieu de cette meute parce qu’on bossait. C’était vraiment la jungle.

Votre départ signe aussi la rupture avec Georges Grün…

C’est la fin d’une vieille complicité. (gorge serrée) Ce qui est génial, c’est que quand tu es enfant, tu admires des gars parce qu’ils jouent bien au foot mais tu ne sais pas que tu vas travailler avec eux plus tard. Pendant les 10-11 ans que j’ai travaillé avec Georges, je n’ai jamais eu un mot de travers avec lui, pas une dispute. On a vraiment travaillé de concert. Grün, c'est un gars extra.
J’espère qu’on va continuer à se voir même si chacun à son rythme de vie, son fonctionnement. Ça sera un plaisir. 

En parlant de dispute, vous regrettez celle avec Stéphane Pauwels ?

Je suis assez brut de décoffrage par période. Parfois je me braque. Toutes les vérités ne sont peut-être pas bonnes à dire. Je le disais justement à mes enfants récemment. Je donne des leçons et moi-même je tire des leçons de certains passages. Mais bon j’ai dit, j’ai dit. J’ai vécu serein, l’affaire est oubliée.

Cette histoire vous a influencé dans votre choix de quitter RTL ?

Non, pas du tout. Partir pour cela…

Pourquoi alors ?

Quand tu es journaliste sportif tu dépends beaucoup de l’acquisition et des pertes de droits de transmission. J’ai eu une chance extraordinaire sur RTL, jusqu’en 2006 nous avions énormément de sport, avec le tennis, etc. On a suivi beaucoup de choses. Et puis on a eu moins de droits par après, pour diverses raisons. Donc je pars parce que j’ai envie d’un autre challenge, de profiter de l’expérience que j’ai acquise mais aussi parce qu’au niveau sport, nous avons moins. J’ai 47 ans maintenant, c’est le bon moment pour faire le saut et faire autre chose, je le fais volontiers.

Qu’est-ce qui vous attend chez Télé Sambre ? Votre nouveau challenge de rédacteur en chef ?

Ce qui me motive vraiment c’est que j’ai acquis beaucoup d’expérience, je viens donc avec un solide bagage. J'avais également envie d’avoir des responsabilités. J’habite dans une coin vert du Hainaut, proche de Charleroi. J’ai envie de participer à la reconstruction de cette ville qui, au sens propre comme au figuré, doit ressortir de terre. Il y a un gros chantier qui est en cours pour l’instant. Télé Sambre est une télévision qui fonctionne déjà mais j’ai envie de l’inscrire dans cette nouvelle dynamique. Si je peux participer à cela, ça sera ma grande fierté.

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